France

Il faut laisser du temps à François Hollande

Jean-Claude Casanova, mis à jour le 06.05.2013 à 10 h 48

Un an après son arrivée à l'Elysée, il faut apprécier sa politique avec prudence et patience en tenant compte de trois fondamentaux: les élections dont le gouvernement est issu, ses intentions et la situation de l'économie.

François Hollande et Mario Monti, alors Premier ministre italien, le 14 juin 2012 à Rome. REUTERS/Max Rossi.

François Hollande et Mario Monti, alors Premier ministre italien, le 14 juin 2012 à Rome. REUTERS/Max Rossi.

Il faut «laisser du temps au temps». François Mitterrand a rendu célèbre cette expression, qui vient de Cervantes et dit bien ce qu'elle veut dire: on ne juge d'une action que quand on en mesure les conséquences. La prudence et la patience importent au jugement autant qu'à l'action. Il me paraît raisonnable d'apprécier ainsi la politique de François Hollande, bien qu'à lire la presse, quand on ne dresse pas de réquisitoire à son égard, on semble faire son panégyrique.

Pour apprécier cette politique, il faut tenir compte de trois fondamentaux: les élections dont le gouvernement est issu, ses intentions et la situation de l'économie.

Le président a été élu au second tour. Parmi ses électeurs du 6 mai, une part importante avait choisi au premier tour la gauche extrême, la candidate écologiste ou le candidat centriste qui s'était prononcé pour Hollande, voire des candidats de droite.

Tous ces électeurs ont préféré le candidat Hollande au candidat Sarkozy. De ce fait, la majorité du second tour est hétérogène par l'intensité de son soutien au président élu et par son engagement en faveur des objectifs qu'il a affichés.

En revanche, la majorité issue des élections législatives est homogène à l'Assemblée nationale puisque le parti socialiste détient à lui seul la majorité, même si ses élus aussi sont issus d'un électorat mélangé au second tour. Pour se convaincre de l'importance de ce fait, il suffit d'imaginer ce que serait la situation de François Hollande, compte tenu de la politique qu'il mène, s'il devait s'appuyer sur une majorité dans laquelle les écologistes et le Front de gauche seraient indispensables.

Pour mener cette politique, il devrait utiliser l'article 49-3 de la Constitution et menacer de dissoudre à tout instant, sinon il faudrait changer de direction. Ce serait, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, «une question de rapport de force», chacun devant apprécier les risques d'une dissolution. Il faut donc que la majorité socialiste à l'Assemblée reste unie et disciplinée.

Pour l'instant, on ne voit pas apparaître de failles sérieuses là se trouve le point fixe du gouvernement. Dans deux ou trois ans, les perspectives électorales des uns et des autres pour 2017 renforceront ou affaibliront cette cohésion.

Quelles sont les intentions du Président? Un homme d'Etat avance masqué, il s'explique mais il ne peut pas tout dire; il dit certaines choses, il en laisse deviner d'autres et il agit, sans doute dans l'espoir d'être réélu, mais certainement aussi pour accomplir ce qui lui paraît souhaitable pour le pays.

Rien dans son passé ou dans ces actes n'interdit de douter du patriotisme et de la sagesse de François Hollande. Il faut donc que l'observateur, pour interpréter cette politique, avance à ses risques et périls.

Trois axes ont pris une grande place dans l'opinion depuis le début du quinquennat. Ils me paraissent secondaires, sans portée réelle: ce sont le mariage pour tous, l'accès de fièvre fiscale et la moralisation de la vie publique.

Les braises du «mariage pour tous»

«Le mariage pour tous»: formule habile mais inexacte. Le problème posé est celui du mariage entre personnes de même sexe, ce qui, il faut en convenir, est une institution très nouvelle.

Si on examine la question en termes purement politiques et si on laisse de côté les réflexions plus philosophiques ou juridiques qu'elle peut soulever, elle se résume ainsi: il existe en France environ 111.000 couples de même sexe, soit 0,7% du total des couples (mariés, pacsés et libres); cette minorité souhaite une reconnaissance juridique et symbolique; le gouvernement socialiste a choisi de lui accorder le mariage civil, qui, dans notre Code civil, doit précéder le mariage religieux et qui constitue pour les époux un ensemble de droits et d'obligations.

La droite propose aujourd'hui une union civile à ces couples, mais la refusait auparavant et avait accepté avec réticence le Pacs, bien insuffisant pour satisfaire la revendication des unions de même sexe. En faisant voter une loi qui satisfait la minorité homosexuelle et ceux qui parlent en son nom, le gouvernement indigne une autre minorité plus importante (principalement catholique) qu'on peut appeler la minorité traditionnelle.

Son mécontentement s'est exprimé fortement et plus vivement que ne l'escomptaient la gauche autant que la droite. Ce n'est pas parce que la France est plus catholique que l'Espagne, pays où une législation équivalente est déjà entrée en vigueur. C'est parce qu'en France, le mariage civil est une institution commune à tous les Français, la seule à produire des effets de droit.

En Espagne, le mariage catholique suffit à produire des effets civils et n'exige pas de mariage ou de contrat civil préalable. Les catholiques espagnols peuvent être plus facilement indifférents au mariage homosexuel que pourra célébrer l'autorité civile: ils ont leur propre mariage, à la fois religieux et civil.

Tandis que la minorité traditionnelle en France voit transformer une institution à la quelle elle participe, à laquelle elle est même obligée de participer, pour des raisons que connaissent bien ceux qui savent les origines du Code civil. Son mécontentement était donc prévisible et inévitable.

Mais la majorité politique le voulait, le Président ne pouvait se dédire, et il fallait donc accepter ce mécontentement en le gérant avec prudence. C'est ce qu'a fait François Hollande. On voit bien d'ailleurs que, en ce qui concerne l'adoption, il avance avec précaution et ne souhaite pas aller très loin, car l'opinion générale a été ébranlée par le tumulte qui s'est produit.

Il faut aussi observer que l'adoption par une seule personne a été décidée en France, dans les années 1960, par la droite, sous l'influence de Michel Debré et de Jean Foyer, que l'on classera sans hésiter dans la minorité traditionnelle. Cette droite est donc mal venue quand elle affirme qu'un enfant a toujours besoin d'un père et d'une mère. Ajoutons que notre législation sur l'adoption coupe exagérément les ponts entre les parents biologiques et les parents d'adoption: il faudra sur ce problème réfléchir davantage sans se presser.

Dans cette perspective, les feux allumés par la bataille qui vient de se dérouler s'éteindront. Mais des braises subsisteront, la gauche pourra perdre des suffrages aux prochaines élections, et la droite voir naître en son sein des clivages nouveaux qui renforceront le Front national ou diviseront l'UMP.

En ce qui concerne le président de la République, l'affaire est, espère-t-il, achevée. Pas au moindre coût, mais achevée néanmoins.

Un accès de fièvre fiscale

Pour vaincre à la présidentielle, François Hollande avait-il besoin de proposer cette fiscalité exceptionnelle à 75%? On en discutera indéfiniment puisque on ne pourra jamais démontrer le contraire. Heureusement, le Conseil constitutionnel puis le Conseil d'Etat ont résolu la question et, d'une certaine façon, constitutionnalisé le bouclier fiscal: on ne pourra plus voter de loi fiscale autorisant un prélèvement de plus de 60% du revenu. Il reste donc à laisser oublier discrètement cette promesse inconsidérée.

S'il demeure incontestable que le gouvernement a augmenté la fiscalité et les charges sur les entreprises et sur les personnes, on doit admettre qu'il l'a fait pour deux raisons: pour réduire les déficits du budget et des régimes sociaux et parce que le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait excité le sentiment d'injustice fiscale et d'inégalité au moment où la crise se déclenchait et imposait un partage équitable des sacrifices. Pour ne pas avoir su donner ce sentiment d'équité, la droite française a provoqué un choc en retour.

En revanche, on peut plaider sans difficulté que les déficits peuvent être aussi réduits par la diminution des dépenses, ce que dans une deuxième étape le gouvernement a discrètement entrepris.

La moralisation de la vie publique n'est pas prête de s'achever

En ce qui concerne la moralisation de la vie publique, elle est de circonstance: l'affaire Cahuzac l'a imposée. On peut y être attentif sans lui prêter trop d'importance.

Elle vient de loin. Sans remonter aux Grecs, qui mesuraient le revenu des magistrats au début et en fin de mandat, chez nous déjà, Saint-Louis, de retour des croisades en 1254 et inquiet des désordres favorisés par son absence, s’en était occupé et, pour «amender le Royaume de France», avait voulu faire connaître les revenus des agents publics.

A chaque scandale, la République a procédé de la même façon. Félicitons-nous donc des nouveaux remèdes qui seront apportés. Rien de ce qui est proposé (repris, en large part, des travaux de la commission Jospin) ne nuira.

Aux premiers relevés rendus publics sur la fortune des ministres, constatons que les hommes politiques de gauche, comme leurs prédécesseurs de droite et du centre, obéissent au programme giscardien et veulent rester ou devenir propriétaires de leurs logements plutôt que locataires (faisant ainsi reculer la propriété collective au profit de la propriété privée) mais rechignent, ce qui est bien naturel, devant trop de publicité comparative.

Depuis Voltaire, on croit que «la lumière vient du Nord». Attendons de savoir, à propos des parlementaires et des membres des cabinets ministériels, comment nous nous habituerons à ces moeurs scandinaves. De toute façon, nous savons que ce grand chantier n'est pas prêt de s'achever: il faudrait en finir avant avec celui de la moralisation de la nature humaine.

Le sentier des difficultés

Les deux axes principaux de la politique de François Hollande découlent d'un diagnostic exact sur la situation de la France: l'excès de notre endettement public et la baisse de notre compétitivité. Face à ces deux difficultés, la droite, qui a gouverné de 2002 à 2012, porte une large responsabilité: elle a aggravé les maux, n'a pas trouvé les remèdes et a manqué le diagnostic, sauf à la fin du mandat de Sarkozy.

François Hollande a été prudent pendant sa campagne électorale et il n'a rien dit qui compromettrait l'avenir. Une fois élu, le temps d'un soupir, il a clairement orienté sa politique vers ces deux objectifs: la réduction du déficit public et l'amélioration de la compétitivité des entreprises. Il s'est alors séparé des communistes et de la gauche de la gauche, quitte à subir leurs critiques.

Certes, Sarkozy avait entrepris et préconisé cette politique à la fin de son mandat, François Bayrou l'avait encore plus clairement défendu pendant sa campagne, Jean-Luc Mélenchon s'y était opposé: il demeure que François Hollande en est désormais le grand architecte.

Après le rapport Gallois de novembre 2012, le président de la République l'a clairement reconnu. En admettant que c'était là le principal, il fixait ses deux objectifs majeurs. L'extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon l'en soupçonnait à juste titre, et depuis le lui reproche ouvertement en proposant une politique de rupture avec l'euro et avec le libre-échange.

En revanche, ceux qui à droite partageaient ce diagnostic n'ont pas rendu hommage à sa lucidité. Pourtant, Hollande reconnaissait que la rigueur (quitte à employer d'autres termes pour la désigner, comme l'équilibre, le sérieux, etc.) était indispensable à la croissance future. Il reconnaissait aussi que le problème de la compétitivité des entreprises françaises, décelable depuis longtemps, n'était pas lié à la crise mais aux charges qui pèsent sur nos entreprises, à l'insuffisance des investissements et des recherches. Il s'engageait donc dans une politique de restauration des équilibres publics et d'amélioration de la compétitivité des entreprises.

C’est un chemin difficile, avec une opinion mal préparée et des médias peu lucides en économie. Particulièrement difficile pour un gouvernement de gauche, non pas simplement parce qu'il est de gauche, mais parce qu'il succède à des gouvernements de droite qui ne s'étaient guère avancés sur ce sentier difficile et qui n'avaient pas éclairé l'opinion, le terme «rigueur» étant étranger à l'animal politique français.

Une politique appropriée sur la dette publique

À quel rythme faut-il réduire la dette publique? La réponse à la question est plus ou moins facile selon la situation de ceux qu'on interroge. Les hommes politiques n'en savent rien, mais trouvent avantageux de condamner la rigueur, contraire, à leurs yeux, à la croissance. Les journalistes n'en savent pas plus, mais dans les grands médias, à la télévision, à la radio, veulent des réponses populaires. Les économistes professionnels en savent davantage, mais ne sont pas d'accord entre eux.

Les responsables politiques savent ce que leur disent les économistes de l'administration et des organismes internationaux. Mais à la différence de tous les autres, ils seront responsables des décisions prises. S'ils réduisent trop fortement le déficit, ils risquent de trop freiner l'économie; s'ils ne le réduisent pas assez, ils risquent d'inquiéter les marchés et de provoquer un renchérissement des intérêts de la dette, auquel ni la santé de l'économie ni leur popularité ne résisteront.

Autrement dit, si les hommes politiques et les économistes se trouvaient dans la situation des responsables politiques, ils seraient tous aussi prudents que l'est François Hollande, qui n'a pas envie, et il a raison, de voir se dresser un «mur d'argent» comme l'ont connu la Grèce, l'Irlande, l'Espagne et l'Italie. En obtenant pour notre dette publique des taux très bas et en les conservant, il a obtenu un succès considérable dont on devrait le féliciter davantage, parce que c'est une source appréciable d'économie et un point d'appui pour le redressement.

En cette matière, sa politique prudente a réussi. Il n'a été condamné ni par le FMI ni par la Commission européenne, il a pris des engagements de réduction du déficit qui ont rassuré l'Allemagne et les marchés financiers.

Sans doute a-t-il profité de l'abondance d'épargne dans le monde et de la mauvaise situation des économies méridionales d'Europe, mais dans le répit supplémentaire que vient d'accorder Bruxelles, la France se trouve en compagnie des Pays-Bas et peut dire que ce délai, qui reporte à 2015 le retour sous la barre des 3%, est en quelque sorte un véritable succès, puisqu'il justifie la prudence du gouvernement. D'autant que ce délai n'est pas la sanction d'une mauvaise politique, mais la prise en compte de l'état général de la zone euro.

Retrouver un climat favorable aux entreprises

On peut discuter les mesures prises en faveur de la compétitivité des entreprises et les juger encore insuffisantes, mais personne n'a nié qu'elles soient positives. Financer une partie des charges sociales qui pèsent sur les entreprises par une hausse de la TVA sera bénéfique, et une fois que l'on s'engage dans ce sens, rien n'interdira de poursuivre plus directement encore, d'autant que la pression fiscale directe sur les ménages et les entreprises devra un jour être réduite et que le gouvernement y pensera avant les élections de 2017.

François Hollande vient de rappeler que ce sont les entreprises qui créent l'emploi. Si on l'accorde, il faut admettre que, pour créer de l'emploi, elles doivent investir et rémunérer sans perdre de compétitivité. Si cela est vrai, il faut être attentif aux marges des entreprises et aux coûts salariaux.

François Hollande s'est bien engagé dans cette voie. Mais à cela, il devrait ajouter une considération d'ordre politique. Keynes, comme on sait, a succédé à Marx au Panthéon socialiste, bien qu'il n'ait jamais été socialiste dans son propre pays et qu'il ait tenu sur le communisme des propos qui le mèneraient très à droite en France. C'est dans sa Théorie générale que François Hollande trouvera cette clé politique indispensable à l'emploi:

«La prospérité économique est subordonnée à l'existence d'un climat politique et social qui agrée à la moyenne des hommes d'affaires.»

Ce climat, il faut éviter de le détériorer, et s'il a été endommagé pour cause d'élections, il faut le réparer au plus vite. Dans cette perspective, malgré les propos discordants de ministres ou de militants qui n'ont pas encore compris Keynes, François Hollande est désormais un keynésien actif et veut gagner les chefs d'entreprise, comme disait Keynes, à «leur optimisme naturel», effacer chez eux les «troubles des nerfs et des humeurs» si défavorables aux perspectives d'investissement.

Hollande doit éduquer la gauche

Le travail pédagogique que doit entreprendre le Président vis à vis de l'électorat de gauche ou des salariés les plus démunis pour leur faire comprendre la crise et sa politique ne peut réussir, en effet, que s'il accomplit un travail parallèle et distinct vis-à-vis des entrepreneurs. Tâche difficile qui exige du temps, de la compréhension et des nuances, et face à laquelle on souhaiterait, de la part des commentateurs, plus de complicité.

Bien sûr, il se trouve des ministres qui, de ce point de vue, parlent trop, comme il y en a qui ne parlent pas assez. Ces discordances, notamment à propos de l'Allemagne, tiennent peut-être à une insuffisante qualité du personnel politique. Mais il serait facile aussi de montrer que ces discordances sont utiles pour l'oeuvre d'éducation progressive à l'égard de ses troupes dans lequel se trouve engagé tout gouvernement de gauche.

De même que de Gaulle laissait Michel Debré vaticiner sur l'Algérie française, François Hollande doit trouver Montebourg bien utile au gouvernement parce qu'il déplaît au Figaro et qu'il sert d'allié pour neutraliser Mélenchon.

De même, peut-être, se réjouit-il de l'aide que les socialistes français portent, sans le vouloir, à Angela Merkel, pour sa réélection. En conspuant la «rigueur» de la Chancelière, ne justifient-ils pas sa politique? Outre-Rhin, être vilipendé par un socialiste français est un certificat de bonne conduite.

Le terme d'éducation progressive me paraît le plus apte à donner un sens possible à la politique de François Hollande. Il doit éduquer son parti, et, au delà, les électeurs de gauche, à l'économie moderne et aux contraintes de la mondialisation. Il ne peut évidemment pas le présenter aussi crûment, parce que cela compliquerait sa tâche, exactement comme De Gaulle ne pouvait pas annoncer tout de suite qu'il accepterait l'indépendance de l'Algérie.

C’est la raison de son attitude: il sait, comme son maître François Mitterrand, qu’en politique on ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens. C'est aussi la raison de son indulgence à l'égard des cris discordants au sein de son parti ou de son gouvernement: quand la gauche socialiste le critique, elle le conforte aux yeux de l'Allemagne et des chefs d'entreprise. De même, quand le Figaro et l'UMP le vouent aux gémonies, ils le confortent sur sa gauche.

Le point le plus comique des attaques dont il est l'objet est atteint quand on lui recommande de procéder à un référendum ou de dissoudre. Chirac, avec les résultats qu'on a vu, a essayé la dissolution. Bien fou qui l'imitera.

Quant au référendum, la France en a fait l'expérience une fois à propos de la Constitution européenne, avec comme effet un recul de notre politique européenne. François Hollande aurait donc bien tort de s'y essayer, quel que soit le sujet abordé, sauf s'il voulait quitter le pouvoir!

Quant au changement de Premier ministre, pourquoi le faire maintenant? Les élections municipales de 2014 risquent d'être difficiles pour les socialistes, le Président sera à mi-mandat, un changement complet de gouvernement pourra être utile; il en jugera le moment venu.

Un remaniement ministériel? Cela distraira un temps les médias, il y aura des heureux et des malheureux, rien ne prouve que le jeu en vaille la chandelle; mais si le Premier ministre mettait un jour au piquet un ministre trop gaffeur, il y gagnerait en autorité.

L'Europe en guise de juge final

Mais tout cela est de l'écume par rapport aux échéances réelles. Fort de sa majorité parlementaire, François Hollande ne risque rien. Les sondages n'importent que pour ceux qui en vivent: les médias et les sondeurs. Ils amplifient l'air du temps et s'auto-entretiennent: vient un changement et ils témoignent en sens inverse.

En revanche, ce sont les résultats qui compteront. En 2014, on peut espérer un début de reprise de l'économie européenne: c'est le mouvement qu'il faudra accompagner, car à partir de là on pourra juger des effets de la politique de François Hollande. Et c'est certainement ce que celui-ci attend et espère.

Si la France réduit un peu l'écart qui la sépare de l’Allemagne, si nous réduisons le taux de chômage et que notre compétitivité s'améliore, le président pourra se targuer d’un début de succès, demander des efforts justifiés pour s'avancer dans la même voie pour résoudre les deux questions majeures sur lesquelles l'histoire l'attend: les réformes structurelles et l'Europe.

Les réformes structurelles, on voit bien qu'il s'y prépare: la phrase sur l'âge de la retraite était annonciatrice. Il a commencé à lever le tabou: après avoir fait un geste à l'égard de ceux qui avaient commencé à travailler très jeunes, il a admis —il est le premier socialiste au pouvoir à le faire— qu'il faudrait élever l'âge de la retraite.

De même, le vote au Parlement sur l'accord conclu entre les partenaires sociaux a été obtenu sans modification et constitue une première réforme du marché du travail. Le gouvernement est même parvenu à isoler la CGT, à l'égard de laquelle Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont été si souvent complaisants.

Quant à l’Europe, ce sera la grande affaire, le juge final de ce mandat. Après les élections allemandes, si la zone euro sort de la stagnation, il faudra bien donner un cadre institutionnel aux politiques budgétaires, aux réformes bancaires, à la mutualisation des dettes.

Comment obtenir un engagement ferme de l'Allemagne sans garantie politique? Si François Hollande achève son mandat sur un grand succès européen, il aura donné un sens profond à sa politique. Il aura rallié la gauche à l'économie moderne et il aura consolidé l’Europe.

Il y a plus d'une dizaine d'année, un journaliste avait interrogé Jacques Delors à la radio et lui avait demandé quels étaient les plus européens des hommes politiques français. Delors avait répondu: François Bayrou et François Hollande. Je ne me souviens plus très bien quelle formule il avait ajouté pour dire à quelles conditions et comment ce dernier devait passer à l'acte: sans doute pensait-il qu'il saurait, le moment venu, trouver sa voie.

Jean-Claude Casanova

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