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Pourquoi le pape François s'annonce comme un cauchemar catholique

Michael Brendan Dougherty, mis à jour le 14.03.2013 à 10 h 27

Il s'agit sans doute du pire choix possible, pour tous ceux qui voient dans la nouvelle liturgie une atteinte à la profondeur théologique et à la beauté rituelle de la messe tridentine. Le point de vue d'un traditionaliste liturgique.

Le pape François, le 14 mars 2013. REUTERS/Alessandro Bianchi

Le pape François, le 14 mars 2013. REUTERS/Alessandro Bianchi

Il y a deux manières d'envisager l'élection du pape François. Son nom est emprunté au célèbre saint François d'Assise qui dévoua sa vie au Christ après avoir entendu un crucifix lui ordonner: «Rebâtis mon église en ruines». Ce nom, associé aux rumeurs voulant que le cardinal ait impressionné ses camarades lors du pré-conclave par sa volonté de nettoyer la Curie, pourrait présager des réformes.

Son nom peut aussi renvoyer au jésuite saint François-Xavier, missionnaire et évangéliste exemplaire. Le cardinal Bergoglio est connu pour être un homme simple et modeste, évitant les fastes des plus hautes fonctions ecclésiastiques. Jusqu'à présent, il vivait dans un petit appartement et se faisait lui-même à manger. En Argentine, il voulait que les prêtres n'abandonnent pas totalement leurs paroisses et leurs sacrements au profit du militantisme politique révolutionnaire, quand la théologie de la libération connaissait son apogée.

Mais on pourrait aussi voir dans ce pontificat naissant l'énième épisode d'une série désastreuse de nouveautés au sein de l’Eglise catholique.

Une figure de transition?

Il s'agit du premier pape latino-américain, du premier à s'appeler François, et aussi du premier jésuite à devenir pape. Il s'inscrit donc dans cette ère, nouvelle pour l’Eglise et vieille de 50 ans, marquée par plusieurs expérimentations bien malencontreuses: un concile œcuménique et «pastoral» avec Vatican II, une nouvelle liturgie synthétique et vernaculaire, la révision en hâte des règles régissant quasiment tous les ordres du clergé, la théâtralité de Jean Paul II et son «usine à saints», sans oublier la démission surprise de Benoît XVI.

Ici, le pontificat de Benoît XVI, qui voulait mettre l'accent sur la «continuité», semble bien davantage relever de l'exception que de la règle, dans un temps de changements aussi radicaux que spectaculaires –qui, comme nous le savons, sont souvent les signes avant-coureurs d'un effondrement.

Le pape François ne sera sans doute qu'une figure de transition, peu susceptible d'engager une profonde réforme au sommet de l’Eglise.

Sa vision théologique, traditionnelle ou moderne, n'est pas son atout le plus évident. Il y a huit ans, lors de son accession à la papauté, Benoît XVI n'avait que deux ans de plus que lui. Ses liens avec l'Italie sont solides, mais sa connaissance des arcanes du Vatican bien médiocre.

Une lecture a priori discutable de cette élection serait de la voir comme la victoire totale des ennemis de Benoît XVI. Le concurrent d'un pape est rarement consacré comme son successeur. Et le choix de Bergoglio n'aurait pas pu se faire sans le soutien des Italiens de la Curie, associé à la résistance du bloc sud-américain. En Italie, les théories du complot vont déjà bon train: si Benoît XVI a démissionné, c'est que la Curie aurait voulu saper ses réformes. Et cette élection ne fera que renforcer ce genre de rumeurs. Ce vieux pape, qui ne connaît pas grand-chose du fonctionnement de la Curie et de ses officiers, sera encore plus facile à ignorer que le précédent.

Déjà des accrocs dans la tradition liturgique

Et ce manque d'expérience se double d'une passivité certaine face aux membres de son propre diocèse. Comment croire que Buenos Aires ait été épargnée par la corruption et la pourriture morale que l'on retrouve dans tout le clergé catholique? Ou, plus probable, s'agit-il d'un énième cardinal qui a préféré regarder ailleurs et ne pas se confronter aux éléments les plus «dépravés» de l’Eglise, au risque de mettre de nombreux enfants, voire la cause catholique, en danger?

La prétention et la calomnie sont certes des péchés, mais les catholiques devraient se préparer au pire: le nouveau coup de projecteur porté sur son règne pourrait révéler des scandales et des cas de négligence.

Les traditionalistes liturgiques (dont je fais partie) ne peuvent qu'être abattus par cette élection –il s'agit sans doute du pire choix possible, pour tous ceux qui voient dans la nouvelle liturgie une atteinte à la profondeur théologique et à la beauté rituelle de la messe tridentine.

La libération de la messe traditionnelle en latin, voulue par Benoît XVI, et les révisions faites à la nouvelle messe vernaculaire, n'ont absolument pas été appliquées dans le propre diocèse du cardinal Bergoglio. Et, déjà, quelques petits accrocs dans la tradition liturgique opérés lors de l'annonce de son élection pourraient aussi annoncer un pontificat à la Jean Paul II, fait d'indiscipline et de tâtonnements; un reproche tacite fait à Benoît XVI.

Bien sûr, la papauté nous a déjà surpris par le passé. La tradition catholique veut que la papauté ait été érigée par un homme médiocre, saint Pierre, décrit un jour comme «un pantin, un vaniteux, un pleutre – en un mot, un homme».

Aujourd'hui, le pape François est un homme à la tête d'une Eglise paralysée par un clergé immoral, des évêques irréfléchis et une vie intellectuelle et spirituelle moribonde. Espérons que Dieu lui vienne en aide.

Michael Brendan Dougherty

Traduit par Peggy Sastre

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