Culture

Un front culturel contre la crise

Jacques Martial

Nous, artistes, enseignants, pouvoirs publics, institutionnels, devons unir nos forces et nos voix pour apporter des réponses alternatives à la crise et à ses conséquences sociétales dévastatrices.

38% des Français ne partiront pas en vacances cet été. Placé sous l’ombre d’une crise économique et sociale installée, l’été 2013 verra se développer d’autres formes de sociabilités, plus urbaines, dans lesquelles la culture jouera un rôle déterminant. Parisiens et touristes pourront notamment se retrouver le soir, comme chaque année depuis plus de 20 ans, sur la prairie du triangle du parc de la Villette pour assister au Festival «Cinéma en plein air».

Gratuite, ouverte à tous, cette manifestation emblématique du territoire de la Villette a accueilli l’année passée plus de 160.000 spectateurs. Son ouverture mercredi dernier par le film Polisse de Maiwenn a rencontré un large public et donné le coup d’envoi d’une programmation audacieuse. Ces 20 années de politique culturelle et de terrain soulignent que la Villette s’est forgée une place à part dans ce paysage et constitue une aventure sociale et sociétale unique.

Dans et hors les murs du territoire de la Villette, la culture est notre moteur pour un vivre-ensemble réussi. Tous ensemble, avec les artistes, les habitants du quartier, les touristes, les visiteurs d’un jour ou les abonnés, nous réussissons chaque jour le pari de mélanger les publics et de mêler des expériences culturelles variées. Véritable trait d’union entre Paris et sa banlieue, entre ville et nature, le territoire de la Villette est un écosystème vivant, évolutif, qui recherche le contact avec son environnement urbain et social.

L’esprit du lieu est animé par une conception «laboratoire», tournée vers la réinvention d’une culture qui se revendique comme étant la somme de ses expressions contemporaines. C’est ainsi que façonné par son environnement, le territoire de la Villette l’a, dans le même temps, lui aussi métamorphosé. Ici, depuis 20 ans, problématiques humaines, culturelles et artistiques s’imbriquent et s’enrichissent mutuellement.

Mais, ne lâchons rien! A l’heure où la culture est trop souvent abordée sous le seul angle des chiffres de fréquentation, des questions de coût, de budget et de tarification. Défendre la culture dans la diversité de ses expressions artistiques,   apparait néanmoins comme une impérieuse nécessité. Se battre pour ce modèle, c’est garantir la liberté et le droit fondamental pour tout citoyen de se construire dans une ouverture d’esprit et une perception du monde qui soit plurielle.

Et cet engagement est porté par notre conviction que partager les savoirs, les esthétiques, le sensible et les pensées est un vecteur d’émancipation de tous, adultes, jeunes, enfants, chacun et ensemble. Et bien au-delà de l’expérience personnelle, que c’est aussi un vecteur de lien social, de solidarité.

La démocratisation de l’accès à la culture est souvent présentée comme un concept éculé, un écran de fumée sans squelette, pire, un élan de la démagogie soldé par un échec. Bien au contraire, cet enjeu essentiel se traduit, notamment à la Villette, par la mise en mouvement d’actions concrètes: notre conception «laboratoire» de la culture invite à l’expérimentation et à la «mise en cultures» qui associe autant que possible le public.

L’exception culturelle à la Villette, c’est une relation particulière aux publics à travers un ensemble d’actions de médiation. C’est un engagement fort dans le soutien à l’émergence et à la création. C’est une offre culturelle ancrée dans les enjeux du monde contemporain et résolument pluridisciplinaire qui fait dialoguer nouveau cirque, théâtre social, danse hip hop, art contemporain, musiques, cinéma ou œuvres participatives.

Il ne nous suffit donc pas d’asseoir des milliers de personnes dans une salle, il ne nous suffit pas plus d’avoir une offre gratuite –même si une grande partie de nos manifestations l’est et que 60% de notre billetterie se fait à des tarifs sociaux– il nous faut aller à la rencontre de tous les publics en réussissant à intégrer les plus éloignés de l’offre culturelle institutionnelle. Développer des actions de sensibilisation, des formations, des ateliers, des rencontres d’artistes, des ressources pédagogiques. Nous intéresser particulièrement à la question des jeunes, les former à devenir des publics, les familiariser à la création –car ils représentent l’avenir de la vitalité culturelle de notre pays– sont autant d’actions sur lesquelles nous devons continuer à nous mobiliser. Notre enjeu: unir culture et citoyenneté, une offre de qualité, sans cesse renouvelée, aux millions de visiteurs annuels, loin de la culture «grande consommation», au cœur de la création comme «lieu d’éveil et de conscience».

Plus que jamais, l’accès à la culture pour tous reste un défi conséquent, socialement et économiquement. Le contexte de crise que nous vivons de plein fouet souligne l’importance du participatif et du dialogue avec les publics. Nous, artistes, enseignants, pouvoirs publics, institutionnels, devons unir nos forces et nos voix dans un « front culturel » engagé pour apporter des réponses alternatives à la crise et à ses conséquences sociétales dévastatrices. Pour redonner du sens autant que de la perspective à notre quotidien collectif et individuel et contribuer au dialogue interculturel, à l’apaisement social et à la réconciliation des différents publics qui débattent aujourd’hui dans la cité. L’enjeu de la culture pour tous, c’est l’enjeu de la démocratie, de la solidarité, du respect de notre pacte républicain, de la justice sociale et de la réussite du vivre-ensemble.

Jacques Martial

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