France

La jeunesse attend une nouvelle politique

Monsieur K., mis à jour le 24.05.2013 à 14 h 50

Si elles s'en tenaient à une «priorité à la jeunesse» fondée sur l'emploi, les forces de gauche se condamneraient à accompagner le divorce entre les jeunes Français et la République.

Smile / Jessica. Tam via Flickr CC License by.

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Une partie de notre jeunesse ne croit plus au progrès social et moral dans les conditions politiques actuelles et pense qu'à défaut de pouvoir changer la civilisation, il faut s'en abstraire. Sous une forme radicale, cela donne Julien Coupat et Tarnac, sous une forme optimiste, les Indignés.

Une autre partie de la jeunesse, issue ou non des quartiers populaires, imprégnée de l’individualisme agressif qui domine les rapports sociaux contemporains, a déjà glissé de la défiance à la violence envers les institutions et les personnes.

Des jeunes de plus en plus nombreux rallient le Canada ou l’Australie pour y accomplir leurs projets de vie. Leur «exil» ne se confond pas avec l'expatriation: ici, le pays natal a subi une perte d’attractivité non pas économique, mais affective, liée à une promesse républicaine échouée.

Quatre jeunesses, un désamour

Enfin, une jeunesse encore protégée par l’État-Providence et la famille veille à préserver une capacité de consommation que le déclassement de la France dans la mondialisation vient mettre en cause. Cette jeunesse là, en grande partie, ne se satisfait pas du triomphe de l'individualisme, mais elle ne sait comment le dépasser.

Ces quatre jeunesses se rejoignent dans un même désamour de la République, de cette promesse de liberté, d’égalité et de fraternité ternie par la mise en concurrence généralisée et la montée des inégalités. La République, pour retrouver grâce à leurs yeux, doit s'arrimer à un nouvel intérêt général, mais aussi trouver de nouvelles façons de le servir et de nouveaux profils pour le porter.

Le nouvel intérêt général doit être européen. Avec notre voisin allemand vieillissant, assumons aujourd'hui l'essoufflement de nos nations et la nécessité d'un plus haut niveau d'intégration par un pacte d’avenir favorisant la mobilité des travailleurs et la systématisation des échanges entre élèves français et allemands, de façon à ce qu'ayant désormais deux patries, ils finissent à terme par n'en former qu'une.

Rompre avec l'esprit Maginot

Une telle rupture avec l’esprit Maginot suppose une élite nouvelle, alors que la méritocratie française s’est perdue dans l’endogamie et le provincialisme. La France s’honorerait à transformer son Ecole nationale d’administration en une école du service public européen dédiée à la construction du protectionnisme européen dans toutes les instances de la gouvernance mondiale et européenne.

Enfin, une réforme fiscale devra s’attaquer à l’esprit de rente et au contournement de l’impôt. Un «impôt de solidarité intergénérationnelle» limiterait la reproduction sociale, et l'introduction progressive d’une part de «générosité» dans l'impôt permettrait de rompre avec la coercition sur laquelle les Etats ont bâti leur richesse mais aussi leur endettement, et rehausserait le prestige de la contribution au collectif.

La France n'a pas besoin du jeunisme pour se redresser. Bien au contraire, elle a besoin d'une jeunesse conquérante qui l'aide à tourner une page. C'est de cette confiance faite à la jeunesse que reviendra la confiance dans le pays.

Monsieur K.

Monsieur K.
Monsieur K. (2 articles)
Collaborateur d'élu et militant socialiste.
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