- Un manifestant côté italien, en 2005. REUTERS/Stefano Rellandini -
Le 3 décembre, l’infrastructure de transport la plus chère de notre pays, le Lyon-Turin, va faire l’objet d’un sommet franco-italien.
Face au volontarisme politique affiché, le Lyon-Turin apparaît comme une dépense très importante remplissant mal trois fonctions essentielles: transporter des personnes et des marchandises pour un coût raisonnable, lutter efficacement contre le réchauffement climatique, enfin créer de l’emploi et renforcer notre économie.
Explications.
Le projet Lyon-Turin est déraisonnable parce qu’il se caractérise par un coût extrêmement élevé (26 milliards d'euros) et par des trafics captés faibles. En novembre dernier, la Cour des comptes a rendu un avis réservé sur le projet rappelant que les coûts prévisionnels sont «en forte augmentation», les prévisions de trafic sont «revues à la baisse», et la rentabilité socio-économique du projet est «faible».
Dans la bouche de la Cour des comptes, «faible» est un doux euphémisme. On pourrait noircir le tableau en indiquant que le Lyon-Turin devrait être 2 fois plus cher que le tunnel sous la Manche pour un trafic 5 fois moins important. Autrement dit, si vous avez été échaudé par la rentabilité du tunnel sous la Manche, celle du Lyon-Turin promet d’être bien pire.
Pour comprendre la faiblesse des trafics du Lyon-Turin, il suffit de regarder la géographie européenne. Ce projet intéresse les populations des régions Rhône-Alpes et Piémont, soit environ 10 millions d’habitants, guère plus.
Au-delà, un voyageur a toute les chances de continuer à se déplacer en avion tant ce mode de transport est compétitif. En comparaison, le tunnel sous la Manche a permis de relier Paris et Londres, les deux plus grandes villes d’Europe, et ce projet intéressait aussi Lille, Bruxelles et d’une façon générale le sud de l’Angleterre. On peut aussi noter que le Lyon-Turin serait la 5e ou 6e infrastructure d’envergure reliant l’Italie au reste de l’Europe, ce que ne manque pas de rappeler la Cour des comptes en évoquant la concurrence des tunnels suisses, alors que le tunnel sous la Manche est unique. En conclusion, le Lyon-Turin ne pourra pas compter sur des trafics mirobolants venant justifier un investissement aussi important.
En matière de réduction du CO2, toutes les solutions ne se valent pas. Certaines peuvent conduire à une forte réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, et d’autres à pas grand-chose, et ceci pour une même dépense.
Le rendement de la dépense publique doit être regardé de près. Sur cette question, la principale alternative au Lyon-Turin consisterait à isoler les logements. En France, le besoin est immense puisque nous avons un des parcs qui consomme le plus en Europe, avec en outre un nombre croissant de ménages éprouvant des difficultés à faire face à leur charge de chauffage.
Même si cette analyse comparative n’est pas simple, selon nos calculs, un euro investi en rénovation thermique devrait permettre d’économiser environ 10 fois plus de CO2 que le même euro investi dans le Lyon-Turin. Avec un budget équivalent au Lyon-Turin, plusieurs millions de logements pourraient être isolés en France. Quoi qu’en dise ses promoteurs, la conclusion est que le Lyon-Turin est peu efficace pour réduire les émissions de CO2. Le coût des tunnels y est bien sûr pour quelque chose.
Quant à la pollution locale dont sont responsables les poids lourds dans les vallées alpines, il semble là aussi y avoir d’autres solutions plus intéressantes. Premièrement, la Cour des comptes propose «de ne pas fermer trop rapidement l’alternative consistant à améliorer la ligne existante».
Sage conseil quand on sait que les prévisions de trafic ont diminué et qu’on peut repousser les horizons de saturation du réseau.
Autre solution, l’autoroute de Maurienne est toute jeune (1998) et reste relativement peu utilisée. Une technologie prometteuse, actuellement testée en Allemagne, consiste à électrifier le transport routier de marchandise grâce à l’installation d’une caténaire au-dessus d’une voie de l’autoroute (autoroute électrique). Ainsi, on n'a plus de pollution locale.
Comparativement au Lyon-Turin, le coût de cette solution est marginal. Aucun tunnel n’est à construire, on se contente d’utiliser une autoroute mitoyenne et peu utilisée de surcroît.
Il est vrai que les infrastructures de transport contribuent en général aux échanges et à la croissance. Mais pas à n’importe quel prix.
Le kilomètre de voie du Lyon-Turin revient à plusieurs fois ce qu’il est habituel de constater dans les projets ferroviaires. Mais surtout, il ne semble pas que ce traitement corresponde actuellement au besoin de l’économie française, confrontée à un choc de compétitivité industrielle sans précédent. Aujourd’hui, la bonne maxime économique pour notre pays n’est pas «Quand le BTP va, tout va» mais «Pas d’avenir sans industrie». Tous les économistes ou presque seront d’accord avec cette analyse.
Le problème des travaux publics est qu’une fois terminés, les emplois s’en vont, comme les hirondelles. On l’a bien vu en Espagne. Ces dernières années, ce pays a massivement investi dans les travaux publics (autoroutes, TGV, aéroports...), au point par exemple que l’Espagne compte aujourd’hui un réseau TGV plus important que celui de la France. Ces investissements n’ont pas eu d’effets structurels sur l’économie, une fois les chantiers terminés, le taux de chômage espagnol est remonté en trois-quatre ans de 9% à 25% de la population active.
L’enjeu est bien de renforcer notre compétitivité industrielle, très sérieusement challengée. L’argent du Lyon-Turin pourrait être beaucoup plus utile s’il était consacré à la recherche et au développement de filières industrielles d’avenir.
Prenons l’exemple de Grenoble, non loin de là. Au cours des vingt dernières années, l’Etat et les Collectivités ont investi 2 à 3 milliards d'euros pour aider au développement de la filière microélectronique. Aujourd’hui, cette filière maintient environ 30.000 emplois localement. La vallée de la Maurienne renforcerait bien plus son économie si on l’aidait à conserver une filière industrielle, comme par exemple l’électrométallurgie. Et ceci serait possible avec 100 ou 200 millions d’euros. Les élus locaux ne doivent pas se tromper de stratégie économique.
Ni les besoins de nos concitoyens en matière de transport, ni la lutte contre le réchauffement climatique, ni enfin la recherche d’une stimulation keynésienne de notre économie ne justifient de dépenser 26 milliards d'euros dans le projet Lyon-Turin.
Brieuc Bougnoux
Car mirobolant, insuffisant ne veulent rien dire.
Il serait intéressant de publier les chiffres sur lesquels sont basé le projet, son business plan pour ensuite en établir, éventuellement, un plus argumenté en cas de négligences, erreurs voir de manipulations.
C' est ce que j' appelle un journalisme responsable, mais cela demande plus de travail que d' être contre.
Encore un(e) qui demande des chiffres plutôt que du houhaa. Ca devient un véritable fléau sur slate.fr!
Un qui préfère des faits, des chiffres, du concret afin de pouvoir comparer effectivement les pours et les contres de la façon la plus objective possible plutôt que d 'opter pour les réactions d' opinions, de parti- pris, de jugements subjectifs.
Un bilan vérifiable est naturellement moins attrayant qu' un Houhaa, j' en conviens, ce qui fut d' ailleurs l' objet de ma modeste contribution. Q. e. d.
Mais nous sommes parfaitement d'accord! Excusez-moi si je m'exprime en humour franglais!
Imagine-t-on une société réussir à lever un capital pour une telle folie ?
Faire des Européens les actionnaires contraints rend les choses possibles ... la violence et la coercition apparaissent toujours plus efficace que la liberté et la force de conviction.
Mais sans liberté, sans arbitrage du marché il est IMPOSSIBLE de dire si cet investissement peut être profitable.
Face à l'arbitraire, aux oukases rien n'est défendable, et on voit bien que l'arbitraire dans la constitution du capital, entraîne l'arbitraire dans la réalisation ... quand la tyrannie est en marche ...
Peut-on espérer voir s'arrêter pareille folie ... la lutte de tous ceux qui pensent que liberté et état de droit sont indissociable s'impose plus que jamais
Comment la ligne Lyon-Turin peut-elle couté deux fois le prix de l'Euro-tunnel ?
Un tunnel sous marin, c'était un truc qui avait jamais été fait à une telle échelle, un vrai challenge industriel, Les gens qui ont travaillé dessus peuvent être fier du travail accompli.
Mais un tunnel à travers une montagne, ça fait quoi 200 ans que c'est banal ?
Sans dire que c'est à la portée du premier crétin venu. je vois pas ou seraient les difficultées techniques, vu le nombre de fois où ça a déjà été fait que ce soit pour des autoroutes ou des trains.
Mon petit doigt me dit qu'il y a des intermédiaires qui doivent se remplir les poches au passage
@ Un_âne_qui_passe
La grande différence entre l'Eurotunnel et le Lyon-Turin, c'est que l'Eurotunnel avait été entièrement financé par des centaines de milliers de petits épargnants à qui il avait été vendu comme le "projet du siècle" et dans lequel ils ont tout perdu, dans un scandale digne du scandale de Panama, tandis que la facture du Lyon-Turin, si le projet devait aboutir, serait présentée aux contribuables.
Cordialement.
@Marianne : J'étais parmi "les petits épargnants" mais je n'ai pas tout perdu. D'ailleurs j'y pensais ce week-end, en Eurostar de retour de Londres, que mes 200€ (sur lesquels j'ai gagné 10€) étaient bien investis!
Vous pouvez faire confiance aux acteurs du projet pour terminer a 40 Milliards d'euros... Encore que s'ils font aussi bien que l'EPR, ce sera plutot 60...
...Autre question: A t'on prevu de faire du PPP (Partenariat Public Prive). Ca coute 3 fois plus cher, mais ca rapporte beaucoup plus au Prive et aux banques (pauvre contribuable!...),
Bonjour! Merci pour cet article clair et efficace. A quand un article sur la répression des contestations No-TAV à Lyon et en Italie?
il faut en effet des chiffres et des preuves, un profil facebook les donne de façon très claire et permet de comprendre les enjeux.
https://www.facebook.com/pages/Diaporama-Lyon-Turin-Les-preuves-en-
Main/189085447895773
une seule chose toutefois, ces chiffres auraient dû être révélés par RFF et non pas des individus qui l'ont fait sur leur propres fonds.
prenez en connaissance et appréciez par vous mêmes.
en résumé, les marchandises qui circulent sur lyon turin sont en 2010 inférieures à celles de 1988, la ligne existante permet de transporter les marchandises d'un million de poids lourds, la pollution en région savoie et hte savoie provient à près de 90% des voitures et poids lourds régionaux, la ligne utilisée en suisse aujourd'hui a un dénivelé de 900 mètres contre 700 m pour la ligne du montcenis, les suisses ont fait en trente ans sur le rail + 8 millions de tonnes RFF nous en annonce en 15 ans + 35 millions de tonnes.......
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les commissaires enquêteurs ont déjà statué sur des dossier dépendant du lyon turin avant d'y revenir pour donner le même avis...
le vice président du TA de grenoble aurait pris une position avant même d'être saisi il serait donc visé par une suspicion légitime.
La Cour des Comptes a validé tous les chiffres et analyses des opposants français et italiens en s'appuyant sur les rapports de l'inspection générale des finances, de la direction du trésor du conseil général des ponts et chaussées...
pour finir elle conclut comme tout le monde que les prévisions ont été surévaluées depuis 20 ans et se sont révélées fausses la seule réponse du premier ministre étant : il est difficile de faire des prévisions mais on a respecté les règles de l'art...
les chiffres on les a tous par contre les promoteurs se contentent de formules incantatoire du style la grande europe et le maillon manquant.
bien cordialement
et ben c'était plutôt calme sur l'autoroute, comme chaque fois
il n'y a pas vraiment foule sur ce trajet, même les camions n'étaient pas nombreux.
alors l'intérêt de cette ligne me laisse songeur
C'est scandaleux. Hollande a signé sans réfléchir au projet et maintenant nous avons tous une facture de 26 milliards d'euros à payer. Génial. Le pays s'enfonce dans la crise et la dette, malgré tout nos chers dirigeants n'ont de cesse que de sacrifier leur pays en le saignant à blanc à coups de projets insensés et inutiles. En plus TOUT LE MONDE sait que le chantier Lyon-Turin va, du côté italien surtout, libérer dans l'atmosphère les tonnes d'amiante que la montagne contient. C'était bien la peine de légiférer contre elle pour en arriver là. Ce n'est pas une question de "réchauffement climatique" (LOL !). Je maintiens que ce sale coup a été voulu suite à la pression des industriels du bâtiment, qu'on aurait préféré en effet voir travailler à la mise aux normes thermiques de nos maisons et immeubles.