Que signifie le «Indépendants» de l'UDI?

Jean-Louis Borloo et les fondateurs de l'UDI (UDI).

Jean-Louis Borloo et les fondateurs de l'UDI (UDI).

Le troisième élément du sigle du parti dirigé par Jean-Louis Borloo permet de le situer avec une précision extrême sur l'échiquier politique: il symbolise une mouvance qui cherche à sortir du giron d’un voisin jugé trop encombrant et surtout, trop à droite.

Un acronyme nouveau a débarqué dans le landerneau politique depuis le 18 septembre dernier. L’UDI (Union des démocrates et indépendants) est un patchwork saisissant qui réunit beaucoup de déçus, ceux qui refusent la droitisation de l’UMP ou qui déplorent sa guerre des chefs, ceux qui regrettent l’attitude éternellement centriste du MoDem et quantité de petits partis: le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, le Nouveau centre d’Hervé Morin, la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, etc.

Comment baptiser un ensemble aussi disparate? Où trouver un nom susceptible de rassembler, de faire une place aux différentes tendances réunies au sein du parti? C’est une gageure… et le résultat n’est pas mauvais.

L’expression «Union des Démocrates» fait furieusement référence à feu l’Union pour la Démocratie Française (UDF): pourquoi s’en priver? Et puis, c’est sûrement un hasard, mais l’expression emprunte aux partis situés à la droite et à la gauche de l’UDI: l’Union pour un mouvement populaire et le Mouvement démocrate. Pas idiot pour un mouvement qui doit ratisser large pour se faire une place sur l’échiquier politique.

Un mot qui situe sur l'échiquier politique

Une Union des Démocrates n’est néanmoins pas encore un programme politique. On en reste à un assemblage disparate.

Le message politique du parti est plutôt dans le mot ultime: Indépendants. Un mot précis, un message politique clair, n’en déplaise à Nicolas Domenach, qui déclarait, le 19 novembre, dans l’émission Mots Croisés sur France 2, que «l’UDI est quand même un ovni dans le paysage politique français parce qu’on ne sait pas ce que c’est que le "I" de UDI [les Indépendants, précise Yves Calvi]. Oui, mais alors, c’est un tout petit "i".»

Et Chantal Jouanno, vice-présidente de l’UDI, d’abonder dans le sens de Nicolas Domenach: les Indépendants seraient ces acteurs politiques non alignés, sous-entendus indépendants des grands partis, libres d’esprit.

Pas du tout. Sauf votre respect, madame la ministre et sénatrice, voilà un mot qui signifie tout à fait autre chose, et qui véhicule l’ensemble de votre discours politique. Il suffit de prononcer le mot Indépendants pour vous situer avec une précision extrême sur l’échiquier politique. Oui, rien que ça.

Sortir du giron d'un voisin trop à droite

De la IIIe République à l’émergence de l’UDI, l’expression «Indépendants» apparaît à plusieurs reprises: les Républicains indépendants de la fin du XIXe siècle sont les ralliés catholiques au régime républicain qui s’affranchissent de la droite conservatrice et monarchiste; le groupe parlementaire des Républicains indépendants et d’action sociale s’oppose en 1936 à la nouvelle et très droitière Fédération républicaine. Il se fond dans le Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP) en 1949, dont feront scission en 1962 les Républicains indépendants (encore eux) de Valéry Giscard d’Estaing.

A chaque fois, le même scénario se répète: les Indépendants cherchent à sortir du giron d’un voisin jugé trop encombrant et surtout, trop à droite.  Cette règle ne souffre qu’une exception, le CNIP, qui se démarque lui du MRP, son voisin démocrate-chrétien et centriste. Mais au sortir du second conflit mondial, la droite dure n’a pas bonne presse et les Indépendants occupent le terrain de la droite modérée.

Vous cherchiez le positionnement et la ligne politique de l’UDI, monsieur Domenach? Les «Indépendants» vous les fournissent en un clin d’œil. Des Indépendants de 1898 à ceux de 2012, une ligne politique similaire est défendue: une gestion parcimonieuse des comptes publics, un libéralisme économique assumé et revendiqué, le libre-échange, et à partir des années 1950, l’Europe [1] (Antoine Pinay signe le traité pour la création d’une Communauté européenne de défense dès 1952, cinq ans avant la signature des traités de Rome). Voilà qui rappelle furieusement le Parti républicain, tiens.

Ca tombe bien, le nom complet du parti issu de l’ancienne formation politique de VGE est Parti républicain et républicain indépendant. Les dirigeants de l’UDI avaient donc le choix entre Indépendants et Républicains. L’Union des démocrates et républicains, ça fait un peu ovni, avouez…

La Terre bouge

[1] Le CNIP a poursuivi une ligne politique plus droitière dans les années 1990, notamment à travers la création de La Droite Indépendante (LDI) en lien avec le Mouvement Pour la France (MPF) dans la perspective des élections législatives de 1998. Revenir à l'article

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