Monde

Crise syrienne: derrière les chiffres, des vies déchirées

CARE International, mis à jour le 20.06.2013 à 6 h 53

En ce 20 juin, journée internationale des réfugiés, n'oublions pas la détresse du peuple syrien ni les populations d’accueil qui subissent elles aussi les conséquences de cette crise. Une tribune de Sally Austin, responsable des urgences pour l’ONG CARE International.

Une petite fille syrienne dans le camp de réfugiés de Mrajeeb Al Fhood, en Jordanie. REUTERS/Muhammad Hamed

Une petite fille syrienne dans le camp de réfugiés de Mrajeeb Al Fhood, en Jordanie. REUTERS/Muhammad Hamed

J’étais présente sur les urgences humanitaires les plus importantes de ces 20 dernières années telles que la Somalie, l’Irak, I’Afghanistan, le Soudan, le Sri Lanka ou Haïti.

La crise syrienne est différente de toutes les autres que j’ai connues jusqu’alors. Son ampleur est considérable. En six mois, le nombre de personnes ayant besoin d’une aide d’urgences est passé de 4 à 6,8 millions de personnes en Syrie (soit aujourd’hui presque trois fois la population de Paris). Une grande part d’entre eux ne reçoit aucune aide car inaccessibles du fait des violences en Syrie ou dispersés dans les pays voisins.

Cette situation pousse, en effet, de plus en plus de Syriens à trouver refuge dans les pays voisins. Au Liban, les réfugiés devraient représenter plus de 24% de la population totale du pays d’ici la fin de l’année 2013. En Jordanie, ils représentent déjà près de 10% de la population du pays. Les services de base de ces pays, tels que la capacité de production d’électricité ou d’eau potable, sont saturés. Au Liban, déjà 30% de la population libanaise est directement ou indirectement affectée par ces bouleversements. En Jordanie, le nombre de visites à l’hôpital a été multiplié par 33 entre janvier 2012 et mars 2013. La crise ne frappe pas uniquement la Syrie, mais l’ensemble de la région.

Nous entendons parler de politique et d’armes, mais les conséquences humaines sont insuffisamment évoquées. J’ai récemment rencontré des réfugiés syriens au Liban et en Jordanie. Pour une grande majorité, ce sont des femmes et des enfants. Ils ont vu leurs maisons détruites, les membres de leur famille tués ou blessés. Maintenant, ils font face aux difficultés d’un exil.

Ces personnes et ces familles ne sont pas que des chiffres qui font la une de nos médias. Il y a deux ans, ils avaient une maison, un travail, ils pouvaient manger à leur faim et étaient entourés d’amis. Aujourd’hui, ils ont tout laissé derrière eux.

J’ai rencontré à Amman de nombreuses personnes dont les vies avaient été brutalement bouleversées. Je me souviens de ce garçon de 12 ans obligé de travailler pour 10,50 euros par semaine pour nourrir sa mère et ses 3 frères et sœurs. Comme 60% des enfants syriens réfugiés dans les grandes villes jordaniennes, Azhar ne peut pas aller à l’école. Comme 50% des garçons syriens âgés de 13 ans à 17 ans, il est obligé de travailler afin d'aider financièrement sa famille.

Je n’oublierai pas non plus cette mère de 27 ans trop malade pour travailler ou chercher un autre logement que cette pièce sans fenêtre qu’elle partage avec ces 4 enfants. Je reste émue de son inquiétude face à la flambée des loyers et à l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Début avril, le taux moyen d'endettement des réfugiés vivant dans les villes jordaniennes s'élevait à 500 euros, soit près de trois mois de loyer.

Je n’oublierai pas ce volontaire qui travaille au centre pour les réfugiés géré par CARE. Avocat en Syrie, il passe le plus de temps possible à aider les autres pour ne pas penser à sa propre situation, au désespoir de sa famille et à l’avenir incertain de son pays.

Les propos de Sara, 32 ans, enceinte de 6 mois, restent gravés dans ma mémoire:

«Nous menons deux guerres: une en Syrie et une ici, une guerre pour survivre.»

De même, ceux de Hala, 25 ans:

«Je suis toute seule ici. Je voudrais rentrer, mais je ne peux pas car ma maison a été détruite.»

Ou encore Hassan, 15 ans:

«La Syrie telle qu'elle était avant la guerre n'est plus qu'un souvenir.»

Ce jeudi 20 juin est la journée internationale des réfugiés –une journée établie par l’ONU pour rappeler la force et la détermination de ces femmes, hommes et enfants obligés de fuir leur foyer pour échapper aux persécutions, à la guerre ou aux catastrophes naturelles.

Il y a aujourd’hui 43,7 millions de réfugiés dans le monde et ce nombre ne cesse d’augmenter du fait de la violence de la crise syrienne. Le 7 juin dernier, les Nations unies ont lancé un appel de fonds de 3,9 milliards d’euros –soit l’appel le plus important de l’histoire de cette organisation– afin de pouvoir venir en aide aux personnes souffrant des effets de la crise en Syrie et dans cette région.  

A l’occasion de cette journée, j’appelle à ne pas oublier la détresse du peuple syrien qui a déjà tant souffert ainsi qu’à aider les populations d’accueil qui subissent elles aussi les conséquences de cette crise.

Sally Austin

Responsable des urgences pour l’ONG CARE International          

CARE se bat pour aider les réfugiés à répondre à leurs besoins les plus urgents et à défendre leur dignité. Nos efforts menés en Jordanie pour aider les réfugiés et les communautés d’accueil ont déjà permis d’atteindre 110.000 réfugiés. Nous intervenons également sur le terrain en Egypte et au Liban afin d’aider les réfugiés et les communautés d’accueil. Pour plus de renseignements ou pour soutenir notre action, visitez notre site CARE France

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