- Une table de poker. REUTERS/Vladimir Konstantinov -
La négociation budgétaire en cours, les 7 et 8 février, est cruciale car elle va déterminer le cadre financier applicable à l’Union européenne, mais elle est aussi intéressante sur un plan sociologique et pourrait même servir de cas d’étude à Sciences Po ou dans les écoles de journalisme.
Voilà plusieurs mois que j’écris sur ce sujet dans plusieurs médias –dont Slate– et que je conclus que l’accord sera conclu. Les médias parlent au contraire de blocages sévères et évoquent la menace d’un échec des négociations.
Mon éditeur favori –la fondation Schuman– qui a publié un des mes travaux techniques sur ce sujet (Négociation budgétaire européenne, la fin d’un (petit) suspense in Questions d’Europe n° 266, PDF) a même exprimé quelques inquiétudes.
Nous jouons l’un et l’autre notre crédibilité. Alors, qui a raison? Le prof –en l’espèce moi, même si je ne suis qu’enseignant vacataire dans une université prestigieuse–, qui dit oui, ou la presse, qui dit non?
Comment expliquer cette différence, voire cette opposition sur un même sujet?
Les journalistes sont des généralistes. Ils vont traiter de ce sujet aujourd’hui, ils en traiteront un autre demain. On ne leur demande pas d’être des experts, mais de savoir expliquer et commenter, communiquer. Et trouver l’information.
Pour cela, ils interrogent, enquêtent. Ils se déplacent, entrent en contact avec les acteurs de la pièce en cours, les négociateurs et leur entourage, leurs chargés de communication ou leur cabinet. Ils sont sensibles aux ambiances, et plus encore, aux confidences. Ils se copient aussi beaucoup et partent souvent des dépêches d’agences de presse. Une erreur est répétée et amplifiée. Le journalise écoute et rend compte.
Le prof a une toute autre méthode de travail. Il étudie le passé. Sans être participant, il a une expérience.
En l’espèce, la négociation en cours est le cinquième exercice du genre et le deuxième cadre financier négocié à 25/27. Ses contacts ne sont pas les négociateurs au grand jour, mais les hommes de l’ombre, les chefs de bureau, ceux qui préparent les notes dans des bureaux sans fenêtre. Le prof travaille sur documents, analyse, décrypte les détails.
En 2005, par exemple, lors de la négociation du cadre financier 2007/2013, le budget agricole n’a pas été débattu au Conseil européen. L’enveloppe avait été fixée en 2002, lors de l’adhésion des nouveaux Etats membres. Les Etats anti-PAC, furieux de s’être faits ainsi floués, s’étaient en quelque sorte vengés: le budget de la PAC figure désormais dans une rubrique générale «conservation et gestion des ressources naturelles». Le mot agriculture a disparu...
Lorsque le journaliste écoute et rend compte, le prof lit et analyse. L’un privilégie le téléphone et l’autre, la bibliothèque. L’un travaille sur l’écume, l’autre, sur l’onde de la vague. Le journaliste est plus accessible, mais prend le risque de se précipiter, le prof a un côté plus sérieux mais est souvent décalé et inaccessible. Le journaliste spécialisé tente de concilier les deux métiers mais est-il assez spécialisé? Le prof tente de communiquer, mais son message est souvent troublé par le souci du détail.
Deux approches, deux fonctions. L’une ne vaut pas mieux que l’autre. Elles se complètent. Mais parfois s’opposent.
Le match du jour a lieu en deux temps.
Voilà mon pari. En l’espèce, l’analyse montre qu’il y a toujours eu un accord et que le résultat final est très proche de la demande des contributeurs nets.
C’est votre dernier mot? C’est mon dernier mot Jean-Pierre.
Jean-Pierre? Où êtes-vous? Cela ne vous intéresse pas?
Nicolas-Jean Brehon
N'oublions pas le vieux mot journalistique : "Chien mord homme - Not News. Homme mord chien - News". Les media se nourrissent de crises et du sensationnel. Qui veut lire que tout va bien?
Quant à notre UE, nous ne sommes plus, depuis la fin de la crise de l’Euro, au milieu du gué. Nous avons dépassé le point de non-retour.
Même David Cameron le sait et espère bien, lors du referendum qu’il a promis à son peuple retardataire, pouvoir convaincre ses concitoyens dubitatifs.
Je ne voudrais pas être trop désagréable avec monsieur Brehon qui se voyait déjà en gagnant de ce marathon budgétaire européen, mais force est de constater que le grand gagnant est monsieur Cameron qui garde intact son chèque de 4 milliards d'euros, et met le reste de l'Europe à la portion congrue.
Ce qui prouve à l'Europe entière que rien ne sert d'être europhile pour être entendu, et on peut même dire, au contraire.
Et Herman van Rompuy a eu beau essayer de jouer les toutous réconciliateurs entre Cameron et Hollande, rien n'y a fait. Hollande n'a pas plié.
En prime il a même posé un lapin à Angela qui l'attendait pour un rendez-vous de réconciliation. Et maintenant on a "un profond désaccord politique" avec l'Allemagne aussi.
Heureusement qu'en France il nous reste le mariage gay, le Mali, les salles de shoot, l'euthanasie, le vote des étrangers pour nous consoler.
De quoi oserions-nous nous plaindre ?
Courage Marianne. Vous avez raison concernant le perfide Albion qui depuis sa (demi) présence dans l'Union a toujours su jouer des jokers en sa faveur.
Consolez-vous avec le fait que la GB a un déficit de quelques 60Md€ par an avec les autres pays de l'Union ce qui explique un peu pourquoi ils ne veulent pas trop la voir partir!
Par ailleurs le PAC, dont la France est le plus grand bénéficiare, est resté quasi intacte (le prix de l'acceptation par Hollande de l'accord).
A chacun sa déception. Moi je rêve du jour ou le budget fédéral sera au même niveau du PIB qu'aux USA - et de nos autres grands concurrents!
Cher Peter,
Le plus drôle de l'histoire c'est que Hollande est rentré en France presque en triomphateur :
"En réalité, si nous dépensons tout ce qui est prévu pour les sept prochaines années, nous dépenserons plus que pour les sept dernières."
Prends ça, Cameron ! Et toi aussi Angela !
Quant à Cameron, il a dû rentrer en Angleterre la queue basse, du moins je le suppose, puisque la plupart des journaux britanniques ne se sont pas crus obligés de commenter son exploit anti-européen !
Chère Marianne
Vous vous trompez. La presse britannique europhobe parle d'une victoire pour Cameron (lui-même dit autant!)
Mais il navigue dans un champs de mines entre les eurosceptiques de son parti (et pire les fous follet de l'UKIP) d'une part qui réclame le départ de l'UE, et l'industrie qui ne veut ce départ à aucun prix (60% du commerce britannique est avec l'UE contre 12% avec, par exemple, les USA!)
Par comparaison Hollande a la vie tranquille.