La France n'a jamais renoncé au gaz de schiste

En Pennsylvanie en 2010. REUTERS/Tim Shaffer

En Pennsylvanie en 2010. REUTERS/Tim Shaffer

Le débat s’est relancé –mais a-t-il jamais été clos– lorsque François Hollande a rouvert la porte à des «recherches sur d’autres techniques» que la fracturation hydraulique...

«Il est possible d'exploiter proprement le gaz de schiste moyennant de gros investissements technologiques», a estimé Fatih Birol, l’économiste en chef de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE)  dans un entretien au Monde du 12 novembre 2012, ajoutant que «le jeu en vaut la chandelle, car les bénéfices à tirer de cette ressource peuvent être très élevés.» Comme le dit Gilles Pijaudier-Cabot, directeur du laboratoire des fluides complexes et leurs réservoirs et directeur de l’Institut Carnot ISIFoR à l’université de Pau qui mène des recherches dans ce sens:

«On aurait tort de s’arrêter à la seule fracturation hydraulique car la recherche avance et d’autres techniques émergent: la fracturation au propane liquéfié, à l’air comprimé ou par arcs électriques ainsi qu’à la mousse de dioxyde de carbone sont les techniques alternatives à la “fracturation hydraulique” sur lesquelles travaillent les compagnies pétrolières.»

Le débat sur le gaz de schiste s’est relancé –mais a-t-il jamais été clos– lorsque François Hollande a rouvert la porte à des «recherches sur d’autres techniques» que la fracturation hydraulique, lors de sa conférence de presse du 13 novembre 2012, répondant à une question du journaliste Thomas Legrand (par ailleurs chroniqueur sur Slate) en ces termes: «La recherche sur d'autres techniques alternatives à celle de la fracturation hydraulique est possible: pour l'instant, cette recherche n'a pas abouti» et d’ajouter qu’il s'engageait à prendre ses responsabilités si une telle technique se faisait jour, concluant ainsi:

«Je laisse les entreprises, les chercheurs travailler, et je prendrai mes responsabilités le moment venu si une technique (propre) apparaît

Aussitôt cette déclaration prononcée et entendue, la Commission des affaires économiques du Sénat a –par la voix de son président socialiste Daniel Raoul–  alors aussitôt saisi, le 21 novembre 2012, l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPESCT) afin d’étudier des solutions alternatives à la fracturation hydraulique.

Ce n’est donc pas une nouveauté comme semblerait le laisser croire les commentaires récents car l’étude de faisabilité [PDF] a été approuvée à l’unanimité par les élus des deux chambres (Assemblée nationale et Sénat) réunis au sein de l’OPECST[1] qui l’ont donc confiée à Christian Bataille (député PS) et Jean-Claude Lenoir (sénateur UMP). Lors d’une réunion du 31 janvier 2013, les parlementaires ont remis leur étude de faisabilité et ont précisé qu’une audition ouverte à la presse se tiendrait en avril 2013 et qu’un rapport d’étape sera examiné par l’Office au printemps, avant une version définitive attendue cet automne.

Christian Bataille et Jean-Claude Lenoir ont insisté sur la pertinence économique de la recherche sur l'exploitation des gaz de schiste car «interdire les recherches serait de l’obscurantisme».

«Il faut bien sûr respecter les précautions environnementales voulues par le Parlement. Mais il faut chercher des méthodes d'extraction plus respectueuses de l'environnement», explique Jean-Claude Lenoir. Un avis partagé par Christian Bataille, qui estime que «le débat environnemental ne doit pas être paralysant». Il semble d’ores et déjà y avoir consensus –comme l’a fait remarquer la sénatrice Laurence Rossignol– qui se déclare sceptique sur l'objectivité de la mission parlementaire, qualifiant même les deux parlementaires de «Dupont et Dupond du nucléaire».

Les industriels appellent, quant à eux, à la nomination des membres de la Commission nationale mise en place par le décret n° 2012-385. A l’Assemblée nationale, c’est Fabrice Verdier, député de la 4e circonscription du Gard, qui a été nommé, en décembre 2012,  «Monsieur Gaz de schiste» alors même que s’ouvrait le débat sur la transition énergétique et Christian Estrosi a déposé, le 19 octobre 2012, une proposition de résolution tendant, elle aussi, à la création d’une commission d’enquête relative à l’exploitation en France des hydrocarbures de «roche-mère» dits hydrocarbures de «schiste».

D’autres techniques existent déjà, comme la fracturation au propane avec un millier de fracturations expérimentales via ce procédé, mis au point par GasFrac. La société propose depuis quelques années un gel fait à base de propane liquéfié (LPG: liquefied propane gas) pour fracturer, ce qui réduit l’usage en eau mais reste, cependant, très onéreux, et particulièrement à haut risque car le propane est extrêmement inflammable et explosif en présence d’air en bonne concentration en dioxygène. La compagnie a, semble-t-il, cependant commencé une exploitation commerciale de sa technologie.

La fracturation sèche ou «Zero Water Fracking» rencontre l’inconvénient du prix élevé du mètre cube d’hélium de 75,75 dollars en 2012 à 84 dollars pour 2013 (avec une hausse de près de 70% sur la décennie).

La stimulation électrique (ou fracturation acoustique) ou encore la fracturation pneumatique en sont au stade expérimental, de même qu’une autre voie de recherche qui consiste à injecter de la vapeur dans le trou de forage pour «chauffer artificiellement la roche pour que la maturation du réservoir se termine», expliquait Bruno Goffé, dans le Figaro-sciences. La fracturation à la mousse de dioxyde de carbone a fait l’objet d’un dépôt de brevet par Schlumberger Holdings Limited et est appliqué par Shell en Egypte.

Rappelons que la proposition de loi du groupe écologiste, censée légiférer définitivement ce dossier, annoncée à grand renfort de médias le 11 décembre, enregistrée finalement le 17 janvier 2013 et renvoyée à la Commission du Développement durable, pourrait ne pas venir en discussion, le groupe ayant choisi dans sa niche parlementaire, la proposition de loi sur les ondes électromagnétiques, avec le résultat que l’on sait, et parce que le texte de la proposition de loi n°605 remanié à la «sauce de Jean-Marc Ayrault», semble inconstitutionnelle –et notamment l’article 1er– dans ses fondements et dans sa portée, comme l’a si justement analysé Maître Mounir Meddeb.

L’on peut s’étonner aussi que, selon Olivier Appert, le sujet ait été exclu de la concertation, et ne sera pas rouvert avec la réforme du code minier, et qu’alors on ne légifère pas sur le dossier des gaz de schiste qui est un sujet brûlant d’actualité et que la loi du 13 juillet 2011, en raison de ses limites procédurales, n’a pas réglé.

Danièle Favari

[1] L’OPESCT, qui réunit 18 députés et 18 sénateurs, a pour mission d’informer le Parlement des conséquences des choix à caractère scientifique et technologique afin d’éclairer ses décisions. Retourner à la tribune