France

Hollande et Twitter: Mon cher Paul Larrouturou

David Abiker, mis à jour le 17.05.2013 à 12 h 17

La question du journaliste du Lab d'Europe1 au président de la République concernant son usage du réseau social a été moquée. Pourtant, c'est lui qui donne un coup de vieux à ses collègues qui n'ont pas compris l'importance de ce mode de communication.

François Hollande, pendant la conférence de presse du 16 mai 2013. REUTERS/Benoit Tessier

François Hollande, pendant la conférence de presse du 16 mai 2013. REUTERS/Benoit Tessier

Jeudi 16 mai, durant la conférence de presse de François Hollande, Paul Larrouturou, journaliste pour Le Lab d'Europe 1 a posé une question au président de la République: «Pourquoi avez-vous choisi de ne pas vous exprimer personnellement sur [le réseau social Twitter].»

Une question moquée par les journalistes présents et traitée par Hollande comme secondaire. David Abiker, journaliste, chroniqueur notamment pour Des clics et des claques sur Europe1, a adressé sur son blog une lettre ouverte à Paul Larrouturou, lettre ouverte analysant les rapports des journalistes français avec les réseaux sociaux. Voici son billet reproduit avec son autorisation.

Mon cher Paul Larrouturou,

Jeudi 16 mai, le monde de ceux qui savent, le monde ceux qui croient encore aux pouvoirs magiques du président de la République et du ripolinage des statures par simple ouverture de la bouche avec du son qui en sort, le monde de ceux qui font du storytelling et celui de ceux qui le commentent s’est bien foutu de ta gueule.

Ça a duré 5 secondes, mais ça a dû te faire mal.

C’est pas grave mon cher Paul.

Ils ont tort et ils sont hypocrites.

Pendant que quelques-uns de tes confrères ricanaient (et tu remarqueras que la salle s'est mise à rire non pas immédiatement après ta question, mais immédiatement après le signal présidentiel), pendant que les ministres buvaient du petit lait, pendant que le premier d’entre eux se marrait franchement et que le Président faisait sur le dos de ta question un petit exercice aigre-fin expliquant en substance que lui s’occupe de choses sérieuses, nous qui utilisons Twitter pensions tous la même chose.

Nous pensions que ceux qui se sont foutus de ta gueule en cet instant précis sont également tous abonnés à Twitter, politiques comme journalistes. Nous étions aussi quelques-uns à envisager ce samedi où l'Elysée (le même où ça riait jeudi) a invité des blogueurs et des twittos de gauche pour leur demander comment ils voyaient les choses. Ce samedi-là, il y a un mois, je crois, l’Elysée ne moquait pas le sujet Twitter. Peut-être même que ce samedi-là quelqu'un a demandé au Président si un jour il tweeterait, je suis sûr que si c'est arrivé, le Président ne s'est pas moqué de lui.

Je ne suis pas sûr que le président de ma République doive tweeter, je suis sûr en revanche que ta question méritait autant de respect que les questions posées sur l'Europe ou les remaniements qui ont la même utilité relative que les conférences de presse.

Mon cher Paul, cette ironie que tu as pris dans la gueule s’appelle du double langage. On se fout de la gueule d’un confrère et d’un journaliste et dans le même temps on consulte les blogueurs et les usagers de ces nouveaux médias. On célèbre les nouvelles technologies pour redresser le pays, mais si l’on peut faire un bon mot sur ta question qui était bonne, qui valait la peine, surtout on ne se gêne pas. On célèbre la jeunesse et on moque la question d'un jeune journaliste.

Voilà comment on se fout de la gueule de ta génération.

Mon cher Paul, je ne t’écris pas cela parce que tu es mon collègue d’Europe1, je te l’écris à cause de ces rires compassés, de ces ricanements d’une salle dont la majorité des occupants sont, mais ça ne se voyait ni à l’image, ni au son, quasiment tous inscrits sur le réseau social qui t’a valu cette fausse réponse présidentielle à mourir de rire.

A mourir d'avoir ton âge dans ce pays.

Mon cher Paul, ce ne sont pas eux qui t’ont donné un coup de boule, non, c’est toi qui leur a donné un coup de vieux.

Et ils ne l'ont toujours pas compris.

Mon cher Paul, je t'embrasse avec confraternité.

David Abiker

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