Monde

Pasdarans, Hezbollah, chiites irakiens: les brigades internationales de Bachar el-Assad

Alain Rodier, mis à jour le 27.08.2013 à 14 h 01

Le régime en place peut lui aussi compter sur l'aide de combattants étrangers dans le conflit syrien.

Des soldats en première ligne lors d'affrontements avec l'opposition dans la banlieue de Damas le 24 août 2013. REUTERS/Khaled al-Hariri.

Des soldats en première ligne lors d'affrontements avec l'opposition dans la banlieue de Damas le 24 août 2013. REUTERS/Khaled al-Hariri.

Si les combattants étrangers présents aux côtés de la rébellion syrienne attirent l’attention internationale, les informations concernant les «brigades internationales» qui viennent soutenir le régime du président Bachar el-Assad sont considérablement moins nombreuses. La raison en est simple: aucune enquête journalistique digne de ce nom ne peut se faire car le pouvoir syrien garde la plus grande discrétion sur le sujet. Seuls des faits divers qui émergent ici et là prouvent la présence d’activistes étrangers auprès du pouvoir en place à Damas.

Les premiers à avoir été cités sont les Gardiens de la révolution iraniens (pasdarans) car plusieurs «pèlerins» ont été pris en otages par les rebelles en 2012. Leur libération a été obtenue suite à un échange contre des volontaires turcs arrêtés par les forces de sécurité syriennes.

Cet accord a été discrètement négocié à Moscou, qui a chapeauté les tractations entre des envoyés turcs et iraniens. Le nombre de pasdarans présents en Syrie reste bien sûr inconnu.

La seule chose quasi-certaine est qu’ils dépendent de la force «Al-Qods», le «service action» de cette organisation. Leur rôle ne serait pas de combattre directement mais d’apporter une aide technique aux forces syriennes dans les domaines du renseignement, de la tactique et de la logistique.

Pour ce dernier point, ce sont eux qui assurent la majorité des fournitures extérieures en armes et munitions qui, pour ses dernières, sont abondamment dépensées. Forts de plusieurs milliers de combattants (entre 4.000 et 10.000?), le corps expéditionnaire serait commandé par le général Mohammed Reza Zahedi, l’ancien chef de la composante terrestre des pasdarans.

Hezbollah

Le Hezbollah libanais qui, comme chacun le sait, est une créature de l’Iran, est aussi présent, mais ses militants assurent des missions de combat. Le mouvement fait parfois des funérailles grandioses à ses martyrs tombés en Syrie quand il peut rapatrier les corps sur Beyrouth.

Ses activistes auraient joué un rôle déterminant dans les batailles de 2013 à Qousseir et à Khaldiyé, dans le centre de la Syrie. Contrairement à ce que prétend la propagande des insurgés, les effectifs ne dépasseraient pas quelques centaines d’activistes, qui pallient leur petit nombre par une expérience du combat engrangée contre les forces israéliennes en 2006.

Certaines unités seraient en outre chargées de protéger des points d’accès au Liban qui sont considérés comme vitaux pour la survie même de ce mouvement dans l’Etat du Cèdre. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Hezbollah, dont la branche armée vient d’être reconnue comme mouvement terroriste par l’Union européenne, est désormais la cible d’actions terroristes au Liban, comme le 9 juillet et le 15 août.

Suite au dernier attentat, le cheikh Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, a menacé de doubler ses effectifs en Syrie. Il n’a pas exclu de participer lui-même aux combats, vraisemblablement pour galvaniser ses troupes.

Brigades Badr irakiennes

Téhéran a aussi laissé filtrer l’information selon laquelle 1.500 combattants des «brigades Badr» irakiennes seraient présents, particulièrement pour défendre la mosquée Sayyidah Zaynab, près de Damas. Cet édifice est considéré comme un lieu saint par les chiites, mais pas par les sunnites.

Même si ces unités combattantes n’ont plus d’existence légale depuis 2003, une grande partie de leurs membres ayant été intégrés dans l’armée régulière irakienne, des milices qui dépendent de l’organisation Badr existeraient encore. A l’origine, elles avaient été formées autour de chiites irakiens qui s’étaient réfugiés en Iran et qui étaient revenus dans le pays après l’invasion américaine de 2003. Au moins deux groupuscules irakiens proches de Téhéran auraient également envoyé des volontaires combattre en Syrie: le «Liwa ‘a Abu Fadl al-Abbas» et le «Liwa’a Zulfiqar».

Russie

Enfin, il y a les Russes. Si tout le personnel militaire a bien évacué le port de Tartous au printemps de cette année, il a été remplacé par des «civils» qui assurent l’escale pour les navires militaires moscovites.

Il ne faut toutefois pas exagérer l’importance de ce port pour la flotte russe. Il est de taille limitée et les grands navires sont obligés de mouiller au large car la profondeur des eaux est insuffisante pour les faire accoster.

Il est également fort probable que des techniciens apportent leurs conseils pour la mise en œuvre et l’entretien des matériels russes qui continuent à affluer dans le pays. Toutefois, l’arrivée de systèmes de défense anti-aériens S-300 a été reportée du printemps 2013 à 2014, si rien ne change d’ici là.

Le président Poutine se sert de cet atout pour les négociations baptisées Genève II, qui devaient se tenir au printemps 2013 mais qui ont été repoussées à l’automne. Suite aux attaques probablement chimiques qui ont eu lieu à Damas à la fin août, le sort de ces négociations semble fortement compromis.

Alain Rodier

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