Santé: et si on demandait (vraiment) leur avis aux Français?

Les conférences de citoyens, ou de consensus, sont un mode intéressant de participation citoyenne, comme le prouve une récente expérience organisée par l'Institut Montaigne.

Perte de confiance dans des élites jugées trop éloignées de la réalité, rejet d’un système démocratique inadapté aux évolutions de la société: la défiance des Français envers leur système politique et leurs institutions est de plus en plus pointée du doigt. La publication récente de deux baromètres le confirme.

Ainsi, le baromètre de la confiance politique publié par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) met en lumière une nette dégradation du climat de confiance, puisque 54% des Français interrogés ont le sentiment que la démocratie fonctionne mal et que 85% d’entre eux estiment que leurs dirigeants ne tiennent pas compte de leur avis.

Le baromètre de la concertation (Respublica) montre quant à lui que 70% des Français interrogés pensent que mener des concertations au niveau national permettrait au gouvernent de prendre de meilleures décisions. En outre, 75% pensent qu’un élu qui organise des processus de concertation leur inspire plutôt confiance et 76% souhaitent davantage de démarches de démocratie participative à l’avenir.

Une invention danoise

Face à cette défiance, le dialogue et la participation seraient donc des outils efficaces? Sous le prétexte de la compétence nécessaire et de la technicité des sujets, le citoyen est en effet trop souvent mis de côté sur les grands sujets qui le concernent. De nombreuses expériences existent pourtant, en France et au-delà de nos frontières, pour renouveler le débat démocratique et associer les citoyens à la prise de décision.

Les conférences de citoyens —ou de consensus— sont un mode intéressant de participation citoyenne. Elles conjuguent tirage au sort, pédagogie et délibération. Inventées au Danemark dans les années 1980, elles permettent à un panel de non-connaisseurs de délibérer et de formuler des propositions, après une formation solide, sur un sujet de politique publique le plus souvent complexe.

Les sujets abordés peuvent être locaux (aménagement d’un quartier, transports, etc.) ou nationaux. Le domaine de la santé constitue un parfait exemple: jugées complexes, techniques, opaques, les politiques publiques autour de la santé semblent être un domaine réservé à quelques lobbys et experts. Elles concernent pourtant tous les citoyens, qu’elles touchent dans leur quotidien, comme utilisateurs du système mais aussi comme financeurs.

Sous la houlette d’un comité de pilotage équilibré et indépendant, une expérience menée par l’Institut Montaigne, avec la participation de Respublica et Harris Interactive, vient d’être tentée d’octobre à décembre 2012. 25 citoyens ont été formés sur notre système de santé, son fonctionnement, son financement: à l’issue de deux week-ends entiers de formation, ils ont débattu avec des experts venus d’horizons divers avant de se réunir pour rédiger eux même un «avis citoyen» de quinze pages présentant leurs propositions pour l’avenir de notre système de santé.

Propositions réalistes et ambitieuses

Ces propositions, à la fois réalistes et ambitieuses, portent sur l’accès aux soins sur le territoire, le financement du système, la responsabilité du patient et des professionnels de santé, etc.


Le pari d’un avis citoyen sur notre système de... par institutmontaigne

Dans un contexte de crise économique forte, les citoyens auraient pu faire preuve d’égoïsme ou de repli sur eux-mêmes. Au contraire, dès son introduction, l’avis citoyen souligne l’attachement profond aux valeurs de solidarité et d’égalité d’accès aux soins sur lesquelles repose notre système de santé. Loin de considérer que les sujets complexes doivent être laissés aux experts et aux techniciens, les 25 citoyens déclarent souhaiter s’investir davantage et participer à la prise de décision en matière de santé. Pour cela, ils en appellent à une information plus claire et accessible sur le système, ses coûts et son fonctionnement.

Ce travail propose au décideur une sorte de «frontière du possible» entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas pour nos concitoyens. Cette conférence de citoyens est riche d’enseignements sur la capacité des Français à appréhender des enjeux techniques et complexes et à contribuer activement au débat public. Il est temps de multiplier ces expériences et de donner véritablement leur place aux citoyens dans le débat démocratique.

Angèle Malâtre-Lansac

Devenez fan sur , suivez-nous sur
L'AUTEUR
Angèle Malâtre-Lansac Directrice des études de l’Institut Montaigne. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
SLATE CONSEILLE
À la une de Slate »
DÉBATS & IDÉES
Publié le 07/02/2013
Mis à jour le 07/02/2013 à 12h30