France

L'Europe vaut bien une alliance MoDem-UDI

Mathieu Baudier et Mathieu Camescasse, mis à jour le 27.09.2013 à 16 h 57

Ecologie, humanisme, décentralisation, démocratisation; le MoDem et l'UDI partagent ces priorités et ont l'opportunité de mettre de côté les rancœurs passées pour relancer la contribution française à la construction européenne.

Le Parlement européen, à Strasbourg, le 3 juillet 2013. REUTERS/Vincent Kessler

Le Parlement européen, à Strasbourg, le 3 juillet 2013. REUTERS/Vincent Kessler

Dans Le Monde du 13 septembre 2013, des militants MoDem ont publié une tribune présentant l'actuel rapprochement avec l'UDI comme un reniement. Leur prise de position claire et courageuse a le mérite d'intensifier le débat sur un sujet actuellement au cœur des préoccupations. Comme cette question va être largement débattue ces 27-29 septembre lors de l'Université de Rentrée du MoDem, il est utile de clarifier pour quelles raisons une alliance MoDem-UDI aux élections européennes est nécessaire à la rénovation du projet européen.

La singularité du MoDem, c'est de dépasser le clivage droite/gauche. Depuis l'élection présidentielle, nous avons indiqué à maintes reprises notre disponibilité pour appuyer une recomposition réformiste, écologiste et pro-européenne du PS et de ses alliés modérés.

Le contexte et la réalité des rapports de force politiques offraient peu d'espoir, et on peut comprendre la déception de ceux qui se sont le plus investis pour donner sa chance à cette option. Elle était et reste probablement la plus souhaitable pour la France et l'Europe, tout simplement car le PS est actuellement au pouvoir.

Mais de même qu'il ne nous fait ni chaud ni froid d'envisager de travailler avec «la gauche», pourquoi ne pas travailler avec «la droite», et même un jour, peut-être, avec les deux? Le MoDem ne prône pas le ni-droite/ni-gauche, mais bien le dialogue et la valorisation de ces différentes perspectives, autour d'un socle de valeurs communes.

Ne parlons pas de 2017 dès 2013

Par ailleurs, personne ne remet en cause la flexibilité du MoDem au niveau local pour les élections municipales et consulaires, qui auront lieu également en 2014. Une alliance couronnée de succès aux élections européennes pourrait certes poser des bases pour une collaboration future, mais pitié, ne parlons pas de 2017 dès 2013. Alors que l'Europe et le monde traversent actuellement une phase tourmentée et confuse, concentrons-nous déjà sur les échéances démocratiques de l'année prochaine.

Il reste donc l'Union européenne. Nous en sommes citoyens et elle traverse une crise profonde, probablement nécessaire. Elle n'est pas la source de tous nos problèmes, elle n'en est pas la solution non plus. Elle est une partie de la solution. Tout d'abord car elle nous offre un cadre pacifié et régi par le droit, qu'il serait irrationnel de considérer comme acquis. Ensuite car elle nous donne la possibilité de peser, avec et face aux grands acteurs de la globalisation. Enfin car elle reconstitue un tissu millénaire d'échanges culturels, familiaux et économiques, tout en étendant progressivement ces opportunités à l'ensemble de la société.

Dans une large mesure, la construction et l'élargissement de l'Union ont permis de remplir ces objectifs. Son pilier communautaire, basé sur la primauté du droit et une administration identifiée, fonctionne convenablement. Depuis un demi-siècle, il a progressivement pris en charge les tâches qu'il est plus pertinent de traiter au niveau continental. Il s'agit donc déjà de présenter aux Français les succès de cette forme de décentralisation «par le haut».

En revanche, les Européens ont pu constater ces dernières années les échecs répétés de la gouvernance de l'euro et de la politique étrangère commune. Ce sont les piliers intergouvernementaux, introduits il y a une vingtaine d'années, qui n'arrivent pas à s'adapter aux transformations brutales de la finance et de la géopolitique mondiales.

Force est de constater qu'on ne peut pas attendre de responsables nationaux d'agir ensemble pour l'intérêt de tous les citoyens européens. Ce niveau de gouvernement a désormais besoin d'une démocratie publique, afin de faire émerger des acteurs légitimes et responsables pour prendre les décisions qui impactent tous. Ainsi les politiciens nationaux ne pourront plus se défausser sur l'Europe, et les institutions européennes seront soumises à la volonté du peuple et non plus seulement des groupes d'intérêt.

Relancer la contribution française à la construction européenne

Ecologie, humanisme, décentralisation, démocratisation; le MoDem et l'UDI partagent ces priorités et ont l'opportunité de mettre de côté les rancœurs passées pour relancer la contribution française à la construction européenne. En France, cette idée même est menacée. Un courant de pensée structuré, profondément anti-européen et qui dépasse le Front national «à droite» comme «à gauche», va probablement permettre à celui-ci de cristalliser les frustrations lors des élections européennes. Alors qu'elles ne suscitent en général que peu d'intérêt et une faible participation, il faut impérativement mobiliser le camp de ceux qui veulent à la fois défendre le projet européen et le rénover.

Nous voulons un espace public européen, et bien voilà un enjeu politique européen: combien de députés aura le groupe ADLE au Parlement européen, auquel appartient le Parti Démocrate Européen (PDE) dont le MoDem est un des fondateurs? Quel poids aura la candidature de Guy Verhofstadt à la présidence de la Commission, afin de redonner à celle-ci une personnalité d'envergure et capable de rassembler? Plus que l'arithmétique du système électoral ou les débats sans fin sur l'appartenance à la droite, la gauche, le centre, etc., c'est l'éventuelle décision de l'UDI de quitter le PPE conservateur pour l'ADLE qui rendra une telle alliance possible.

Le président de notre parti, François Bayrou, a écrit une biographie de référence de Henri IV. Le «Roi libre» était un pragmatique, prêt à tous les efforts pour sortir la France du cycle infernal des guerres de religion. «Paris vaut bien une messe», a-t-il déclaré.

L'Europe vaut bien une alliance MoDem-UDI.

Mathieu Baudier et Mathieu Camescasse

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