Depuis sa chambre, dans un hôpital psychiatrique de Téhéran où elle est enfermée, Mitra Kadivar rassemble en France les forces dont elle a besoin pour résister au traitement dont elle est désormais l’objet.
Hospitalisée de force il y a presque sept semaines, elle fut d’abord attachée sur son lit d’hôpital. On lui administra des neuroleptiques par injections. On pensa un temps aux électrochocs. On y renonça. Est-ce parce que, déjà, Jacques-Alain Miller (JAM), alerté par les étudiants de Mitra, veillait au grain depuis Paris? Est-ce parce qu’il avait proposé au psychiatre de Mitra (elle-même docteur en médecine) de lui envoyer, dans la journée, deux psychiatres français, membres, comme elle, de l’Association mondiale de psychanalyse[1] fondée par le même JAM il y a 20 ans? On l’ignore. On sait en revanche que les deux médecins français ne partiront pas, l’Etat français ne pouvant garantir leur sécurité. Et pour cause!
Pourtant, scandalisé par le sort de sa collègue et amie, et de plus en plus inquiet pour elle, voilà JAM qui s’agite depuis sept semaines pour la faire sortir de là. Et Mitra sortira!
Car, en France, Mitra rassemble. Elle rassemble la gauche (Mélenchon, Lang, Weber, Rebsamen) et la droite (Bruni-Sarkozy, Copé, Fillon). Elle rassemble les actrices les plus glamour (Léa Seydoux, Anna Mouglalis, Marina Hands) et les intellectuels les plus engagés (André Glucksmann, Claude Lanzmann, Alexandre Adler), elle rassemble le génie (Alain Françon, Amos Gitaï, Philippe Sollers) et la jeunesse prometteuse (Félix Moati, Elie Wajeman, Anne-Lise Heimburger)… Ceux-là se soucient de son sort. Ils sont émus par cette femme enfermée et bâillonnée.
Tous azimuts, on cosigne la lettre qui sera son sésame. Editeurs, journalistes, producteurs, directeurs (Jean-Paul Enthoven, Olivier Poivre d’Arvor, Laure Adler, Roger-Pol Droit ou encore Fabienne Servan-Schreiber) signent eux aussi pour exiger la libération de Mitra l’effrontée. Tous ceux-là font donc partie des 2.000 premiers signataires de la «Lettre aux psychiatres iraniens» que Jacques-Alain Miller et Bernard-Henri Lévy ont lancée le 7 février.
Mais de qui Kadivar est-il le nom?
Mitra, on l’aura compris, est iranienne. Aujourd’hui, ce n’est déjà pas rien. Mitra est, qui plus est, psychanalyste, analysée et formée à Paris, fondatrice de l’improbable Freudian Association de Téhéran. Elle répand encore les lumières de l’enseignement de Lacan dans le lugubre Iran des Ayatollahs. Tout un programme!
Cette psychanalyste s’est donc vue plongée dans une obscurité forcée. Elle savait qu’être psychanalyste, chef de file d’un mouvement lacanien à Téhéran n’était pas sans risque. La psychanalyse, même cent ans après son invention par Freud, reste chose subversive. Même en France où pourtant Lacan vécut et enseigna, on a quelques exemples récents du rejet dont elle peut faire l’objet. Alors en Iran, imaginez un peu! Il fallait oser se frotter à la doxa chiite du lieu!
A force de s’y frotter, Mitra, s’y est piquée. C’était le risque. Elle le savait et elle l’a pris. Etait-ce là pure folie? Sans doute, oui. Mais de ces folies dont on ne guérit pas à l’HP –et comment ne pas l’apprécier? De ces folies qui enthousiasment, suscitent l’admiration et le respect. De ces folies que l’on appelle aussi audace. Et quels que soient leurs opinions politiques, leurs goûts, leur sex appeal, les signataires de cette lettre (Jean-François, Carla, Amos, Léa, Jack et les autres) ne la dédaignent pas, cette audace.
Anaëlle Lebovits-Quenehen
Pour lire et signer la lettre, aller sur le site mitra2013.com
[1] Fondée, il y a 20 ans, l’AMP est, par le nombre de ses membres, la deuxième internationale de psychanalystes après l’IPA dont Freud est lui-même le fondateur. Retourner à la tribune.
http://www.facebook.com/notes/elisabeth-roudinesco/%C3%A0-propos-de-la-psychanalyste-iranienne-mitra-kadivar-communiqu%C3%A9-d%C3%A9lisabeth-roudi/10151451564696259
À propos de Mitra Kadivar - COMMUNIQUÉ d'Élisabeth Roudinesco, Historienne, Présidente de la Société Internationale d'Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse
Paris, le 11 février 2013,
Après une enquête menée par plusieurs psychanalystes français auprès de leurs collègues iraniens, il apparaît que Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne francophone, membre de l'Ecole de la cause freudienne, a été hospitalisée à Téhéran, dans le service du professeur Mohammad Gadhiri, à la suite d'un épisode psychotique et qu'elle a été soignée à l'aide de neuroleptiques classiques.
Il ne s'agit pas d'un internement abusif qui serait lié à une position politique qu'elle aurait prise. Les psychanalystes iraniens avec lesquels les psychanalystes français sont en contact, dont Olivier Douville et plusieurs autres, sont inquiets des conséquences que peut avoir pour eux et pour le professeur Ghadiri, éminent clinicien tenu au secret professionnel, la pétition orchestrée par Jacques Alain Miller, signée par des célébrités et visant à présenter la souffrance réelle de Madame Kadivar, personnalité fragile, comme un acte de résistance à l'encontre des islamistes.
Il n'en n'est rien.
Et aux dernières nouvelles, elle serait sortie de l'hôpital dans des conditions parfaitement normales.
Voici la lettre qui a été adressée par Nader Aghakhani, psychanalyste et psychologue iranien à plusieurs psychanalystes et à moi-même : il nous demande de tenir compte de la situation particulière de l'exercice de la psychanalyse en Iran.
Rappelons qu'il existe en Iran plusieurs groupes psychanalytiques de différentes tendances. Leur histoire est connue et nous ne doutons pas qu'il sera possible de les soutenir.En attendant de nouvelles informations, nous croyons nécessaire de diffuser largement ce que nous savons déjà de cette affaire.
Élisabeth Roudinesco, Historienne, Présidente de la SIHPP
&
Henri Roudier, Secrétaire de la SIHPP
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De : nader aghakhani
Date : Mon, 11 Feb 2013 09:00:54 +0000 (GMT)
Objet : à propos de Mme KadivarBonjour à tous, En effet J.A. Miller et ses amis se sont un peu trop précipités pour faire une question politique de la souffrance de Mme Kadivar et peut être contrairement à ce qu'ils peuvent prétendre à l'encontre de la psychanalyse en Iran.
Je m'explique: Je viens de parler avec un psychiatre psychanlyste en Iran que j'ai déjà rencontré plusieurs fois lors de mes voyages en Iran (voir mon article psychologie clinique). Il ne veut pas être cité et ça se comprend. Il est allé à l'hopital où est interné Mme Kadivar et avec tout le respect qu'il doit au médecin qui la traite il s'est renseigné. Elle traverse une épisode psychotique et c'est pour cela qu'elle est à l'hopital.
En aucun cas il ne s'agit d'une affaire politique. Rendre politique cette affaire et je site mon contacte c'est ne pas rendre service à la psychanalyse en Iran. Il a même coseillé au médecin de faire sortir Mme Kadivar dés que son état le lui permet pour qu'elle puisse retourner en France et que cette affaire ne prenne pas beaucoup d'ampleur. A nous de voir comment on peut aider les psychanalystes en Iran et surtout ne pas enflammer les politiques qui pourraient pas la suite prendre des mesures à l'encontre de cette pratique et ces praticiens en Iran.
J'attend des propositions de mon contact en Iran qui va se réunir avec d'autres collegues et nous dire ce qu'ils souhaiteraient que l'on fasse pour les soutenir de notre côté. Il se préoccupe aussi de l'état de Mme Kadivar par l'intermédiaire du médecin de l'hopital où elle est internée.
Amitiés,
Nader Aghakhani
Docteur en psychologie, psychanalyste
Mme Roudinesco annonce la sortie de Mitra Kadivar deux jours avant qu'elle n'ait lieu. Quelles sont ses sources? Bravo à celles et ceux qui, comme Anaelle Lebovits-Quenehen, se sont mobilisés pour elle.
Quoi qu'il en soit, une schizophrénie qui guérit après une semaine de campagne internationale, est une maladie rare ! Téhéran aurait donc là trouvé un remède efficace pour venir à bout de cette maladie psychiatrique made in DSM 4 !