Chère Frigide Barjot, ou plutôt Virginie Tellenne

Virginie Tellenne alias Frigide Barjot, le 13 janvier 2013 à Paris. REUTERS/Benoit Tessier

Virginie Tellenne alias Frigide Barjot, le 13 janvier 2013 à Paris. REUTERS/Benoit Tessier

Lettre ouverte à la porte-parole des anti-mariage pour tous.

Chère Virginie Tellenne,

Vous nous autoriserez à vous appeler par le prénom qui vous a été donné par votre papa et votre maman, c’est un digne héritage, et par votre nom de femme mariée, plutôt que par le pseudonyme sexualisé pas très drôle sur lequel vous vous êtes taillé un succès à la hauteur de votre talent.

Votre médiatisation à outrance en cette période de débat sur le mariage pour tous n’est pas sans nous interpeller. En effet, sous votre veste zippée rose bonbon, vous donnez une image cool et décoincée à l’opposition au mariage pour tous, éloignée dans la forme des conservatismes de l’Eglise sur les sujets de société.

De plateau en plateau, vous parlez du droit de l’enfant, de l’homophobie (que vous combattez commodément) et des bouleversements que provoquera la prochaine loi. Sans qu'à aucun moment la légitimité de votre prise de parole ne soit mise en doute.

«Attachée de presse de Jésus», «catho branchée», votre arme est celle de l’ambiguïté d’une religieuse déguisée en cougar, l’apparence subversive et la conscience conformiste. Pourquoi pas?

Alors, avec un peu d’imagination, mettons-nous dans la peau d’une personne opposée au mariage gay et demandons-nous si nous vous choisirions comme porte-parole.

Votre CV est séduisant, débuts au RPR, épouse d’un proche du Club de l'Horloge, ancienne plume de Pasqua, soutien de Benoît XVI sur le port du latex... Jusque-là, tout joue en votre faveur et on se dit que ça va passer, que vous êtes la porte-parole qu’il nous faut.

Mais ce pseudonyme, Virginie... Est-ce bien sérieux? Devant la gravité des menaces qui pèsent sur nos familles et nos enfants, pouvons-nous nous permettre d'engager une représentante dont le nom prête davantage à la blague qu'au débat sérieux sur un sujet crucial?

Jouer la carte de la subversion (fut-elle feinte, comme cela semble être votre cas) n'est pas dans nos habitudes et vous le savez: la dernière fois que nous avions tenté de nous opposer à une avancée des droits des homosexuels, c'est Christine Boutin que nous avions choisi. De sa Bible brandie dans l'hémicycle de l'Assemblée à vos bas-résilles arpentant le Champ de Mars, le changement de ton pourrait être trop radical. Pouvons-nous prendre un tel risque?

Et pourquoi pas, après tout? Malgré leur sérieux, les dignitaires de l'Eglise, serrés dans leurs costumes austères, ne nous auront pas été d'une grande aide. Nos alliés politiques traditionnels –de l'UMP au Front national– n'ont pas fait preuve d'une plus grande efficacité. Et si on s'autorisait un peu d'audace?

C'est décidé, on vous donne le poste Virginie. L'avenir de la pensée réac, c'est d'être cool et sympa. Se battre contre les droits des homosexuels en dansant dans les rues de Paris, c'est toujours plus fun que d'écouter grand-papa nous parler de l'Algérie le dimanche midi après la messe.

Demandons le rétablissement de la peine de mort sur un air de reggae, manifestons contre l'ouverture des frontières au rythme des djembé, luttons contre l'IVG en costumes de clowns. On ne gagnera peut être pas, mais au moins on s'amusera!

Chère Virginie, vous étiez à deux doigts de nous convaincre. Mais comme le dit votre chanson[1], il y a mieux à faire avec.

Emilien Matter et Xavier Schmitt


[1] «Fais-moi l’amour avec deux doigts, avec trois ça rentre pas, avec un ça suffit pas»


Frigide Barjot - Fais-moi l'amour avec 2 doigts ! par Jalons75