Economie

Economie: Ayez confiance... Mais pourquoi?

Antoine Malézieux, mis à jour le 01.08.2013 à 6 h 38

Depuis Keynes, nous savons que la confiance joue un rôle capital dans l’économie. Et quand François Hollande insiste pour dire que la reprise est là, c'est pour provoquer un «choc de confiance».

REUTERS/Peter Andrews

REUTERS/Peter Andrews

François Hollande l’a annoncé: «La reprise est là». Quel est le sens d’une telle communication?

La volonté politique sous-jacente est ici d’impulser un choc de confiance. Cette confiance est un terme qu’on utilise à tort et à travers, qu’il serait bon de définir plus avant.

La confiance signifie globalement deux choses différentes selon les utilisations qui en sont faites. Lorsqu’on parle de restaurer la confiance des ménages en les autorités publiques, cela a plutôt à voir avec la crédibilité. Lorsqu’on parle du «climat des affaires» (ex: la confiance des marchés), cela a plutôt à voir avec l’optimisme, la foi en l’avenir. Pour Eloi Laurent, économiste à l’OFCE, la confiance est une espérance de fiabilité dans les conduites humaines.

Du rôle de la confiance…

a) …dans la décision d’investir

Depuis John Maynard Keynes, nous savons que la confiance joue un rôle capital dans l’économie. Notre environnement est fait d’incertitude (non probabilisable) et non de risques (probabilisables). Contrairement aux postulats de la microéconomie classique, un mathématicien-entrepreneur ne peut pas calculer: «Demain, si je lance mon usine, j’investirai tant et elle me rapportera tant.» Sa décision d’entreprendre dépend en réalité de son niveau d’optimisme, c'est-à-dire du rendement attendu de son entreprise (nous développons ici donc plutôt le second point de vue de la confiance).

La science économique repose sur des simplifications pour expliquer la complexité du réel. Supposons un entrepreneur qui se trouve devant deux choix: investir (monter son entreprise) ou placer son argent (le mettre sur un compte épargne)[1]. Son choix se définira en fonction du taux de rendement attendu de son investissement (r) et du taux de rémunération de l’épargne (i).

Ainsi:

j’investis si : r > i.

Le taux de rémunération de l’épargne est plus ou moins connu (nous savons que tel plan est rémunéré tel %). Cependant le rendement de l’investissement est totalement inconnu. Tout dépend de la confiance de l’entrepreneur vis-à-vis de son entreprise: si celui-ci est très confiant, alors le rendement attendu sera très grand, et il investira (créera son entreprise, lancera sa boutique, achètera des stocks ou engagera des employés).

Bien sûr, c’est une modélisation économique de la décision simple. La réalité est plus complexe. Par exemple: il est plus valorisant de nos jours de se présenter comme un chef d’entreprise plutôt que comme un rentier, ce qui peut être un levier d’action supplémentaire à entreprendre.

b) …dans la décision de consommer et/ou d’épargner

Le problème, quand il n’y a pas de confiance (c’est-à-dire de foi en l’avenir), c’est que les agents économiques (les ménages mais aussi les entreprises) ne consomment pas. Ils délayent leurs dépenses, partitionnent leurs gros achats, rejettent à plus tard la décision de changer, de faire de gros investissements tels que l’achat de machines ou d’une voiture.

La volonté est ici d’épargner pour assumer les coups durs. La consommation diminue donc, tandis que l’épargne augmente. L’épargne n’est donc pas bénéfique pour l’économie, elle fait décroître l’activité.

Pour résumer, le circuit de la confiance est tel que moins de confiance est égal à plus d’épargne. Plus d’épargne égale moins de dépenses. Cette baisse de dépenses engendre une baisse du profit des entreprises, qui vont elles-mêmes licencier, ce qui à nouveau engendre une baisse de la confiance etc. Le circuit peut être sans fin

Risk loving, risk averse

L’autre chose qui rentre en compte dans cette équation est l’audace, la hardiesse de l’entrepreneur. En économie, cela s’est traduit par l’aversion (risk averse) et l’amour pour le risque (risk loving).

Pour rendre compte de cette notion, un simple exercice. Imaginons une loterie avec deux choix: j’ai une chance sur deux de gagner 100 euros (A) ou une chance sûre de gagner 50 euros (B).  Comment faire un tel choix? Il suffit de multiplier la probabilité du gain par le gain lui-même. On obtient alors:

En réalité, quelqu’un qui est neutre au risque sera indifférent entre le choix A ou B, puisque ces choix rapportent la même chose en réalité. L’espérance de gain dans la loterie A ou B est la même. Mais la loterie A possède une chance sur deux de ne rien rapporter, tandis que la loterie B est un gain sûr. Les gens qui aiment le risque choisiront alors A (risk lover), tandis que ceux qui le détestent choisiront B (risk averse).

Plus un entrepreneur est audacieux, plus il va avoir tendance à investir lorsqu’il veut entreprendre. Il se contentera d’un taux de rendement de son investissement plus faible.

En matière de consommation, il en va d’ailleurs de même d’une personne qui dépense sans compter, en se disant qu’elle trouvera bien un moyen final de rétablir sa situation le moment venu.

L’âge de la défiance?

«B. se lève comme tous les matins. Comme tous les matins, ces privilégiés de syndicalistes sont en grève. Il achète son journal chez son kiosquier qui en a profité pour augmenter ses prix, probablement afin de se faire de plus grandes marges. Il lit un discours du président, pour qui il a voté sans conviction car au fond les politiques sont tous les mêmes. De toute façon, c’était mieux avant.»

D’après Russell Hardin et de nombreuses croyances populaires (cf. texte ci-dessus), nous serions entrés dans l’âge de la défiance. Nous interagissons de plus en plus avec des gens à qui nous faisons de moins en moins confiance.

Or, d’une manière générale, cela est faux. Dans certains pays, il y a effectivement une crise de confiance dans les institutions politiques, mais pas dans la confiance interpersonnelle (moi et mon voisin, moi et un inconnu…). C’est ce que démontrent, par exemple, les résultats des jeux de la confiance en économie expérimentale (qui n’ont pas significativement diminués d’une manière générale) ou ceux des enquêtes de confiance (lorsqu’ils sont bien faits, lire à ce propos, Economie de la confiance d’Eloi Laurent).

Pour se convaincre que la confiance n’a pas diminué, voire a probablement augmenté, on peut citer le cas de l’émergence du web et des transactions qui s’y font. Je fais confiance à quelqu’un qui habite à l’autre bout du pays, ou même à l’autre bout de la Terre, pour un objet que je n’ai vu qu’en photo et jamais touché, jamais essayé. Et cela fonctionne. Qu’y a-t-il de plus éloquent?

Le rôle de chacun

La confiance est toujours présente, sous différentes formes. Tout ne dépend que d’elle.

Que préconisait Keynes en temps de crise? Que l’Etat endosse ses responsabilités et opère un choc de confiance, en se substituant à la place des entreprises trop frileuses pour investir, et relance le circuit de la confiance.

Mais c’est aussi dans la possibilité de chaque entrepreneur, de chaque entreprise, de chaque personne, de multiplier les petits gestes et les investissements personnels pour restaurer la confiance globale. C’est finalement de notre ressort de voir le côté positif ou négatif.

Antoine Malezieux

[1] Même raisonnement si l’entrepreneur doit emprunter. Retourner à l’article.

Bibliographie:

 

Antoine Malézieux
Antoine Malézieux (3 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte