France

Grand Paris: la «banlieue modèle» existe-t-elle?

Laurent Chalard, mis à jour le 12.03.2013 à 16 h 06

Les communes de banlieue parisienne sont mal-aimées. Trop «mortes», assimilées à des villes-dortoir ou à des villes dangereuses, elles n’ont ni le charme de la ville ni les atouts de la campagne. Pourtant, une exception sort du lot: Levallois-Perret. Pourquoi?

Levallois / Metro Centric via Flickr CC Licence By

Levallois / Metro Centric via Flickr CC Licence By

Dans le cadre de la réflexion sur le Grand Paris, l’un des principaux problèmes mentionnés par les chercheurs est le déficit d’urbanité de la banlieue parisienne, qui s’est construite à côté de la ville-centre dans une logique d’annexe industrielle et résidentielle et non comme une ville à part entière. En conséquence, la banlieue souffre dans son ensemble, qu’elle soit riche ou populaire, de défauts la rendant, pour beaucoup de personnes, moins agréable à vivre que la ville-centre.

Y habiter relève bien souvent plus de la contrainte financière et/ou de la localisation de son lieu de travail que d’un choix personnel. Il lui est reproché de ne pas fournir les éléments qui font le charme de la grande ville tout en n’offrant pas les atouts de la campagne. La banlieue parisienne serait-elle donc condamnée à demeurer perpétuellement un lieu de vie subi?

La réalisation d’une étude sur le Grand Paris, reposant sur l’interview d’habitants de Paris et de sa banlieue âgés entre 20 et 40 ans, confirme l’existence d’une représentation négative de la banlieue dans son ensemble. Cependant, une exception notable se dessine, la commune de Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine, peuplée de 64.253 habitants au 1er janvier 2010 selon l’Insee.

Commune la plus dense de France

En effet, elle apparaît largement plébiscitée par les jeunes actifs franciliens interrogés, qui aimeraient pouvoir y résider s’ils en avaient les moyens financiers. Ils lui attribuent un certain nombre de qualités, rappelant celles de la ville-centre. Quels sont donc les facteurs d’attractivité spécifiques de cette commune? Peut-on en tirer des enseignements pour l’urbanisation future du Grand Paris?

Le premier élément a trait à la densité de la population. Levallois-Perret est la commune la plus densément peuplée de France, soit 26.551 habitants par km2 en 2010, encore plus que Paris intra-muros! Il s’en suit que ses habitants n’ont pas l’impression de vivre réellement en banlieue, mais plutôt dans un arrondissement périphérique de la capitale. La densité est ici source d’urbanité, d’autant qu’elle s’appuie sur un urbanisme constitué d’immeubles sur rue de hauteur moyenne, typique du modèle haussmannien, avec une certaine diversité architecturale, mêlant agréablement l’ancien rénové au moderne. L’habitat de type «grand ensemble» est quasiment inexistant, renforçant l’impression de résider «en ville».

Le deuxième élément d’importance est l’emploi. Traditionnellement, l’habitant de banlieue ne travaille pas dans sa commune de résidence, qui n’a, bien souvent, qu’une fonction résidentielle, voire uniquement de sommeil. Or, Levallois-Perret s’écarte de ce schéma, puisqu’elle se présente aussi comme un pôle d’emploi. Le tissu urbain mélangeant bureaux et logements donne la possibilité d’habiter à côté de son travail, chose, somme toute, relativement rare aujourd’hui en Ile-de-France. La commune abrite un large panel d’entreprises du secteur tertiaire supérieur dont les salariés apprécient, quand leurs revenus le permettent, une résidence à proximité, contrairement à ce qui se constate pour le quartier de La Défense par exemple.

La localisation géographique constitue un autre facteur d’attractivité de Levallois-Perret. La ville profite de sa position limitrophe de Paris intra-muros et bénéficie d’une desserte en transports en commun efficace avec trois stations de métro, une gare transilien et plusieurs lignes de bus. Ses habitants ont donc accès assez facilement à tous les services de la capitale et, pour ceux qui ne travaillent pas sur place, aux nombreux emplois localisés dans les communes limitrophes.

Sentiment de sécurité et animation

Ensuite, vient la sécurité, élément souvent sous-estimé par les urbanistes et les architectes renommés qui ont une vision angélique de la vie en banlieue parisienne, pour la bonne raison qu’ils ne la connaissent pas. Or, ce facteur apparaît de plus en plus primordial dans les choix de localisation des franciliens. L’installation de caméras à Levallois, qui a fait l’objet de nombreuses polémiques en son temps, n’en demeure pas moins cependant plébiscitée par les jeunes femmes, qui sont souvent importunées dans le cadre de leurs déplacements. Plus globalement, l’animation permanente et la densité du bâti renforcent le sentiment de sécurité.

Le dernier élément source d’attractivité de Levallois-Perret est donc l’animation. Les banlieues apparaissent généralement comme des «villes mortes», qui s’animent uniquement le soir aux heures de sortie des employés de bureaux. Les commerces sont peu nombreux et peu diversifiés. Or, à Levallois, du fait de la double fonction résidence/emploi de la commune, l’animation est réelle à longueur de journée, d’autant que le nombre de commerces est considérable et qu’ils sont variés. Il est possible d’y trouver son bonheur sans avoir recours à la capitale.

Une source d'inspiration pour l'urbanité du Grand Paris

Ces différents éléments, qui ne sont pas indépendants les uns des autres, mais fonctionnent ensemble (la densité de population et d’emplois explique l’animation qui est source de sécurité), sont facteur d’une urbanité qui se retrouve très rarement en banlieue parisienne, la plupart des communes offrant le profil de villes dortoirs. La comparaison avec la commune limitrophe de Neuilly-sur-Seine jugée «morte», bien que socialement plus privilégiée, est sans appel pour les jeunes franciliens interrogés.

En conséquence, il convient de se servir de Levallois-Perret comme modèle pour renforcer l’urbanité des autres communes de banlieue parisienne, plutôt que de la critiquer. Il est effectivement malheureusement assez courant d’entendre des élus locaux franciliens dire qu’ils ne souhaitent pas devenir de «nouveaux Levallois», comme s’ils voulaient un nivellement vers le bas de la banlieue parisienne, une réaction grandement regrettable. Ce n’est pas parce que son maire n’est guère appréciable et apprécié qu’il convient de dénigrer la réussite urbanistique de cette commune. Manifestement, nous devons tirer des leçons du modèle «Levallois» pour améliorer la qualité de vie en banlieue, même si, bien évidemment, les mêmes recettes ne sont pas reproductibles partout.

Laurent Chalard

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