France

Pour un Petit Paris

Deux Degrés, mis à jour le 08.03.2013 à 18 h 06

Pour l'agence d'urbanisme Deux Degrés, «l'Ile de France est la plus pourrie de toutes nos régions, et personne ne s'est demandé s'il était vraiment pertinent de faire encore grossir une métropole de 12 millions d'habitants, surtout quand on voit les problèmes que cela pose déjà.» Alors pourquoi ne pas opter pour un Petit Paris?

Station Chatelet en 2007. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Station Chatelet en 2007. REUTERS/Gonzalo Fuentes

La consultation sur le Grand Paris a eu le mérite de proposer aux élus un choix intéressant entre:

  • le diagnostic des économistes qui parlent sans cesse de concurrence mondiale, d'«impitoyable compétitivité» avec les grandes métropoles et qui se basent sur tout un tas de classement qui ont pour seul mérite de classer des trucs: nombre de scientifique, nombre de sièges sociaux par ville, etc. Les économistes ont effrayé les élus. Ils les ont convaincu que si Paris ne grandissait pas, Paris perdrait des places dans les classements.
  • le diagnostic des urbanistes qui rappellent que les conditions de vie de beaucoup trop de parisiens sont pourries: temps de transport, coût de la vie, qualité des logements, accès aux services, etc. Paris est saturé, il y a aujourd'hui trop de monde par rapport à ses capacités d'accueil.

Les élus ont choisi les deux options (ce qui veut aussi dire ne pas choisir). Un Paris encore plus grand, bourré de scientifiques et de PDG, mais aussi plus accueillant pour ses millions d'habitants et surtout pour les nouveaux. Raté. Un super métro et des parcs arborés ne suffiront pas. Il y aura certes des scientifiques et des PDG en plus à Paris, mais ils resteront embourbés dans leurs conditions de vie dégueulasses. Ce ne seront peut-être pas les plus à plaindre...

Afin de mieux comprendre la situation, il faut savoir décrypter ce que disent les urbanistes et les élus dans leurs documents de communication.

Si les élus permettront à Paris de conserver ses bonnes places dans quelques classements (PIB, brevets scientifiques, concentration de cadres de multinationales, etc), ils vont aussi gagner quelques années supplémentaires de schizophrénie urbaine. Suffit de voir la communication mise en place autour du Grand Paris pour comprendre la merde dans laquelle ils sont.

Amputer l'Ile-de-France de 2 ou 3 millions d'habitants

Vendre l'Ile-de-France sans montrer Paris et en misant tout sur la qualité de vie et le cadre vert de la région, c'est une faute professionnelle. Ce serait comme faire la promotion du PSG en vantant le palmarès du club en ligue 1 ces 15 dernières années mais sans parler d'Ibrahimovic.

Bref, le Grand Paris ne va pas rendre service à grand monde. Chez Deuxdegrés, comme on se fout des classements, nous avons décidé d'aider la capitale française en la réduisant, en aménageant un Petit Paris, une Ile-de-France amputée de 2 ou 3 millions d'habitants.

Si les élus veulent réellement une meilleure qualité de vie pour les franciliens, faîtes en sorte que certains partent la découvrir ailleurs et nous proposons de détruire les logements qu'ils vont abandonner. Ce magnifique projet sera détaillé dans un livre (Le petit Paris) disponible en avril 2013.

* * * *

Pour un Petit Paris: le sommaire détaillé

Introduction

Petit Paris, grosse problématique

L’Île de France est la plus pourrie de toutes nos régions. Personne ne s’est demandé s’il était vraiment pertinent de faire encore grossir une métropole de 12 millions d’habitants, surtout quand on voit les problèmes que cela pose déjà. Nous proposons donc une inversion de point de vue.

PARTIE I - LES RÈGLES DU JEU DE DÉMOLITION

Si nous reprenons les thèmes fondamentaux de l’urbanisme contemporain (qui sont aussi ceux du Grand Paris), on se rend compte qu’ils sont beaucoup plus pertinents pour déconstruire Paris que pour le développer.

Les transports

Les grandes infrastructures

On constate que finalement, tout ce que l’on arrive à faire ce sont des infrastructures de rattrapage de l’urbanisation. Pour contrecarrer cette tendance de fond, il n’y a guère que deux solutions : mettre le paquet ou laisser tomber. Nous avons envie d’insister sur cette seconde solution qui n’a peut être pas été considérée à sa juste valeur.

Mobilité « douce » ?

Dans le futur, l’usage de la grosse voiture individuelle se résumera à un épiphénomène, au fur et à mesure que la conscience des usagers s’élèvera vers un niveau minimal de spiritualité écologique. Pour les récalcitrants, ils feront partie des adeptes de ce que nous appelons les transports pas doux.

Nature en ville et développement durable

Priorité à la « nature en ville »

La nature est importante et, puisqu’il faut détruire des morceaux de Paris, elle va nous aider à légitimer tout ça grâce aux corridors écologiques et aux trames vertes.

Par-delà les éco-apparences

Nous, qui souhaitons de tout coeur sauver la planète, avons pris soin de vérifier la pertinence des différents écolos. D’un côté, l’emmerdeur qui donne des leçons en vendant des bouquins, de l’autre, celui qui met en pratique au quotidien le principe de sobriété sans le raconter sur facebook

Équilibres sociaux et mixité

Mixité sociale

Vous êtes une commune riche et vous avez du mal à dépasser 5% de logements sociaux en raison du manque de terrains disponibles ? Pour compliquer les choses, vos administrés ne veulent pas voir se construire de nouveaux logements sociaux. Soit ! Nous avons la solution : déconstruire les logements non sociaux en trop.

Espaces publics

Si nous sommes convaincus de l’idée que l’espace public est important et nécessaire, dans un contexte destructif, nous devons aller au bout des choses en déconstruisant les quartiers où il n’y a pas d’espace public.

Ruptures physiques

Au lieu de générer un tas de micro-barrières entre les bons et les mauvais usages, n’est-il pas préférable de changer d’échelle et de créer des zones de bons usagers, séparées des zones de mauvais usagers (…) une ligne de démarcation claire entre la zone des gens respectueux des règles et celle de ceux qui ne respectent rien (…) ils vivront de l’autre côté de la barrière et ils se démerderont entre mauvais.

Développement économique

Nouvelles hiérarchies des équipements

Notre perspective serait de réunir ces différents lieux où l’on regroupe la merde des uns et des autres, ces petits scatopoles, en une vaste scatopôle où l’on rassemblerait une bonne fois pour toute la merde de tout le monde, mais de manière organisée.

Nouvelles hiérarchies des comportements

Nous valorisons les villes « créatives » qui accueillent un ramassis d’artistes plus ou moins réussis. Pourquoi ne pas valoriser les cités comme des « villes autodidactes » ? Sachons reconnaître que leurs habitants savent se démerder sans l’aide de personne alors que les artistes, il faut les loger dans des ateliers longeant des rues garnies de galeries et d’équipements culturels.

 

PARTIE II - POUR UNE MÉTROPOLE STIMULANTE

Les préoccupations de l’urbanisme contemporain ne suffisent pas pour créer des villes intéressantes… peut-être parce qu’on ne se pose pas les bonnes questions.

La ville chiante

Un monde enchianté

L’urbanisme, aujourd’hui, c’est un peu comme les chatons. Doux mais feignant. Attendrissant mais pas très utile. Mignon mais lassant.

La ville carrément chiante

Pour faire de l’ennui un service public honorablement satisfait, il faut l’organiser et donc le chiant et la quiétude, ça s’aménage. Le problème est que les urbanistes ont une posture très ambiguë sur cette question, peut-être parce qu’ils n’arrivent pas à envisager, encore moins à assumer, le fait de considérer l’emmerde comme une ressource.

La ville bandante

L’enseignement de Las Vegas… de Cancun, de Macao, d’Amsterdam

Le fait que beaucoup plus de villes dans le monde soient renommées pour la fonction « se divertir » plutôt que pour la fonction « se faire chier » devrait davantage nous alerter.

La ville bandante : applications

La ville bandante repose sur la capacité d’un lieu à mettre à disposition du public un objet de désir ou de stimulation, à rendre possible son utilisation et à en tirer quelques bénéfices. Pour la ville, comme pour ses usagers.

La ville serpillière

Et si l’urbanité était souillonne ?

L’histoire de l’urbanisme, c’est essentiellement l’histoire de la mise en ordre, de l’organisation spatiale de la ville, à la limite de son embellissement. (…) Mais pourquoi n’a-t-on jamais envisagé que l’urbanité soit souillonne, ne serait-ce qu’aux entournures ?

Aux serpillières citoyens !

Le nettoyage à la serpillière doit permettre de gérer la déviance sans la supprimer. La ville serpillière entend être respectueuse de sa propre identité urbaine. Et ce, dans toutes ses dimensions, y compris celles qui sont habituellement décriées, rejetées, niées, annihilées. Toute la dialectique nuisances-aménités doit être repensée dès lors que l’on considère les nuisances urbaines comme ayant tout de même quelques qualités et les « aménités » comme étant aussi un inépuisable gisement d’ennui.

Grumeau urbain

Fluidité à toutes les sauces

L’urbanisme contemporain a la prétention de rendre toute la ville intense et dynamique. C’est pour nous le meilleur moyen de se faire chier uniformément et modérément partout.

Grumeaux et ruptures

Comme prévu, les grumeaux sauvèrent Paris et tout le monde vécu heureux.

FIN.

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