- REUTERS/Toby Melville. -
«En France, 23% des jeunes sont pauvres», titrait Le Monde dans son édition datée du mardi 4 décembre. «…Et 50% des seniors sont riches», aurait pu ajouter le journal du soir.
Que signifie aujourd’hui être jeune? Appartenir à une certaine tranche d’âge? Présenter un certain état d’esprit? Non, être jeune en France aujourd’hui, c’est appartenir à une position sociale: celle des «sans place fixe» (SPF).
«On ne sait pas à quel âge commence la vieillesse comme on ne sait pas où commence la richesse», notait l’économiste italien Vilfredo Pareto. Et la jeunesse, comment la définir?
On la définit généralement par des tranches d’âges. Celles-ci varient toutefois avec le temps: il fallait par exemple avoir moins de 26 ans dans les années 1990 pour faire partie des jeunes RPR, moins de 35 ans au début des années 2000 pour appartenir aux Jeunes Populaires (les jeunes de l’UMP) et l’âge limite est de 29 ans désormais!
En outre, les tranches d’âge sont subjectives. D’après une étude de l’Apec, les juniors considèrent qu’on reste un jeune cadre jusqu’à 32 ans; pour les seniors, c’est jusqu’à 46 ans!
La jeunesse est également décrite comme un état d’esprit. La jeunesse n’est pas une période de la vie, mais un effet de la volonté, déclarait le général MacArthur:
«Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille.»
Les essayistes François Bégaudeau et Joy Sorman prolongent cette approche dans leur ouvrage Parce que ça nous plaît (Larousse, 2010). Pour eux, la jeunesse consiste à partager un ensemble de valeurs et de pratiques: faire la fête, être dans l’excès, ne pas faire attention à ce qu’on mange, etc. Autrement dit, soit on a la «jeune attitude», soit on ne l’a pas.
Pour mériter l’appellation d’origine contrôlée de «vrai» jeune, il faudrait donc respecter certains principes comme ne jamais regarder la météo avant de sortir, ne pas appeler la police quand les voisins font du bruit ou encore faire la fermeture des bars. Question: quelle est l’autorité de surveillance qui décernera ce label?
Du fait de la montée des inégalités intergénérationnelles, une troisième définition de la jeunesse est en train d’apparaître. Être jeune en France en 2012, c’est appartenir à une drôle de position sociale: celle des relégués économiquement, des marginalisés politiquement et des méprisés culturellement. Bref, c’est faire partie des «sans place fixe» (SPF).
Curieusement, c’est Sartre qui en parle le mieux. Il suffit de relire ses Réflexions sur la question juive (qui datent de 1946) et de remplacer le mot «juif» par «jeune». Cela donne ceci:
«Le jeune, aujourd’hui, c’est celui que la société ne cherche pas à intégrer. Les jeunes sont nos boucs-émissaires préférés pour expliquer les maux de la société et localiser en eux tout le mal de l’univers. Tout ce que font les jeunes se retourne contre eux. Si les jeunes n’existaient pas, la société les inventerait! Car mépriser les vertus de la jeunesse est facile! Traiter les jeunes comme des êtres inférieurs, n’est-ce pas une façon commode de rehausser par contraste notre image? Pour les dévaloriser autant, il faut croire qu’ils nous font bien peur et que nous manquons terriblement de confiance en nous! Être anti-jeune en un mot, c’est la peur devant la condition humaine.»
C’est nous qui avons fait naître le problème des jeunes, c’est nous qui les poussons à se penser jeunes et à vouloir rester entre eux, c’est nous qui les contraignons à rester jeunes malgré eux. Ce n’est donc pas la culture jeune qu’il faut supprimer, mais la pensée anti-jeune.
Or, être anti-jeune n’est pas une opinion isolée mais un choix global de société. Cette pensée ne saurait exister dans une société sereine, ouverte et ayant une vision positive de son avenir. Dans une société confiante en elle-même, la marginalisation de la jeunesse n’aura plus aucune raison d’être. Notre société sera injuste tant qu’un jeune se sentira mal accueilli par ses aînés.
Alors que le jeunisme imprègne notre société, comment expliquer cette mise à l’écart de ceux n’ont besoin ni de crèmes ni de chirurgie plastique pour être jeunes? Et pourquoi tant de clichés sur la «génération Y»?
Tout simplement parce que déconsidérer la jeunesse est une stratégie de distinction des adultes face à l’arrivée de jeunes concurrents, aussi bien sur le marché du travail que sur le marché matrimonial. Pour marquer leur territoire, les animaux urinent; les êtres humains propagent des clichés!
Pour justifier les inégalités intergénérationnelles et la faible place laissée aux nouvelles générations, il n’y a rien de mieux en effet que les poncifs: les jeunes sont excessifs, instables, démotivés, etc. On retrouve le bon vieux principe «Qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage». La relégation des plus jeunes est ainsi légitimée par leur comportement délétère, mis en avant par les médias à partir de quelques cas extrêmes.
Bref, de même que c’est l’antisémite qui fait le juif selon Sartre, c’est la société qui fait le jeune à travers l’absence de place qu’elle lui laisse. Dès lors, comment s’étonner que jeunesse rime avec tristesse et retraite avec fête? C’est entre 60 et 70 ans que les Français se déclarent les plus satisfaits de leur existence. Notre pays est d’ailleurs celui où l’écart de satisfaction entre les jeunes et les seniors est le plus élevé, si l’on en croit une enquête de la Fondation pour l’innovation politique.
Un proverbe yiddish disait «Heureux comme Dieu en France». On peut désormais le remplacer par «Heureux comme vieux en France»!
Denis Monneuse
jeune et fils de riche, opposé à jeune et de famille modeste - aurait pu faire ressortir des observations intéressantes -
jeune et diplômé, opposé à jeune sachant à peine lire et écrire ne vous a pas non plus beaucoup soucié
jeune et mis sur des filières où sont reproduites les différences sociales, par la simple ségrégation par le domicile et l'argent des parents ne vous a pas non plus effleuré -
penser que la période actuelle ne fait qu'exacerber tout cela n'est pas non plus de votre village - ou je me trompe ...
Merci Slate - vos approximations psycho-socio-culturelles m'ont bien éclairé -
Devenir vieux et riche. Alors que le vieux sait qu'il ne redeviendra jamais jeune et n'a donc plus pour horizon que la crainte de redevenir pauvre. :)
Plus sérieusement et pour reprendre une formule de l'auteur "Pour marquer leur territoire, les animaux urinent; les êtres humains propagent des clichés!", j'ai quand même le sentiment que Denis Monneuse marque avec beaucoup d'énergie son territoire, en particulier lorsqu'il
relit les Réflexions sur la question juive de Sartre et remplace le mot «juif» par «jeune».
Être jeune en France en 2012, c’est appartenir à une drôle de position sociale: celle des relégués économiquement, des marginalisés politiquement et des méprisés culturellement.
Vous pouvez aussi rajouter que c'est maintenant la même chose pour les 45 à 60 ans.
Et je suis d'accord avec Volodia, votre 'jeune' est un fourre-tout avec d'énormes raccourcis.
La libre pensée doit exclure toute forme d'institution, et c'est seulement à cette condition, que le monde peut s'ouvrir aux jeunes, aux nouvelles idées.. Mais il est trop confortable pour les cercles de rester en cercles... Résultat, ce sont toujours les mêmes qui s'en foutent plein les poches..Mais il ne faut pas le dire. attention si vous êtes trop honnête ! alors on préfère pleurnicher éternellement dans des articles comme celui-ci ! Et la Jeunesse qui s'émerveille et qui voit ce que les vieux n'ont pas vu, allez ouste !!!!
mis à part que l'analyse relève plus de la facilité que du sérieux scientifique dont est censé faire preuve un sociologue, il serait intéressant de savoir ce que propose le dit sociologue pour solutionner ce problème. La citation de Sartre, elle aussi, va à la facilité....
j'ai été choqué des chiffres eurostat sur le taux de pauvreté chez les 18/24.Ceci dit :
La retraite médiane : 1200 E pour les hommes et 900 pour les femmes.
Les retraités français sont tous opulents, c'est bien connu !
Il faut cesser cette façon imbécile d'opposer les générations!
Un des maux français est que la "jeunesse" a toujours été + ou - marginalisée et que la "vieillesse" (+ de 50 ans!) est aujourd'hui une maladie honteuse!
Quand aux hypothèses formulées, Petit proverbe chinois : " quand le maître montre la lune, le benêt regarde le doigt".
http://kafenio.over-blog.com/
Alors un petit détail les retraités actuel font partis d'une génération qui a profité d'un très bon accès à la propriété avec des taux de remboursement bas entre autre.
Donc bon personnellement la génération qui a investit massivement dans la pierre plutôt que dans l'activité économique et qui à fait exploser les prix du logement durant les années 90-2000 je les plaint pas trop...
Les chiffres de l'insee montre ça très bien.
http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/ECOFRA11c_D1Ineggene.pdf
Avec les retraites que beaucoup ont, je n'ai pas de doute, c'est FAUX !
gbenichou donne l'info :
La retraite médiane : 1200 E pour les hommes et 900 pour les femmes.
Ça, c'est pour ceux qui sont vernis, car je connais des retraités qui ne les ont pas, loin de là !
J'ai entendu il y a 2 ou 3 ans une retraitée dire à des élus :
je ne chauffe pas tout l'appartement (hlm), car je n'en ai pas les moyens, je ne chauffe que le salon dans lequel je vis, la cuisine lorsque je fais à manger, la salle de bain lorsque je vais me laver, les autres pièces ne le sont pas les portes sont fermées et je n'y vais que lorsque j'ai besoin de quelque chose.
Les élus étaient ébahis d'entendre ça, cela prouve une fois de plus qu'ils sont à la traîne de ce que vivent leurs administrés !
Je reviens sur les "stratégies de distinction".
C'est du Bourdieu paraphrasé et surtout mal digéré !
Ici ce serait plutôt de la différentiation, ou de pouvoir...
même le vocabulaire est approximatif !
Je pense que les réactions suscitées par cet article prouvent pour certains que la majorité ne voit pas ou ne veut pas voir la réalité de la domination d'une génération relativement âgée sur les plus jeunes actuellement en France.
Ce n'est pourtant que très logique. Les vieux sont plus nombreux (baby-boom), ils font partie d'une génération ou on devait tout oser (mai 68 et post-68) et il est très humain de ne pas vouloir lâcher les positions dominantes qu'on a acquis, or, ils étaient là avant...
Regardez la classe dominante, en politique, dans les entreprises, la majorité de l'électorat, beaucoup de vieux. S'attendre à ce qu'ils favorisent les jeunes spontanément, c'est comme s'attendre à ce que l'Eglise considère mieux les femmes. Tant qu'il n'y en aura pas dans les instances dirigeantes, c'est peine perdue.
En 1975, les salariés de cinquante ans gagnaient 15% de plus que ceux de 30 ans ; aujourd’hui l’écart est de 40%. Tout est dit.
Bien sûr ceci est une généralité et si on va dans les détails, on trouvera des vieux très pauvres (les restos du coeur ne vous diront pas le contraire) et des jeunes très riches. Mais globalement on assiste dans un très grand nombre de cas à cette anomalie qui veut que des parents retraités gagnent mieux leur vie que leurs enfants qui travaillent.
Face à cette situation les vieux agissent différemment. Certains en usent et en abusent, d'autres culpabilisent comme c'est le cas dans ma famille (c'est tout une course de sauts d'obstacles pour échapper à mes parents qui me courent après, leur chéquier à la main). Mais qui a l'argent a le pouvoir. Même lorsque les vieux essaient de ne pas en abuser, c'est infantilisant de recevoir de l'argent de la main de ses parents qui cherchent à réparer une injustice plutôt que d'être rétribué à sa juste valeur en entreprise pour son travail.
Je me souviens toujours de mon parcours dans une association de recherche d'emploi (malgré mon diplôme Bac + 5 mon insertion professionnelle a été TRES chaotique. Petit clin d'oeil à MauriceLesGrand, l'appart pas chauffé en hiver, je connais). Il existait une incompréhension entre une génération de 45 à 50 ans désespérés d'être mis à l'écart du monde du travail si tôt et la mienne terrorisée à l'idée de ne jamais y entrer.
Je suis assez fataliste face à cet état de fait, je ne vois pas bien ce qui pourrait inverser la tendance.
Léodie 35 ans
cette opposition (haine?)entre les les générations est une tragique spécificité franco franchouillarde. Allez donc voir ailleurs, en Europe comment ça se passe!
Sans meme parler des cultures ou "les vieux" ont un vrai rôle social et sont très respecté.
Quand on est en situation d'échec, il faut se demander, d'abordquelle est sa propre part de responsabilité !
gbenichou
Si vous avez vu de la haine dans mon message c’est que vous êtes de mauvaise foi. Quant à l’opposition entre générations, j’ai dû mal m’exprimer.
En effet je précise que si les vieux vampirisent actuellement les jeunes ce n’est pas parce qu’ils sont intrinsèquement mauvais, mais parce qu’ils sont nombreux, sont le fruit de leur époque et possèdent les défauts d’un être humain normalement constitué, à savoir ne pas lâcher une position dominante une fois qu’elle est conquise. Si les gens de ma génération étaient nés à leur époque, je suis bien persuadée que la situation serait la même.
Si l’opposition stérile des générations n’apporte rien et je ne m'en fais pas l'avocate, le déni de réalité non plus. Or il y a 10 messages sur cette page, et pas grand monde qui ait l’air de se rendre compte de la situation, d’où ma réaction.
Là il faudrait proposer des solutions mais à part l'action individuelle et associative, je n’ai pas des masses d’idées plus globales pour faire avancer le shmilblick.
Par ailleurs, je suis allée voir ailleurs en Europe (et même au-delà) et n'ai pas remarqué que la situation était franchement meilleure. Différente certes, mais cet auto-dénigrement qui affecte la France depuis quelques années me fatigue. Nous avons nos spécificités et nos problèmes mais ne voyons pas l'herbe toujours plus verte ailleurs, elle ne l'est pas.
Pour finir, si je déplore certains aspects de la situation actuelle, je ne me considère pas pour autant "en situation d'échec" merci pour moi, ma vie entière ne se résumant heureusement pas à ma situation matérielle.
Bonjour,
Votre article est bien optimiste..........pour les anciens ! Vous parlez d'une majorité pas si importante que cela ...
Sans ostentation il convient de marquer néanmoins les éléments suivants sous peine d'état béat en journalisme tout juste objectif :
1 - Un million de retraités sous le seuil de pauvreté
Il y a bien près de 600 000 personnes âgées qui touchent un minimum vieillesse, mais celui-ci est inférieur au seuil de pauvreté, qui est de 900 euros. D'autant que l'analyse des niveaux de vie des retraités intègre d'autres composantes que la pension (activité éventuelle, patrimoine, etc.), même si les pensions représentent la plus grosse partie des revenus des retraités (en moyenne 80 à 85% des revenus totaux).
Selon les données de l'Insee, il y a en fait 990 000 personnes de 65 ans et plus vivant sous le seuil de pauvreté en 2007.
2 - Le niveau de vie des retraités s'est amélioré sur les 30 dernières années
De fait, le taux de pauvreté des retraités a, en réalité, baissé de manière continue depuis les années 1970, notent le COR et l'Insee.
En réalité, le niveau de vie moyen des retraités est aujourd'hui proche de celui des actifs, souligne un document du COR : 21 540 euros par an en 2006 contre 21 760 euros pour les actifs occupés.
3 - Mais le nombre de retraités pauvres ne diminue plus
Comme l'ont souligné de nombreux commentaires et témoignages sur ce blog, la situation des retraités pauvres demeure alarmante.
Bien à vous