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Du danger des plateformes immergées au large de l'île du Levant

L'île du Levant / Matthieu Sontag via Wikimedia Commons

L'île du Levant / Matthieu Sontag via Wikimedia Commons

Le site, au large des îles d’Hyères et voisine de Port-Cros, va devenir un Centre d’expertise et d’essais en mer profonde.

L’île du Levant, tout le monde en a entendu parler. Au large des îles d’Hyères et voisine de Port-Cros, c’est, depuis 1931, le berceau du naturisme, un paradis pour les «non-textiles».

C’est aussi, et cela, on le sait moins —puisque la majeure partie de l’île (80%) appartient à l’Etat— un Centre d'essais de lancement de missiles pour le compte de la Direction Générale de l'Armement, sous la tutelle du Ministère de la Défense.

Occupée pour l’essentiel pour l’essai de lancement des missiles, l’île du Levant va devenir un Centre d’expertise et d’essais en mer profonde (CEEMP). Le site a été choisi pour ses ultra-grands fonds (2.500 m) qui permettront l’installation de deux plateformes immergées à 1.300 et 2.400 m de profondeur pour l’exploration et l’exploitation de l'offshore profond.

La Compagnie maritime d'expertises (Comex), spécialiste de l’offshore pétrolier depuis 40 ans, en a rêvé, le Pôle de compétitivité Mer Paca l’a fait. Et c’est la société Abyssea qui a été chargée du projet, financé à hauteur de 5 millions d’euros par le Fonds unique interministériel (FUI) et le Fonds européen de développement régional (FEDER), impliquant des actionnaires tels que Chrisar Software Technologies (simulation acoutisque), EMC3, Sofresud, Subsea Tech et Thalaseis, ainsi que la Caisse des dépôts.

Le Centre servira à ceux de la région Paca qui développent des systèmes, engins et équipements sous-marins, mais aussi à ceux qui voudront effectuer des tests et des démonstrations en grandeur réelle, sur la base des deux stations sous-marines, et surtout aux besoins des grandes compagnies pétrolières et minières qui opèrent à des profondeurs de plus en plus importantes et ont donc besoin d’expérimenter leurs nouvelles technologies en situation réelle.

La plateforme n°1 aurait dû être opérationnelle en octobre 2012  et, dès lors, on peut se demander si la récente abrogation de la Zone de protection écologique par le décret n° 2012-1148 du 12 octobre 2012 ne sous-entend pas l’aval du gouvernement.

Le centre d’essais techniques devrait ouvrir en 2014 et la plateforme n°2 immergée à 2.400 m le sera à l’automne 2015. Aucune étude d’impact n’a, selon les autorités, été pour l’instant réalisée pour obtenir les autorisations environnementales mais les actionnaires sont confiants, ayant obtenu le soutien du conseil général et de la région.

Aucune enquête publique non plus autour de ce projet qui interpelle et inquiète tous les défenseurs de la «belle bleue». En effet, il met en grand danger la faune pélagique exceptionnelle (baleines, cachalots, dauphins, tortues marines, etc.) du Parc national de Port-Cros et du Sanctuaire Pelagos (classé Aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne) tout proches. Et particulièrement les cétacés, qui localisent leurs proies par émissions d'ondes spéciales et risquent d’être perturbés par les simulations acoustiques, ainsi que tous ceux qui fréquentent les grands fonds dans leurs courses migratoires et dont certains sont déjà en danger critique d’extinction.

De plus, on ne peut éluder le fait que les ressources d’hydrocarbures des grands fonds marins pourraient représenter cinq ans de consommation mondiale. Qu’adviendra-t-il alors de la Méditerranée, une des mers déjà les plus polluées au monde, en cas de pollution par les hydrocarbures? La question mérite d’être posée alors que, du 5 au 9 juin 2013, la mer sera à l’honneur partout en France.

Danièle Favari

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