- Photo par Chouyo -
[J'ai volontairement illustré ce billet de sculptures érotiques hindoues et jaïns des temples de Bhubaneshwar (Orissa), Khajuraho (Madhya Pradesh) et Ranakpur (Rajasthan). Elles sont là pour rappeler à chaque étape que la sexualité ludique et détendue est une réalité des dieux en Inde. Pas des hommes.]
On te dira peut-être que le cricket est le sport national de l’Inde…
Aujourd’hui, le viol d’une étudiante indienne et son décès font couler de l’encre. Et je suis consternée par ce que je lis et vois: si l’on exclut d’office les articles et reportages se complaisant dans la description du fait divers et de témoignages corroborant l’idée de «l’Inde, pays du viol», ceux qui tentent d’aller plus loin restent au ras des pâquerettes.
Soit parce qu’ils se contentent de lier frustration et sex ratio déséquilibré, soit parce qu’ils jouent l’explication culturelle inepte (et je pèse mes mots) de la pudibonderie victorienne laissée par les Britanniques, soit parce qu’ils se contentent de traduire les articles d’intellectuels et experts indiens qui eux, surtout eux, n’iront jamais gratter le problème de fond. Ils n’y ont aucun intérêt.
Parce que le linge sale, ça se lave en famille. Surtout les slips.
Il suffit juste de vivre en Inde pourtant. De lire les journaux, d’écouter les gens parler, de les observer se regarder, se toucher, se vêtir. De lire une abondante littérature et des rapports émanant des institutions indiennes elles-mêmes. Et d’être terrifié. En 2007, 53% des enfants indiens interrogés dans ce rapport avaient subi des abus sexuels…
Le cricket, toujours sport national?
Alors voici peut-être un des sujets qui me tient le plus à cœur à propos de l’Inde, qui me remue et m’exaspère à la fois. Le rapport au corps et au sexe, l’effarante dépossession de soi quand on vit dans ce pays, sa désensualisation extrême, l’indigence sexuelle d’un pays qui brandit le Kâmasûtra comme un de ses chefs-d’œuvre.

Car, n’en déplaise aux promoteurs d’une Inde en carton-pâte, l’Inde est aussi sensuelle qu’un goulag sibérien.
Alors les médias occidentaux de s’engouffrer avec fracas dans la perspective qui-vend-bien: par manque de temps et d’intérêt pour l’Inde, ils font de ce viol l’exemple-type du triste état de la condition de la femme dans ce pays et les manifestations sont la preuve qu’un graaaaaaaand mouvement de fond est en train de secouer la société indienne. Comment dire… Mouahah. Et c’est un rire triste. Malheureusement.
Cette idée qu’une quelconque manifestation en Inde pourrait changer ce pays prouve que rien n’a été compris. Je l’avais souligné en août 2011: nos médias se rengorgeaient de Anna Hazare et d’un possible Printemps indien (on l’attend toujours d’ailleurs), faisant par là preuve d’une méconnaissance absolue des mécanismes politiques de ce pays et surtout de l’apathie extraordinaire de sa population.
Car 5.000 personnes qui manifestent en Inde, ce n’est rien. Même 50.000 personnes qui manifestent en Inde, ce n’est rien. Dans un pays d’1,2 milliard d’habitant où 70% de la population est rurale, engoncée dans des relations sociales, politiques, médicales et familiales empreintes de religion et de superstition, dans un pays dépolitisé au possible (et notamment son élite!) où le grille-pain offert par tel parti est la seule motivation pour aller voter, à moins que ce ne soit le biryani promis par la municipalité, la très grande majorité des Indiens n’est en rien concernée par ce qui touche la nation. Si ce n’est le cricket. Alors… un mouvement qui rassemble un nombre ridicule de participants… dans quelques rares villes… sur un thème qui touche aux femmes… sur un thème qui touche au sexe…?
Cela n’aura malheureusement aucune répercussion de fond sur l’Inde.
Alors quoi?

Je ne vais pas rapporter de chiffres, ni retracer le scénario infâme, ni vous rapporter les rebondissements grotesques (même si aucun n’est surprenant, effets-de-manches du gouvernement, révélations scabreuses savamment distillées, refus des avocats de défendre les déjà-coupables, appels à la peine de mort toujours très prompts) et je ne vais pas décortiquer les cris d’orfraie d’une partie de la population qui, tout à coup parce que les caméras du monde sont là, s’indignent de l’horreur mais qui, le calme revenu, n’en aura toujours rien à faire que la maid rentre à pied seule le soir. Parce qu’en Inde, le problème n’est pas le viol des femmes. Il n’est pas non plus celui du statut de la femme. Non plus que celui du viol. Le problème fondamental et viscéral de l’Inde est le rapport au corps de l’autre et à l’intimité.
Et les journaux m’ont appris qu’un phallus était avant tout en Inde un instrument de douleur plutôt qu’un instrument de plaisir. Shiva, le phallus sur lequel repose le monde indien, n’est dressé que pour détruire.
J’ai le souvenir d’un corps une nuit dans une rue de Bombay. Deux policiers discutent, le corps gît sur la route à quelques mètres. Un jeune homme, chemise bordeaux, face contre terre en un angle bizarre. Le pantalon aux genoux. Fesses à l’air. Passage à tabac, viol, jeté d’une voiture. Le regard ne peut se détourner, ne peut ignorer, à la fois la mort et la nudité de la partie inférieure du corps.
J’ai cherché dans les journaux le lendemain, le surlendemain, aucune mention. Et pourtant, les faits divers quotidiens de l’Inde, par centaines, te permettent d’échafauder toutes les hypothèses… au mauvais endroit au mauvais moment, règlement de compte, mafias, voisins, amis, famille, policiers… Ce jeune homme n’est qu’un des milliers de cas. Un des millions de cas de viols, d’abus, comme tu en lis tous les jours dans les journaux.
Des femmes, des adolescents, des enfants, des bébés. Il n’est pas besoin d’aller à la page des chiens écrasés ou des intouchables humiliés pour trouver ça: la première page suffit. Les encarts se succèdent, chaque jour. On a retrouvé Surya, 2 ans, violentée par son cousin. Ramesh, 12 ans, a décidé de porter plainte contre son employeur. La maid d’un couple de tel quartier huppé a volé ses patrons en représailles des attouchements que l’obligeaient à subir le père et le fils de la famille depuis des années, ainsi qu’à sa soeur.
Alors non: c’est une erreur de se cantonner «seulement» au viol de cette jeune femme. C’est une erreur de croire qu’on a là à faire à des violeurs pathologiques, aisément distincts des autres, et que seules les femmes sont victimes.
J’ai souvent raconté les frottements volontaires, les attouchements dans les rues, les gestes d’agression dans les moyens de transports, les rues, les magasins mêmes!, ou les téléphones portables brandis pour photographier une entrejambe, des fesses, des seins… même quand la femme porte tunique large et pantalon ample.

Quand des photos volées de bretelles de soutien-gorge paraissent sur des sites pornos, quand les jeunes femmes ont peur de prendre des taxis ou des rickshaws le soir, quand des hommes d’un certain rang social caressent tes pieds dans l’avion, il faut se poser de réelles questions non plus sur des cas pathologiques mais sur une culture entière.
L’Inde est un pays où l’intime n’a pas sa place, c’est un lieu de violence et de ricanements. La très grande majorité des gens défèquent et pissent dans les rues et les bas-côtés au vu et au su de tous. L'Inde est un pays où cette même population voit parents et enfants partager le même lit, les grands-parents à quelques mètres, où une majorité de femmes (80% dans les bidonvilles) ont des infections urinaires permanentes, où l’on baise habillés, où baiser c’est procréer avant tout?
Lire chaque jour l’encart Sexologie des journaux indiens est une descente aux enfers. Ecouter les jeunes hommes et femmes des classes moyennes ricaner à 25 ans au mot «pénis», être stupéfait que des hommes d’affaires aisés s’esclaffent en parlant de sexe de manière réellement sale (et pourtant je ne suis pas bégueule), se voir proposer des dizaines et des dizaines de fois des rapports sexuels dès la troisième question…
L’interdit et la culpabilité sont les maîtres-mots. On vendra les héroïnes pulpeuses sans oser prononcer tout bas le mot «sexe» et les femmes enceintes sont cachées. Pureté et honneur sont quasi divinisés, aux dépens de toute autre notion, et notamment la compassion et la solidarité. Car au fond celui ou celle qui a été violé(e) l’a un peu cherché, et si c’est un enfant, un adolescent… il a de toute manière été sali et rien ne pourra racheter sa pureté.
Souvenez-vous de Rama, le roi par excellence de l’Inde, l’avatar de Vishnu : les hindous célèbrent son retour triomphal lors de Diwali et d’aucuns se plaisent en Occident à le célébrer aussi mais pleurent sur la condition féminine en Inde… C’est ce même Rama qui, parvenant à ramener sa femme enlevée par Ravana, la répudie au final ! Car malgré les protestation de Sitâ, il ne peut être totalement sûre qu’elle est… pure. Elle a été enlevée, regardée, désirée par le monstre? Elle l’a un peu cherché au fond. Alors salie ou non, elle est de toute manière paria. Et je n’utilise pas ce terme sans raison.
Alors le sexe, frustré, est vécu hors de tout cadre qui permettrait de l’apprivoiser sans culpabilité (masturbation, érotisme, pornographie –interdits sur le territoire indien–, sexualité hors mariage, homosexualité etc.) ce qui fait du sexe une exigence permanente. Une guerre. Et le trophée est à saisir n’importe quand, n’importe comment, une photo volée ou une main baladeuse, ce sera toujours ça de pris.
La toile porno amateur indienne est un gouffre d’Occidentales à moitié nues sur les plages goanaises et de matrones en sari transparents. Si l’on se livre à un calcul, terrible… en 2007 53% des enfants indiens ont subi des abus sexuels? Alors gageons qu’il y ait eu des progrès sur les 20 années précédentes… donc la génération de 1980 aurait subi 60% d’abus? et celle de 1970, 75%? Alors tout un chacun en Inde a subi de près ou de loin un abus, en a été témoin et fait perdurer une conception de la sexualité soit tronquée, soit craintive, soit frustrée, soit violente.
Ce que rapportent les journaux chaque jour n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Et le viol des femmes n’est malheureusement qu’une partie infime du problème du sexe en Inde. C’est l’intégrité de son corps et du corps de l’autre qui est le problème fondamental, et les enfants, adolescents, femmes et hommes doivent lutter pour la préserver.
Alors, une jeune femme meurt à la suite d’un viol collectif particulièrement barbare. And so what ? Pour paraphraser Lampedusa, tout changera en Inde pour que surtout rien ne change.
On glosera sur les responsabilités (société brahmanique, religion hindoue, zénanas moghols ou pudibonderie britannique) alors qu’elles n’importent plus. Il arrive un moment où il faut se regarder en face, et quand il s’agit d’une évolution culturelle majeure seul un gouvernement volontaire peut l’imposer. Aujourd’hui, au lieu de mesurettes qui font ricaner (plus de femmes policiers? la publication des noms des violeurs? la peine de mort pour les violeurs?), la seule solution pérenne et évidente pour l’Inde est une éducation sexuelle obligatoire pour tous dès l’école primaire.
Oui: dès l’école primaire, je pèse mes mots. L’Inde a besoin de libérer la parole de ceux qui sont le plus à même de souffrir des abus et qui seront ceux qui craindront le plus de parler. Les enfants, les pauvres, les dalits (intouchables), les femmes. Parler de pénis, parler de vagin, parler de masturbation, rire, ricaner, découvrir, dédramatiser, comprendre qu’il y a du plaisir mais aussi des interdits notamment quand il y a obligation, pouvoir, chantage et secret.
Les médias occidentaux aujourd’hui, plutôt que d’aller chercher des témoignages tragiques et pathétiques, pourraient aller demander aux parents indiens comment ils parlent de sexe à leurs enfants. Comment beta, le fils chéri, le fils adoré, voit-il ses parents traiter Priya la maid et les autres femmes de service. Comment les parents vivent leur sexualité et comment ils prennent soin d’entourer de secret ou de ricanements bêtes tout ce qui a trait au sexe, renforçant par là frustration, fantasmes et craintes.
Le problème fondamental que soulève cette tragédie, qui n’est qu’une parmi des milliers, c’est celui de l’abus de la violence physique et symbolique quand il s’agit du corps d’autrui en Inde. De l’inceste, de l’abus sexuel, de droit de cuissage sur les domestiques, du viol dans les rues et du viol dans les chambres. De l’abus de pouvoir, de l’abus de puissance, sur ceux que l’on sait pouvoir écraser. Ce qui rejoint l’autre grande problématique de l’Inde.
Les gens y sont généralement doués pour donner de la voix et rouler des mécaniques. Pour s’offusquer quand les caméras sont là. Pour tripoter tes seins comme si de rien n’était dans un bus ou glisser la main entre tes cuisses dans une rue.
En revanche, pour parler en adulte de sexualité et faire cesser des comportements d’adolescents TRES attardés qui vont parfois jusqu’au crime ?
Là ils n’ont plus de couilles.
Chouyo
Note : le titre est une référence à la pièce de l’auteur roumain Matei Visniec, Du sexe de la femme comme champ de bataille.
Cette tribune est d'abord parue sur chouyosworld.
De Konarak, de Kajuraho, du Kama Sutra à un pays dans lequel,en 1970, un libraire à Madras(Shenai) me demanda preuve d' être "a research scholar".
Devenu bon copin avec une Fidjinenne qui y faisait ses études de Baharata Natyam et de Veena, ce dernier comme moi, ses parents s' empressèrent d' envoyer le frère ainé afin de veiller à ce que nous ne puissions plus nous voir.
Mon ami, professeur de Mridangham et de dessin traditionnel dont le père fut colonel médecin dans l' armée Indienne, reçut un jour l' ordre d' aller se marier à Trupathi. Quand je lui demandais s' ils s' aimaient la réponse me fit, me fait encore, réfléchir : "Nous ne sommes pas comme vous. Ici on se marie et si les deux sont de bonnes personnes l' amour croît. Chez vous en divorce. Les noces furent une des expériences les plus marquantes de ma vie.
Par contre pour aller voir les prostituées, dans des cages à lapins insalubres, les Indiens mâles salivaient des jours d' avance. Souffrant des mêmes frustrations dont furent victimes nos ancêtres ils se conduisent de façon aussi instinctive que violente. Car, ne l' oublions jamais, la société Indienne n' est pas Ahimsa mais très violente.
Et toute cette morale sexuelle est un cadeau de la bonne reine Victoria, prude au point d' avoir donné à son époque son nom.
Car avant son règne, la sexualité, comme dans les tous les peuples non judéo- chrétiens, était considéré comme naturel, une source de plaisir ( Kama). Nos bons Pères blancs au Congo Belge s' y évertuèrent également mais n' y réussirent jamais. En Inde ce fut une vertu de plus. Hélas.
Vous dites que la religion n'est pas le vrai problème. Ca n'est probablement pas le seul responsable, mais ça en est sûrement un ! Vous dénoncez un vrai problème qui est sociétal, or la religion est une composante de la société indienne. Il y a l'économie, les structures familiales, etc, mais il y a aussi la religion dont l'influence sur les comportements individuels est réelle. Toutes les religions présentent de gros problèmes avec le sexe (frustration, tabous...), c'est observable dans toutes les sociétés encore fortement religieuses. Après, on peut s'amuser à théoriser plus loin évidemment... Mais les faits sont là !
La religion, ou plutôt les traditions religieuses telles qu'elles sont enseignées au quotidien, posent effectivement la sexualité comme ayant toujours un versant problématique et je ne le nie pas dans cet article : simplement, c'est souvent l'explication première qui est donnée notamment pour l'Inde et je souhaitais attirer l'attention sur d'autres explications possibles voire probables.
L’Inde est-elle le pays de la pensée de bois?
Des "splendeurs" de Bollywood aux "splendeurs" du Gange à Bénares aux splendeurs des bûchers funéraires indiens (la veuve brulée avec le défunt), j'ai toujours pensé que l'admiration de l'Inde par l'occident était un de ces graves malentendus dont l'occident est friand dés qu'il met le nez à sa fenêtre. L'exotisme lui monte à la tête aussi sûrement que les vapeurs d'encens, la pauvreté est pittoresque, la saleté sympathique, la surpopulation supportable et la violence question de culture. Dans les années soixante j'avais lu un article sur l'"eve teasing" il s'agissait pour ces braves étudiants de taquiner les étudiantes qui avaient l'impudence de s'aventurer en territoire mâle et par une pression amicale mais ferme (arrosage puis allumage d'essence) de les pousser vers la sortie .Tous ces faits, crémation de la veuve, ablutions dans l'eau fétide du Gange, ruine pour payer des dots, imposture culturelle Bollywoodienne m'ont fait considérer l'Inde comme un pays a éviter de fréquenter et d'admirer. Vous, de l'intérieur apparemment, me confortez dans mon jugement.
Mais ce n'est pourtant pas mon but. C'est un pays qui a ses travers d'un point de vue d'Occidental, mais tout autant que d'autres pays, et qui est réellement passionnant. Par sa diversité, l'extrême pugnacité de sa population et l'incroyable mosaïque que l'on y découvre chaque jour en y vivant. Eviter d'admirer un pays, quel qu'il soit, je suis convaincu que c'est une excellente chose, mais ça ne concerne pas que l'Inde en fait. En revanche, fréquentez l'Inde... c'est un pays qui remue, qui pose des questions, parfois apporte des réponses, qui en tout cas oblige à se confronter à nos propres valeurs et principes. Et c'est en cela que l'Inde est passionnante, sans tomber dans l'orientalisme primaire ou l'admiration fantasmatique.
Pour vivre la société indienne de l'intérieur, je ne changerai pas une virgule, à l'article courageux que vous avez rédigé.
Malheureusement, comme vous l'indiquez, l'inde est un pays apathique, enlisé dans ses traditions,anesthésié par la religion,pris au piège d'une valeur famille qui permet de cacher sous le couvercle de la cellule familiale toutes les dérives.
C'est malheureusement ce dont j'ai également eu l'impression et la confirmation en vivant en Inde : il y a une chape de plomb sur ce qui se passe dans les familles, qui obère pour l'instant à mon sens la possibilité d'une véritable avancée en matière de sexualité donc de rapport au corps de l'autre.
Comment expliquez vous le viol dans nos pays occidentaux où le sexe n'est pas tabou?
http://www.egalite-infos.fr/2012/10/11/proces-des-viols-collectifs-a-creteil-un-verdict-clement-pour-les-violeurs/
http://www.planetoscope.com/Criminalite/1497-nombre-de-viols-en-france.html
Je ne suis absolument pas spécialiste de la question.
Pour autant, je peux vous proposer deux hypothèses éventuelles : d'une part, peut-être toute société a-t-elle son lot de violeurs ? de personnes ayant un rapport pathologiques au sexe et à la violence ? D'autre part, il est certain qu'en France et dans les pays occidentaux la parole à propos du viol est bien plus libre qu'en Inde par exemple : à parole plus libre, plus de plaintes, à plus de plaintes plus de cas répertoriés.
Merci de votre point de vue. Mais l'Inde est un très grand pays ou les généralités sont faciles, surtout dans les grandes villes.
La culture indienne est d'une immense richesse, et leur tradition religieuse aussi. Seulement, elle est très différente dans son approche à la notre, et il est très facile de passer à côté de beaucoup de choses, même quand on reste longtemps sur place.
Il y a en effet un problème avec la surpopulation, la superstition, le manque d'hygiène, le bruit et une perte des valeurs qui d'ailleurs n'est certainement pas étrangère à l'introduction de certaines "valeurs" occidentales et de leur merveilleux modèle de société de consommation.
La culture ancienne de l'Inde parle du corps et de l'approche sexuelle avec une finesse et une poésie impressionnante. Cela semble presque féérique, quand l'approche anatomique brut semble plutôt ressembler à un apprentissage de troll. Je ne connais pas de traditions avec celle du Tibet et Chinoise qui ont été aussi loin sur cette question.
Si cela se perd, c'est triste, mais les héritages de l'Inde antique sont d'une immense richesse, cela ne devrait pas être oubliés.
Certe il y a aussi un fort côté ascétique dans la religion, comme quoi tous les extrêmes sont présents...
Quelques petites réflexions :
Shiva n'est pas le destructeur dont son sens négatif, mais le destructeur de l'ignorance, ce qui n'est pas tout à fait pareil... Dans la tradition hindoue, l'ignorance est un synonyme du mal et de la violence. Le phallus évoque la force masculine et la régénération.
Rama n'a jamais rejeté Sita, il l'a testé pour que le peuple ne la rejette pas en tant que reine. La poésie portée par le Ramayana est impressionnante, une épopée totalement écrite en vers avec une intensité poignante. L'amour de Rama pour Sita est décrit dans des vers qui ont une grande beauté et richesse, et on ne peut qu'être admiratif devant le poète ayant retranscrit cela.
Et le Kama Sutra n'est qu'un texte, et loin d'être le meilleur, sur le sujet de la sexualité. Il en existe une multitude d'autres portant sur tous les sujets.
On ne peut néanmoins que s'attrister de voir l'Inde rentrer dans un modernisme qui leur fera gagner certaines choses et surement perdre beaucoup d'autres.
Ensuite cela reste un avis très personnel.
Je vous remercie pour votre commentaire !
Vos remarques sont justes mais elles ne tiennent pas compte d'une chose : en réalité, je ne nie en rien ce que vous dites de la beauté, de l'ancienneté, de la finesse de la conception théorique du corps en Inde. Simplement, la réalité brute et concrète quand on y vit n'est pas celle-là et il y a loin entre cette conception lettrée, théorique, du corps, et son traitement au quotidien.
Et je me permets la même remarque pour l'exégèse que vous faites des textes hindous épiques : ce que je rapporte (mais texte déjà très long, j'aurais pu dire que c'était tels amis indiens et livres et guides indiens etc. qui m'en ont parlé de cette manière, tous hindous) c'est ce qui m'a été transmis en Inde même. Hors champ lettré, mais dans un contexte quotidien, tel que ces histoires/traditions leur ont été transmises, racontées. Je ne vous apprends rien je le sais en vous disant qu'il y a souvent loin entre la compréhension lettrée d'un texte fondateur, passionnant au demeurant, et son "passage" (transformation, simplification, vulgarisation) dans une société qui n'y accède pas en fait directement le plus souvent.
Si je vous lis bien en revanche, vous pensez que la désagrégation du rapport au corps est lié à l'importation des valeurs occidentales ?
Manifestement l'auteur ne connait ni la mythologie indienne, ni l'évolution des ses moeurs récentes mais rien d'autre que sa petite vie de touriste occidentale en Inde. Je parie que l'inde des villages, celle des générations précedentes et l'hindouisme lui sont entièrement étrangers.
Premièrement, dans le Ramayana il n'y a pas répudiation puisque cela n'existe pas dans l'hindouisme. D'ailleurs ce récit se veut l'illustration la monogamie hindoue, strict et éternelle. Rama bannit Sita parceque le peuple le lui demande puis revient vers elle car il l'aime éperduement. Mais celle-ci s'éloigne définitivement et Rama meurt dans le désespoir et la solitude. Ce récit mythologique ne laisse ABSOLUMENT aucun doute sur l'innocence de Sita mais il illustre la bétise de la société. Je ne peux croire que l'on puisse en avoir une lecture exactement inverse. Vous ne l'avez pas lu. N'en parlez donc pas.
Et puis dire du sexe de Shiva que c'est une outil de destruction, c'est encore une fois l'exact inverse qui est vrai. Shiva arrête de détruire le monde (i.e. de danser sur lui) justement pour faire l'amour et il donne naissance à karttikeya,le sauveur ("préserveur") du monde.
Mais surtout, vous partez du principe que ces dernières années la condition de la femme et des enfants s'est amélioré en Inde..."En 2007 53% des enfants indiens ont subi des abus sexuels? Alors gageons qu’il y ait eu des progrès sur les 20 années précédentes… donc la génération de 1980 aurait subi 60% d’abus? et celle de 1970, 75%? "
Etes-vous sérieuse ? Vous avez le gage facile. Pourquoi y aurait-il un progrès et non régression ? Pensez-vous qu'avec le passage du temps (et de l'occidentalisation) toutes les choses du monde s'améliorent ?
Il est aisé de comprendre que l'industrialisation et l'urbanisation conséquente ont augmenté le nombre de violence faites aux femmes par des inconnus et bouleversé les rapports entre homme-femmes en rendant les mariage plus tardif et en prolongeant le célibat. (A ce sujet on pourra lire "la Pornocratie" de P-J Proudhon pour faire le lien entre la diminution de la famille et l'extension du célibat et du capitalisme mais c'est un tout autre sujet.)
Et au fait, non la masturbation, l'érotisme et ne sont pas interditS en Inde, c'est là encore un délire de l'auteur, à moins d'une innocente faute d'ortographe. Le visionnage et la détention de films pornographiques sont autorisés en Inde, la production et la distribution ne le sont pas. Et c'est bien connu, la pornographie ne créée pas de frustation, elle les efface toute...
Vous inventer une réalité mythologique, historique et légale de l'Inde pour arriver à une conclusion qui se résume très facilement à: "il faut occidentaliser la mentalité indienne et c'est à l'Etat de le faire". Après tout, après l'occidentalisation du fonctionnement industriel et économique indien quoi de plus normal. Et que Gandhi se retourne dans ces cendres.
Bien sûr la position des femmes indiennes n'est pas enviable mais n'oubliez pas que les femmes indienne n'envient pas une seule seconde les femmes occidentales.
Cette article reflète surtout votre souffrance de femme blanche en Inde. Les blanches y sont souvent considérés comme des putains et c'est honteux pour les indiens. Mais c'est un tout autre sujet, et je suis sûr que vous pourriez écrire un excellent article là dessus. Ne rejoignez pas la cohorte de femme blanche devenue féministe en Inde (j'en connais une poignée et elle font les même erreurs et approximation que vous). Vos problèmes ne sont pas ceux des indiennes, vous ne subissez pas le machisme de la société indienne.Vous subissez son racisme.
Et sinon il y a des indiens qui ont leurs propres solutions à leurs problèmes sociaux et elle ne sont ni étatiques, ni occidentales mais économiques et peut être anti-urbaine : https://vimeo.com/518283
Merci pour votre commentaire !
Et je me permets d'ajouter, j'ai vécu l'Inde réelle pendant plusieurs années, pas en simple touriste, pas non plus en expat' qui vient là se tourner les pouces et regarder par la fenêtre aux vitres teintées de son énorme voiture. Je l'ai vécue dans ses campagnes et ses villes, dans des endroits reculés tout comme au centre des fourmilières urbaines les plus incroyables, en échangeant aussi bien avec des personnes d'une certaine "élite" (très gros guillemets évidemment) et des gens plus modestes, voire très modestes.
Comme dit dans un commentaire précédent, il y a des raccourcis (malheureusement nécessaires) dans un billet aussi long, et c'est un billet de blog qui est repris ici, pas un article. Il y a de l'humeur, il y a de la rage, et si vous aviez eu le recul vous auriez compris qu'il s'agit moins d'une souffrance de femme blanche en Inde que de la conviction qu'il suffirait en fait de peu pour que l'Inde soit un pays plus doux aux Indiens... pas aux expats, pas aux femmes blanches, pas aux Indiennes non plus seulement, mais aux Indiens dans leur ensemble.
Quant au Ramayana, j'aurais du préciser que ce que je rapporte ici n'est pas une exégèse érudite (ce n'était pas le lieu ou ma volonté) mais ce qui m'en a été dit par des amis indiens, connaissances, guides etc., à savoir l'histoire telle qu'elle est transmise dans une tradition orale, et souvent bien loin de la compréhension lettrée.
Enfin, j'ai oblitéré autant que possible ce qui avait trait à la femme occidentale en Inde qui, comme vous le dites, n'a ni le même statut ni la même image ni le même traitement. Des amis indiens parlent parfois, d'eux, d'elles, de leurs amis, de leurs familles, de leur entourage, de leurs voisins, de ce qui s'y passe, je n'invente pas leurs histoires, leurs "anecdotes", leurs dégoûts, je n'invente pas ce que j'ai lu chaque jour (je dis bien chaque jour) dans les journaux indiens pendant plusieurs années. Je n'invente pas non plus ce que j'ai vu.
Et en lisant peut-être sans procès d'intention, vous auriez pu voir que d'une part je ne présume pas du type d'éducation sexuelle à donner ("à l'occidentale" ce serait une idiotie : on ne plaque pas des programmes, une pédagogie liée à une culture dans une autre culture, ce serait contre-productif) et l'Inde aura ses propres solutions en la matière... mais (vous direz naïve peut-être) je ne démords pas que cela passe par une éducation au corps. Et d'autre part n'étant justement pas féministe mon but était de rappeler que le problème ne se limite justement pas au statut de la femme. Mais à une société qui a ses crispations et ses frustrations et qui a fait du corps l'exutoire (je ne trouve pas de meilleur mot pour l'instant) d'une certaine violence.
Je ne doute pas qu'il y ait des solutions spécifiquement indiennes aux problèmes sociaux de l'Inde : merci pour le lien, mais il ne fonctionne pas ?
Au passage, merci d'éviter de parler de "l’apathie extraordinaire de sa population" sans plus de justification que cela. Je ne parlerais pas de racisme car vous me qualifierai de bien-pensant mais sachez que la civilisation indienne et votre t-shirt n'ont pas été fait dans l'apathie mais dans la sueur.
Et je suis bien placée pour le savoir parce que j'ai vu l'Inde travailler chaque jour d'arrache-pied, au détriment de sa santé, de son sommeil et pour bien peu en retour.
Sans doute avez-vous pris "apathie" au sens physique, nonchalance, fainéantise. Sans doute ne parlais-je absolument pas de cela.
Je partage la vision de Rajji sur cet article. Certaines pistes sont intéressantes, et sans vouloir occulter la violence relationnelle qui demeure sous-jacente là-bas, un certain nombre d'approximations révèlent un manque d'approfondissement de la culture indienne. Il y a des erreurs sur Shiva et sur le Râmâyana (ce n'est en effet pas vraiment Râma qui choisit d'exiler Sîtâ, il y est conduit par son devoir de souverain. Mais on peut cependant blâmer, avec nos regards d'Occidentaux, l'ordalie à laquelle il la soumet à 2 reprises pour prouver sa pureté...)
Krishna est, tout autant que Râma, un avatar de Vishnou et un sujet de dévotion. Or il honore son épouse, ses maîtresses (l'amour de Radha et Krishna demeure un topos fondamental dans la littérature indienne), et sa soeur. Dans le Mahâbhârata, il empêche aussi Uttarâ, l'épouse de son neveu, de se jeter sur le bûcher et il la protège lorsqu'elle est attaquée alors qu'il aurait pu se contenter de sauver l'enfant qu'elle portait.
Par ailleurs, puisque l'auteure de la tribune évoque Shiva, celui-ci est un mari des plus attentionnés envers son épouse qui est vue comme la véritable force créatrice dans un certain nombre de traditions shivaïtes.
Tout ça pour dire que limiter la vision des femmes qu'ont les Indiens à la malheureuse Sîtâ est bien caricatural, et ne tient en outre pas compte des évolutions subies depuis 2 millénaires. A titre d'information, dès le XIXe siècle, les intellectuels bengalis critiquent le comportement de Râma envers Sîtâ. Même si les héroïnes sont en général des femmes dévouées à leurs époux (mais en même temps quid d'Andromaque ou de Pénélope ?) un certain nombre sont célébrées pour leur courage, leur intelligence (Savitri, Kunti, Draupadi, etc.) et sont révérées par les hommes qui les entourent. Enfin, si on veut parler de culture du viol, je rappellerais que la mythologie grecque, qui fonde notre culture, regorge de femmes abusées par des hommes... ce qui est l'apanage d'une culture archaïque et patriarcale, malheureusement très répandue sur Terre à l'époque.
Quelques remarques en ce qui concerne plus précisément l'article :
1- le Kâmasûtra me semble plus brandi par les Occidentaux que par les Indiens. Et c'est un traité des relations sociales avant tout.
2- En quoi les experts indiens auraient-ils moins de choses à dire qu'une blogueuse expatriée ??? Quel est ce mépris quasiment raciste à leur égard ? Si un étranger venait en France commenter un sujet de société français en discréditant aussi facilement les différents experts, tous crieraient au scandale. Mais quant il s'agit des Indiens, c'est normal...
3- si on remet dans son contexte le chiffre que cite l'auteure sur les abus, on s'aperçoit que le rapport auquel il appartient évoque souvent l'abandon, le problème des enfants des rues, du travail des mineurs etc, soit une population vulnérable. Ce rapport décompose d'ailleurs les enfants victimes d'abus sexuels entre ceux qui vivent dans la rue, les enfants déscolarisés ou au travail, ce qui représente autant de contextes de vie extrêmes. Mais l'auteure préfère insister sur ce chiffre de 53%... qui nivelle des réalités très différentes. Ce n'est pas pareil de grandir dans la rue ou dans une famille, à la campagne sans éducation ou ailleurs avec éducation, ouvrier dans le pauvre état du Bihar ou choyé au Kerala...
4- Pourquoi ramener tout à des références hindoues alors que le pays comporte l'une des plus fortes populations musulmanes du monde, quelques Bouddhistes et Jaïnistes ? Seuls les Hindous poseraient problème ?
Enfin pour une vision plus juste et nuancée, je conseillerais plutôt les articles de Tehelka http://tehelka.com/why-did-it-need-an-incident-so-unspeakably-brutal-to-trigger-our-outrage/ et http://tehelka.com/the-rapes-go-on-how-do-we/ (En même temps c'est vrai que ce sont des Indiens qui les ont écrits...)