Economie

Verizon-Vodafone: le déclin des télécoms européens

Olivier Sichel, mis à jour le 04.09.2013 à 2 h 26

Le «megadeal» de 130 milliards de dollars entre Verizon et Vodafone est le signe de la reprise du contrôle de leur marché par les groupes américains de télécommunications. Au moment même où Nokia disparait du paysage du téléphone mobile.

L'enseigne d'une boutique Verizon Wireless aux Etats-Unis   REUTERS

L'enseigne d'une boutique Verizon Wireless aux Etats-Unis REUTERS

Le «megadeal»  de 130 milliards de dollars de la cession des parts de Vodafone dans Verizon Wireless a surtout été analysé du point de vue du vendeur, Vodafone dont on se demande ce qu’il va faire de cette manne et quel est le montant qui va être distribué aux actionnaires de la société. On a peu commenté le point de vue de l’acheteur Verizon, second opérateur des télécoms aux Etats-Unis. C’est pourtant un signe extrêmement important que les Etats-Unis redeviennent maître chez eux  et que la parenthèse où le numérique européen, et particulièrement les télécoms étaient conquérantes dans le monde entier y compris en Amérique est en train de se refermer.

Une balkanisation absurde

Rappelons nous: il y a seulement 10 ans, Nokia, l’entreprise finlandaise était le premier fabriquant de terminaux mobiles au monde, le français Alcatel rachetait Lucent dans le domaine des équipement de réseau, l’anglais Vodafone était l’opérateur au monde qui avait le plus de clients mobiles et le GSM était une norme inventé par des ingénieurs français de Lannion. Que s’est il passé pour que cet élan soit brisé et que le reflux des entreprises numériques européenne soit aussi radical? 3 facteurs se sont conjugués dans cette période.

Le premier facteur est l’avènement du logiciel dans le domaine du numérique dans lequel  les européens ont pris du retard. Le logiciel dévore le monde et c’est parce que Nokia n’a pas su prendre le virage d’un système d’exploitation performant qu’il a raté le marché des smartphones pris brillamment par Apple et que sa division terminaux se retrouve cédée aujourd’hui  à Microsoft. Mais cette intégration du logiciel dans toutes les secteurs du numérique, des terminaux aux équipements de réseau en passant par les services internet est le grand handicap de l’Europe et l’avantage définitif de la Silicon Valley.

Ensuite le cadre réglementaire européen reste ancré dans une vision thatcherienne des années 70 où l’important est de lutter contre les opérateurs «historiques» dans chaque pays, monopoles qu’il faut continuer à réglementer et réguler. Celà conduit à une balkanisation absurde de l’espace européen qui compte plus de 150 acteurs, alors que les Etats-Unis ont reconstitué AT&T, qui ne compte plus que 2 concurrents, Sprint et Verizon… dont on voit aujourd’hui  à travers ce «megadeal» l’incroyable puissance de feu. Parallèlement la Commission Européenne a beaucoup de mal à corriger les nouveaux comportement prédateurs des géants du net qui utilisent leur position dominante pour évincer les entreprises européennes de leur marché locaux…quitte à les racheter profitant des valorisations exceptionnelles du Nasdaq.

Inégalité fiscale

Enfin, la fiscalité européenne n’aide pas le secteur du numérique européen. Il ne s’agit pas là d’une différence de pression fiscale entre les Etats-Unis et l’Europe, mais simplement du fait que les entreprises numériques américaines sont construites nativement pour échapper à l’impôt ce que montrait bien le rapport Colin et Collin de janvier 2013. Illustration de cette inéquité fiscale, Solocal (ex Pages Jaunes) explique qu’en 2011 il a payé 126 millions d’euros d’impôts en France soit trois fois plus que les 5 géants américains réunis (Microsoft, Google, Apple, Facebook et Amazon). Alors que Solocal a un taux d’imposition de 12% sur son chiffre d’affaire, les autres groupes oscillent entre 0,2% et 0,88%, ce qui donne évidemment des moyens pour investir, recruter des talents logiciels et… faire des acquisitions.

Investir beaucoup plus dans le logiciel, changer le cadre réglementaire européen pour réguler moins les telecoms et plus les nouvelles positions dominantes dans le web, et réviser notre fiscalité du numérique sont les grands axes qui permettront à l’Europe de ne pas rester en marge de la révolution numérique du XXIè siècle.

Olivier Sichel

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