Monde

La guerre du solaire

Institut du développement durable et des relations internationales, mis à jour le 13.06.2013 à 11 h 49

Dans sa bataille contre la Chine, l'Union européenne a augmenté sa taxe anti-dumping sur les panneaux solaires. Comment en sommes-nous arrivés à cette situation dont tout le monde risque de pâtir?

Des panneaux solaires à côté de Séville, en Espagne. REUTERS/Marcelo del Pozo

Des panneaux solaires à côté de Séville, en Espagne. REUTERS/Marcelo del Pozo

L'industrie mondiale du solaire est en crise: les entreprises du photovoltaïque mettent la clé sous la porte en Europe comme en Chine, et l’installation de panneaux solaires s’essouffle. Dans ce contexte, l’Union européenne (UE) menace depuis plusieurs semaines d’imposer à ses frontières une taxe anti-dumping de 47% en moyenne sur les panneaux chinois. Le 4 juin, aucune solution concertée n’ayant été trouvée, elle a partiellement mis cette menace à exécution: la taxe est de 11,8% depuis le 6 juin, et passera à 47% le 6 août si aucun accord n’est trouvé d’ici-là.

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation dont tout le monde risque de pâtir: l’Europe, la Chine et la protection de l’environnement? Une taxe anti-dumping aux frontières de l’Europe est-elle la solution?

Alors que l’Europe a subventionné l’installation de panneaux solaires, la Chine a fortement soutenu leur production, notamment grâce à l’octroi de crédits bon marché, sans développer son marché intérieur dans des proportions équivalentes. Cette asymétrie s’est traduite par un déficit commercial important de l’Europe: les entreprises chinoises détiennent 80% du marché européen. En conséquence, afin de ne pas «subventionner l’industrie chinoise» en période de crise budgétaire, de nombreux pays européens ont diminué leurs aides et ont laissé l’industrie chinoise s’effondrer après l’industrie européenne.

Comment résoudre cette crise, alors que l’industrie photovoltaïque se trouve au cœur des politiques de sécurité énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre?

La stratégie qui consisterait à «profiter» du dumping chinois et à abandonner la production européenne de panneaux, pour atteindre à moindre coût les objectifs de l’UE en matière d’énergies renouvelables, est intenable politiquement. Dans une Europe marquée par la désindustrialisation et la difficile reconversion de certains territoires, les responsables politiques attendent des emplois industriels en échange de leurs subventions. L’Allemagne crée des emplois notamment grâce aux machines-outils qu’elle vend aux producteurs solaires chinois. Il n’en est pas de même pour la France et d’autres pays européens, où les emplois industriels résident dans la production de panneaux.

Une fausse bonne idée

Vouloir produire en Europe la totalité des panneaux installés serait pourtant une fausse bonne idée. Le surcoût transitoire pour les consommateurs serait trop important et réduirait fortement les ambitions européennes en matière solaire. Ce qui ne serait bon ni pour l’environnement, ni pour les emplois à d’autres niveaux de la filière, en aval notamment. 

Alors comment sortir de l’impasse actuelle? En acceptant un mix de panneaux chinois et européens en Europe. Ceci implique évidemment la fin du dumping chinois, s’il est établi que les subventions chinoises violent les règles de l’OMC. Si la Chine ne met pas rapidement fin à ce dumping, alors la taxe se révèlera nécessaire. Elle aura un coût: les chaînes de production de panneaux solaires sont très intégrées et la Chine a déjà annoncé qu’elle imposerait des mesures de rétorsion.

La taxe anti-dumping pourrait se révéler indispensable, mais elle ne saurait conduire au rééquilibrage commercial qui reste indispensable. Le déficit actuel n’est pas qu’une affaire de dumping: les producteurs chinois disposent d’énormes surcapacités et bénéficient d’un coût du travail faible et de facilités d’accès au crédit. L’UE doit dès lors réinventer sa politique industrielle: politique d’innovation pour faire baisser le coût des panneaux européens et développer un avantage sur les technologies de pointe, réalisation d’économies d’échelle, voire mesures de contenu local. Quant à la Chine, elle doit développer sa demande interne de solaire pour absorber ses surcapacités. Il ne s’agit pas d’une utopie: en moins de deux ans, son objectif d’installation pour 2015 est passé de 5 GW à 21 GW puis 35 GW.

L’Europe et la Chine ont un intérêt commun: réduire leur dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et faire baisser le prix des panneaux solaires. Elles peuvent sortir par le haut de la crise actuelle... ou poursuivre une guerre du solaire où tout le monde se retrouve perdant in fine.

Damien Demailly et Emmanuel Guérin, Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte