Et si tous les opposants au mariage homo n’étaient pas des réacs?

REUTERS/Régis Duvignau.

REUTERS/Régis Duvignau.

Pour beaucoup de partisans du mariage pour tous, cela va de soi: ceux qui s’y opposent sont des esprits étroits et à coup sûr des homophobes. Les choses sont peut-être un peu plus compliquées.

Si vous voulez par avance discréditer les adversaires d’un projet de loi, présentez-le comme une réforme permettant d’aller vers plus de liberté et d’égalité. Celui qui se dira contre ne pourra qu’être réactionnaire: sinon, pourquoi se poserait-il en adversaire de la liberté et de l’égalité? Si vous êtes progressiste, vous devez être pour cette réforme.

Le mariage pour tous s’inscrit très exactement dans ce contexte. Y être hostile ou, tout au moins, être réservé face à la nécessité d’une telle disposition, vous condamne sans autre forme de procès à la relégation dans le camp de la réaction, de l’obscurantisme, de l’homophobie, etc. Si vous êtes un esprit libre et ouvert, vous devez y être favorable, cela ne se discute même pas.

Et, pourtant, si, cela devrait se discuter. Il est vrai que certains propos entendus dans le camp de ceux qui manifestent contre cette réforme sont clairement homophobes et insupportables.

Il est vrai aussi qu’on peut ne pas avoir envie de se retrouver dans le même camp que les Eglises, quelles qu’elles soient, et les dirigeants politiques les plus conservateurs. Est-ce pour autant que l’on doit se taire et faire comme si on était dans le même camp que ceux qui défendent une mesure que l’on juge contestable?

On redonne de l'importance à un acte un peu oublié

Ce n’est pas, en effet, parce qu’une mesure est dans l’air du temps, qu’elle a un look jeune et moderne, qu’elle est bonne. Il est évident qu’en matière de sexualité, la liberté des pratiques doit être la règle entre adultes consentants et jouissant de toutes leurs facultés mentales.

Cette question-là, semble-t-il, est réglée depuis longtemps, seule une minorité ne l’ayant pas encore admis. Le problème vient des conclusions que l’on en tire en matière de droit(s): droit au mariage, à l’adoption, voire à la procréation médicalement assistée, etc.

Le projet de loi remet sur le devant de la scène une institution, le mariage, que l’on avait mis beaucoup de temps à désacraliser et à reléguer au rang de simple formalité administrative. En clair, on se mariait (éventuellement) par commodité; l’acte le plus important avait été accompli avant, par le choix de son partenaire et la décision de partager sa vie. Avec le mariage pour tous, on se retrouve amené à accorder une importance de premier rang à un acte juridique que l’on avait volontairement un peu oublié…

Pourquoi alors cela pose-t-il un problème d’ouvrir le mariage aux couples homosexuels? Parce qu’il ne faut pas se leurrer sur le rôle de cette institution. Si beaucoup d’entre nous l’utilisent comme un simple instrument de gestion, il est clair que le mariage, depuis l’origine, a pour objectif plus ou moins explicite la procréation et que la procréation demande, qu’on le veuille ou non, deux personnes de sexe différents.

Ouvrir le mariage aux couples homosexuels, c’est automatiquement ouvrir la porte à la procréation médicalement assistée voire à la gestation pour autrui. Et cela mérite tout de même d’être réfléchi.

Liberté et responsabilité

La liberté, c’est le droit donné à chacun de faire ses choix de vie et de prendre ses responsabilités. Chacun doit être libre de vivre avec la personne de son choix, y compris avec une personne de son sexe.

Mais, en toute logique, on devrait accepter, dans ce dernier cas, de ne pas avoir d’enfants. Le problème, c’est que l’on vit dans une société où les notions de choix et de conséquences de ses choix n’ont plus gère de sens. Tout être humain, selon le dogme en vigueur, a légitimement droit à avoir un enfant; lui refuser ce droit est une discrimination odieuse.

Cette évolution n’est pas surprenante; elle est dans le droit fil de ce qu’on vit depuis une quarantaine d’années. On a connu la famille classique où l’on se mariait pour la vie, où le divorce était interdit ou à tout le moins mal considéré: on restait ensemble, quitte à faire du foyer un étouffoir. Les enfants devaient être conçus uniquement dans le cadre du mariage. Quant aux relations homosexuelles, c’était réservé aux artistes parisiens, à condition qu’ils n’en fassent pas trop étalage…

Tout cela a sauté, et c’est heureux, mais il n’est pas dit que nous fassions un très bon usage de cette liberté retrouvée. Dans la logique du «Chacun fait ce qu’il veut et chacun a droit à des enfants», même s’il ne peut subvenir à leurs besoins ou s’il ne peut pas en avoir, on doit inévitablement arriver au couple homosexuel, à la procréation médicalement assistée et à la gestation pour autrui (il serait contraire à toute logique de l’égalité parfaite que les couples homosexuels masculins soient privés d’enfants alors que les femmes homosexuelles pourraient en avoir), quitte donc à avoir recours à tous les artifices imaginables.

Dites à un écologiste que vous voulez manger des fraises en hiver, il vous objectera, avec raison, que votre demande n’est pas raisonnable, que vous devez respecter les lois de la nature et que l’homme se condamne en ne les respectant pas. Parlez-lui de semences transgéniques, il vous expliquera tous les dangers de ces manipulations génétiques des espèces végétales. Mais dites-lui que vous voulez avoir un enfant avec une personne du même sexe que vous, il ne trouvera rien à redire: c’est naturel!

Retrouver la raison

Que mes amis se rassurent: je ne suis pas allé manifester avec les intégristes et les homophobes. J’accepterai le mariage homosexuel et tout ce qui s’ensuit, puisque c’est le progrès.

Mais j’espère qu’il n’en sera pas fait un grand usage et qu’on retrouvera un jour la raison: un homme et une femme, c’est ce qu’il y a de mieux pour faire un enfant, et c’est encore mieux si cet homme et cette femme restent ensemble après avoir fait cet enfant.

C’est affreusement conventionnel, tout cela? Peut-être. Mais est-ce vraiment un progrès que de refuser la réalité? On nous dit qu’il s’agit d’accepter la différence, alors qu’en fait on nous propose de la nier. Faire comme s’il n’y avait pas de différence entre un homme et une femme, comme si les êtres étaient interchangeables, c’est plutôt une régression.

Gérard Horny

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