- Une carte du Mali dans une base de l'armée française à Tombouctou le 3 février 2013. REUTERS/Benoit Tessier -
Après une année 2011 riche sur le plan opérationnel, l’année 2012 a été marquée par le désengagement d’Afghanistan. 2013, semble commencer avec un nouveau rythme. Engagée sous la pression d’une offensive terroriste qui visait la capitale du Mali, la réaction militaire de la France intervient au moment même où la Commission du Livre blanc pour la défense et la sécurité s’apprête à rendre sa copie au président de la République.
Parallèlement, la France est également intervenue en Somalie. Dans son premier bilan comme dans leurs projections, la conduite de ces opérations permet déjà un premier retour d’expérience, «à chaud» comme disent les militaires, riche de cinq principaux enseignements.
1. Le premier constat générique n’est pas une grande découverte mais doit inlassablement être rappelé. Nécessité impérieuse liée à sa souveraineté et la défense de ses intérêts, notre pays doit continuer à disposer d’une force interarmées de réaction rapide dotée de moyens modernes et crédibles constituant une «capacité d’entrer en premier», comme disent les stratèges. Leur discours de la méthode reste imparable: «J’interviens en premier donc je suis!»… il n’est que voir les réactions internationales unanimes de soutien à la France.
2. Pour être crédible, c'est-à-dire réactive et polymorphe, sinon dissuasive, cette capacité doit pouvoir s’appuyer des segments de «projection de puissance». Une force de réaction rapide enracinée, inerte et hyper-territorialisée ne sert à rien. Les méfaits du syndrome «Ligne Maginot» ne sont plus à démontrer.
Les guerres d’aujourd’hui sont sans foi ni loi, sans ligne de front ni stabilité de perspective. Elles se caractérisent principalement par la «fluidité» et des mouvements «rhizomatiques» ne répondant surtout pas aux logiques cartésiennes d’arborescence mais à des progressions en «bubons» rappelant la propagation des pestes noires moyenâgeuses. Cette nouvelle biologie de la guerre dont les foyers sahélo-malien et somalien illustrent l’une des mutations majeures requiert le développement et l’entretien de capacités de projection de puissance à partir de la terre et à partir de la mer.
Forces et projections terre/mer forment désormais une indissociable unité organique. A ce titre, les points d’appui en Afrique ont été essentiels comme l’a été l’engagement discret d’un BPC (Bâtiment de projection et de commandement/porte-hélicoptères) au large de la Somalie. En 2011, les mêmes moyens avaient été aussi déployés devant la République de Côte d’Ivoire.
3. Aucune nation —pas même l’hyper-puissance américaine ni les émergents—, ne peut aujourd’hui anticiper, traiter et accompagner seule, les métastases de la biologie des guerres actuelles. L’opération «Serval» le confirme tout particulièrement: les objectifs politiques partagés d’une guerre moderne induisent quasi-géométriquement le «partage», en amont de plusieurs moyens de production de la puissance. Plus concrètement, cet «amont stratégique» génère des coûts financiers progressivement partagés et une mutualisation de la logistique: soutien, transports des hommes et du matériel. Il paraît évident et logique que l’Europe de la défense puisse ici prouver sa pertinence.
Pour Serval, si la France fournit les capacités de combat, plusieurs pays européens lui apportent désormais des moyens de transport, notamment dans le domaine aérien. A défaut d’une réelle mutualisation qu’offrira peut-être l’Airbus A400M, n’y a-t-il pas là, d’ores et déjà, une coopération opérationnelle de nature à optimiser les investissements des Européens dans leur défense?
4. L’«aval stratégique» des guerres modernes concerne les problématiques de la relève et de la stabilisation. Partageant des objectifs politiques communs donc la mutualisation de la logistique, la communauté internationale et ses coalitions ponctuelles doivent également assumer le suivi empêchant ainsi qu’une seule nation ne joue le rôle de gendarme du monde. Là encore «Serval» est emblématique. Voilà plus d’un an que la diplomatie française a initié une séquence onusienne de riposte aux crises sahéliennes (résolutions 2071 et 2085), confiant la gestion suivie et consolidée des menaces aux forces régionales de la CEDEAO, avec le soutien de l’Union africaine et de l’Union européenne.
Après l’urgence, parfaitement assumé par les forces françaises qui ont pu empêcher la prise de Bamako par les factions terroristes sahéliennes, les armées africaines prendront le relais avec les soutiens logistiques et des dispositifs appropriés de formation. Comme le répète à l’envie le Président de la République, la France n’a pas vocation à rester au Mali, et la stabilisation sera bien l’affaire des troupes de l’ONU.
5. Enfin, l’opération «Serval» —qui devrait rassembler environ 2.500 hommes—, dans ses quatre précédents retours d’expérience converge sur un constat central et générique pour l’avenir des capacités françaises de défense. Elle démontre que l’heure n’est plus aux troupes nombreuses et mal équipées mais à des forces resserrées parfaitement dotées, entraînées et capables de réagir immédiatement. «Serval» confirme la pertinence d’un constat plus ancien. Au plus fort de l’implication française en Afghanistan et bien que des carences d’équipement aient cruellement été ressenties en début d’opération, les troupes au sol n’ont jamais dépassé 4.000 hommes.
Eric Denécé et Etienne de l’Ancroz
Loin de moi l'idée de critiquer ou même de commenter cet article de deux éminents spécialistes du Renseignement, ce dont je serais bien incapable, mais plutôt d'essayer de traduire le questionnement que cette "Opération Serval", n'aura pas manqué de susciter chez mes compatriotes.
Le candidat Hollande leur avait promis la fin de la Françafrique, et voilà que nos soldats à peine revenus d'Afghanistan, sont envoyés libérer le Mali des terroristes ou djihadistes ou Touaregs, c'est selon, qui menaçaient Bamako après avoir imposé la charia à Tombouctou.
Les Français attendaient Hollande à Florange, à Aulnay, à Petit-Couronne, et le voilà à Bamako qui déclare que c'est le plus beau jour de sa vie politique !
Cependant qu'en sera-t-il des vivats des Maliens quand l'ancienne puissance coloniale sera amenée à remettre de l'ordre dans ce pays en proie aux querelles tribales et à la corruption ?
Certes les villes ont été reprises une à une sans tirer un seul coup de feu, et l'ennemi s'est évanoui dans les montagnes du Nord.
Mais en même temps le ministre Le Drian assure que des centaines de djihadistes ont été tués. Que croire ?
Le Président Hollande a affirmé que nos soldats resteront au Mali "le temps qu'il faudra" et aujourd'hui on nous assure qu'ils partiront en mars. Que croire ?
Et ne parlons même pas des règlements de comptes que les journaux ont cité, et qui concernaient l'armée malienne qui s'en prenait à des supposés djihadistes reconnaissables à leur peau claire.
La seule chose dont nous pouvons être sûrs, à ce jour, c'est que grâce à l'"Opération Serval", ainsi que nous le révèlent les journalistes, le Président Hollande gagne des points dans les sondages.
D'aucuns trouveront que ce n'est déjà pas si mal.
Exact vu du point de vue impérialiste.
Par contre vu d' un point de vue libéral tel que le donna Adam Smith, cela va à l' encontre du libre échange.
Le colonialisme a été vaincu, l' idéal communiste s' est écroulé, le capitalisme économique a été remplacé par les "Marchés", l' idéal de l' économie de marché sociale est mis à mal, le libéralisme est dénaturé, que reste- t' il?
Une immense hypocrisie. Certes, ce n' est pas une invention nouvelle mais comme outil de gestion systématique c' est une innovation.
Bonjour :
Le titre d’un article de journal ,d’une tribune , est un contrat entre l’auteur et son lecteur. Ceci dit ,je vous demanderais de bien vouloir nous dire de quoi vous voulez nous entretenir au juste :De l’opération « Serval » comme vous l’annoncez au titre ;ou bien de l’opération Commando en Somalie ? Ou bien des deux ?
Apparemment des deux car vous dites au deuxième paragraphe de votre billet :
« Parallèlement, la France est également intervenue en Somalie. Dans son premier bilan comme dans leurs projections, la conduite de ces opérations permet déjà un premier retour d’expérience, «à chaud» comme disent les militaires, riche de cinq principaux enseignement ».
Je note : ...en Somalie ; ...ces opérations ...Cinq principaux enseignements .
Donc l'énumération des cinq leçons que vous avez tirées de l'opération « Serval » (titre) s'appuie aussi sur l'opération en Somalie. Or c'est là deux genres d'intervention différents .Qui ne mobilisent ni les mêmes compétences ni le même traitement .D'autant plus qu’une opération s'est soldée par un échec ,l'autre d’envergure internationale ,toujours en cours, ayant inscrit un certain succès. Tirer un bilan d'une situation duelle pareille me semble relever d'une confusion troublante.
Cet écart me semble provenir de l'"érection" d'un obstacle à l'objectif ciblé au départ : L’analyse unilatérale de l'opération «Serval» ;affichée au titre .
Je vous fais remarquer que cette tendance à ériger un obstacle devant un objectif tracé d’avance est structurel dans votre discours .Je vous donne un exemple .Dans une phrase je relève la concaténation d’une lexicographie(je fais comme vous ) plus habile à obscurcir le propos d’analyse qu’à l’éclairer : « Elles se caractérisent ... «fluidité» et des mouvements «rhizomatiques» ... d’arborescence ...«bubons» ... »(Leçon 2 ;deuxième paragraphe ).Les modes d’insertion des registres « biologiques >> ou « botaniques » ,en analyse politique , ne sont pas toujours porteurs .A mon avis ,elles sont plus aptes à brouiller la clarté du discours , à dissimuler des incapacités d’approches plus directes et plus souples.
Enfin ,m’inscrivant dans le cadre de votre souci prématuré de bilan ,je vous signale que vous ne dites rien du « Renseignement » (normalement votre domaine de prédilection ) dont on a beaucoup parlé ces jours comme contribution des US à l’opération « Serval »...