Monde

Parce que nous sommes des femmes

Slate.fr, mis à jour le 07.03.2013 à 17 h 54

Parce que nous sommes des femmes et du fait de ce contexte, nous ne pouvons changer les inégalités hommes-femmes seules. Nous demandons un engagement de tous et de toutes en faveur de l’évolution des normes sociales vers plus d’égalité. C’est l’avenir du monde qui en dépend, pas juste celui des femmes.

Manifestation contre les violences faites aux femmes, à Brasilia le 21 février 2013. REUTERS/Ueslei Marcelino.

Manifestation contre les violences faites aux femmes, à Brasilia le 21 février 2013. REUTERS/Ueslei Marcelino.

Une femme sur trois sera victime de coups, d’abus, de viol ou d’autres formes de violences au cours de sa vie. Une femme sur trois ! Soit un milliard de femmes à travers le monde, selon les chiffres de l’ONU. Ce triste constat fait des violences à l’égard des femmes, la violation la plus fréquente des droits humains.

Alors que la CSW (Commission sur le statut des femmes) de l’ONU se réunit du 4 au 15 mars à New York pour débattre des mesures pour lutter contre la violence à l’égard des femmes et des filles, il est primordial de rappeler que ces violences ont lieu partout dans le monde indépendamment de l’origine, la culture, la classe sociale, l’âge et la religion.

Les violences à l’égard des femmes interviennent à toutes les étapes de leur vie, parfois avant même la naissance avec la pratique de l’avortement des fœtus de sexe féminin dans certaines régions du monde. Les petites et jeunes filles sont également particulièrement vulnérables avec 60 millions de filles mariées de force avant leurs 18 ans et 140 millions de filles victimes d’excision. Une fois devenues adultes, les femmes sont confrontées à la violence au sein de leur famille, dans leur quartier, sur leur lieu de travail.

Le suicide l’an dernier de Amina Filali, cette jeune marocaine âgée de 16 ans, forcée d’épouser l’homme qui l’avait violée pour éviter à ce dernier d’aller en prison, l’attentat contre Malala Yousafzi, cette adolescente pakistanaise qui défend le droit à l’éducation des filles, le viol et la mort tragiques de la jeune étudiante indienne en décembre 2012 sont autant de signes supplémentaires qu’il est urgent d’impulser des changements structurels et sociaux pour enrayer ces violences et discriminations quotidiennes à l’égard des femmes.

Les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes sont, en effet, en grande partie à l’origine de ces violences. Parce que nous sommes des femmes, les normes sociales nous attribuent des places subalternes dans la majorité des régions du monde. Dans le même temps, les garçons et les hommes sont conduits à exercer des rôles dominants.

Dans de nombreuses parties du monde, la norme considère que l’homme est la première source de revenus de la famille. Cela amène à privilégier l’éducation des garçons à celle des filles. Parce qu’elles sont des femmes, elles voient leurs possibilités de générer des revenus limitées par leur manque d’éducation. Elles dépendent donc économiquement des hommes, ce qui entretient l’idée que les filles ne sont pas capables de gagner de l’argent. Alors pourquoi investir dans leur éducation? Et ainsi, le cercle vicieux se perpétue. Alors qu’on sait qu’une année d’école supplémentaire pour une fille, c’est 10 à 20% de revenus supplémentaires pour la famille (1).

En ces temps de crise généralisée, il nous semble évident que le respect des droits des femmes est un facteur essentiel dans la lutte contre la pauvreté. Les sociétés ne peuvent prospérer durablement quand la moitié de leur population voit ses droits bafoués. Sur tous les continents, les femmes sont les plus exposées à la pauvreté. Parmi le 1,3 milliard de personnes qui vivent avec moins de 1,25$ par jour (seuil de pauvreté), 70% sont des femmes et des filles.

Parce que nous sommes des femmes et du fait de ce contexte, nous ne pouvons changer cette situation seules. Il est nécessaire que l’ensemble de la société —les hommes, les institutions et les Etats— s’implique en faveur du respect des droits des femmes et de l’égalité. Pour cela, nous demandons que la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, et son préalable qu’est l’égalité entre les hommes et les femmes, deviennent des priorités dans l’agenda international qui fera suite aux objectifs du millénaire du développement, en 2015. Cela implique de fixer des objectifs précis et de définir des indicateurs spécifiques. Il faut également briser les tabous qui entourent ces violences en France, en Europe et partout ailleurs. Nous demandons un engagement de tous et de toutes en faveur de l’évolution des normes sociales vers plus d’égalité. C’est l’avenir du monde qui en dépend, pas juste celui des femmes.

Tribune signée par: Florence Arthaud, navigatrice - Cecilia Bonstrom, directrice artistique de Zadig&Voltaire - Loraine Donnedieu de Vabres-Tranie, avocate à la Cour d’Appel de Paris, Jeantet Associés - Irène Frain, écrivaine et journaliste - Bénédicte Gueugnier, directrice de la Fondation financière de l’Echiquier - Françoise Héritier, anthropologue africaniste - Anne Lauvergeon, partenaire d'Efficiency - Nathalie d'Ornano - Morgane Miel, journaliste - Ève Ruggieri, journaliste et productrice - Perla Servan-Schreiber, directrice du magazine Clés - Agnès Touraine, Présidente d’Act III Consultants - Sophie Vernay, déléguée générale de Financi'Elles et présidente du Cercle des praticiens RH de la Finance... toutes membres du Cercle Femmes de l’ONG Care France;

et Emilie Simon, chanteuse;

et Arielle de Rothschild, présidente de Care France - Marina de Brantes, présidente d'honneur de Care France - Cyrielle Clair, actrice et administratrice de CARE France - Agnès Cromback, administratrice de Care France, Claudine Mensah Awute, directrice de Care Mali - Sophie Perez, directrice de Care Maroc - Anne Perrot Bihina, directrice de Care Cameroun - Michèle Ramniceanu, administratrice de Care France - Laurence Sabouret, administratrice de CARE France -  Rose F. Tchwenko, directrice adjointe de CARE Cameroun.

(1) Ruth Levine et al., «Girls Count: A Global Investment & Action Agenda Reprint», Washington DC: Center for Global Development, 2009.

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