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Arrêtons de subventionner la pêche!

Xavier Pastor, mis à jour le 06.07.2013 à 10 h 54

Notre argent finance la destruction des océans. Il faut y mettre un terme.

REUTERS/Laszlo Balogh

REUTERS/Laszlo Balogh

L'Europe connaît actuellement une des crises économiques les plus sévères de son histoire. En ces temps de coupes budgétaires, il est fondamental, aujourd’hui plus que jamais, que l’argent public soit bien dépensé, c’est-à-dire de manière rationnelle, efficace et pour le bénéfice du plus grand nombre. Vestiges d’une époque où l’argent semblait couler à flot, les subventions publiques à la pêche, largement décriées aujourd’hui, sont un exemple de gestion hasardeuse ignorant les principes même du développement durable. La plupart des scientifiques reconnaissent d’ailleurs eux-mêmes que le maintien de ces aides financières serait un anachronisme inconcevable au XXIe siècle.   

Des décennies d’investissements massifs ont créé une flotte européenne démesurée, ayant la capacité de capturer deux à trois fois plus de poissons que ce que les océans peuvent durablement produire. La vaste majorité de ces flottes peine pourtant à survivre, malgré les millions d’euros de subventions publiques dépensés par les gouvernements européens. Ces derniers ont ainsi encouragé la surexploitation des ressources marines et détruit des écosystèmes entiers, restant indifférents au principe de précaution, un concept pourtant centra à la gestion durable des pêches.

L’argent public a été dépensé d’un côté pour construire et moderniser de nombreux navires, et de l’autre pour diminuer le nombre de bateaux en détruisant d’autres navires, dont certains ne pêchaient plus depuis des années. Cette politique absurde a finalement quand même permis aux bateaux de pêcher plus –plus longtemps, plus loin, plus intensément, et plus souvent– et ce à moindre coût, si ce n’est celui payé par la société d’aujourd’hui et de demain.

En 2011, la Commission européenne a souhaité mettre fin à cette hémorragie financière qui visait à résoudre le problème de la surcapacité de la flotte à coup de subventions, et elle a proposé d’éliminer les aides publiques inefficaces et préjudiciables dans le futur Fonds européen de la pêche (qui deviendra le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, FEAMP). La réforme discutée aujourd’hui est une occasion unique de mettre fin au gaspillage de l’argent public, en définissant la meilleure façon de dépenser ces fonds pour les sept années à venir.

Un vote décisif aura lieu dans quelques jours, le 10 juillet, lorsque les députés de la Commission de la pêche du Parlement européen décideront des modalités du futur FEAMP. Alors qu'ils prétendent avoir à cœur les intérêts des communautés de pêcheurs, la majorité d’entre eux défend bec et ongles le statu quo et soutient le maintien des subventions qui ont poussé le secteur de la pêche dans la crise qu’il connaît actuellement. Le groupe d’eurodéputés mené par le Français Alain Cadec (UMP) a même proposé de remettre en place les aides à la construction de nouveaux navires, une mesure pourtant éliminée lors de la réforme de la politique commune de la pêche de 2002.

Le secteur de la pêche est victime d’années de mauvaise gestion résultant d’une vision à court terme qui a justifié un usage abusif d’aides et de compensations financières en tout genre [un rapport jusque-là secret de la Cour des comptes de 2010, publié par le Nouvel Obs, pointe les problèmes]. L’illusion de rentabilité a rendu les pêcheurs dépendants au soutien du gouvernement, et a placé le secteur sous perfusion financière. Au lieu de subventionner la surpêche, le FEAMP doit financer la préservation des richesses de nos océans –un bien commun– ainsi que le contrôle du respect des règles de gestion de pêche, la collection de données halieutiques, et la recherche scientifique et l’évaluation des stocks.

Etant donné la situation économique dans laquelle se trouve l’Union européenne, on ne peut plus ignorer les millions d’euros qui ont été et sont encore dépensés pour perpétuer une situation qui met en danger les stocks et le futur de l’industrie de la pêche. Les citoyens européens doivent savoir que leurs représentants au Parlement européen veulent continuer de maintenir à flot un secteur non rentable qui vide nos océans. Il est temps que les députés européens prennent leurs responsabilités au sérieux et voient plus loin que le terme de leur mandat, pour faire inscrire cette réforme dans l’Histoire.

 Xavier Pastor

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