Le match Copé-Fillon n'est qu'une demi-finale

François Fillon et Jean-François Copé Philippe Wojazer / Reuters

François Fillon et Jean-François Copé Philippe Wojazer / Reuters

La campagne pour l’élection du président de l’UMP s’achève, le résultat du vote est imminent. C'est l’occasion de tirer cinq enseignements en guise de bilan.

1. Jean-François Copé est un brillant tacticien. L’ancien ministre du Budget de Dominique de Villepin vient de la droite libérale, fille du Nouveau management public et du monétarisme. Il a pourtant fait toute sa campagne sur les thèmes de la droite sécuritaire et sur une ligne non pas de droitisation —il y a plusieurs droites très différentes les unes des autres— mais bien de frontisation. Il s'agit de la reprise systématique des diagnostics du Front national, pour leur apporter ensuite des réponses républicaines, quitte à propager une vision fondamentalement raciste de la société française.

Ce faisant, il a pu fixer le débat sur le thème de la «droite décomplexée,» label qu’il s’est empressé de préempter. Il est ainsi parvenu à mettre François Fillon en difficulté, au point que ce dernier ait du passer un bon quart d’heure, lors de leur débat télévisé, à répéter qu’il était bien de droite. En outre, on observera que Jean-François Copé a réussi à faire siennes les méthodes de Nicolas Sarkozy, en particulier sa valse à quatre temps sur la stigmatisation des Arabes, directement reprise de la rhétorique sarkozyste de jadis autour du «karcher.»

2. François Fillon est profondément gaulliste. On savait déjà du fait de l’identité de ses mentors, Joël Le Theule et Philippe Séguin, qu’il appartenait à la droite sociale, périphrase du gaullisme. Certes, il fit l’essentiel de sa campagne sur les thèmes de l’incurie du gouvernement socialiste et de l’extrême gravité de la crise des finances publiques. Il garda ainsi ses habits d’avocat de la politique d’austérité endossés dès 2007 –«je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite»–, qui évoquent davantage la rigueur de Raymond Barre que le keynésianisme gaullien d’Henri Guaino.

Cependant la dernière ligne droite de cette campagne l’aura finalement conduit de façon très frappante, et peut-être sous la pression d’une compétition de plus en plus rude, à exprimer le cœur même de son identité idéologique. Lors de son meeting du 13 novembre, véritable «coming-out» gaulliste, il a affirmé son rejet de la ligne de frontisation et son intention de rassembler les Français par delà les clivages, qu’ils soient donc de droite, d’extrême droite, du centre, voire de gauche.

3. La présidence de l’UMP ne sera pas la même selon l’identité du vainqueur de cette élection. En pratique, François Fillon a fait une pré-campagne pour la présidence de la République tandis que Jean-François Copé était candidat à la direction de l’UMP. Il y a donc fort à parier que si François Fillon l’emporte, sa présidence sera comparable à celle de la Ve République: incarner la droite dans le débat public et fixer le cap du parti avec pour sa gestion un «Premier ministre,» selon toute vraisemblance Laurent Wauquiez.

En revanche, si Jean-François Copé est élu, sa présidence sera probablement comparable à celle de Nicolas Sarkozy lorsque lui-même était à la tête de l’UMP: une gestion de manager focalisée sur la culture du résultat immédiat, qu’il s’agisse du nombre d’adhérents, du nombre et de l’impact des coups portés au gouvernement socialiste dans le débat public, ou des performances aux élections intermédiaires d’ici 2017.

4. La primaire ouverte socialiste de 2011 aura eu sur l’UMP et sur le traitement médiatique de la vie politique un impact profond. C’est en effet la première fois dans son histoire que l’UMP, ou son ancêtre le RPR, voit une compétition véritablement ouverte et assortie de débats publics pour sa présidence (hormis la compétition passée relativement inaperçue entre Michelle Alliot-Marie et Jean-Paul Delevoye, à la fin des années 90). Il faut y voir un effet de mimétisme, mais peut-être aussi une évolution plus profonde dont les caractéristiques restent encore à comprendre.

C’est également la première fois dans l’histoire politique française que l’élection du chef d’un parti politique est à ce point médiatisée, avec pour point d’orgue sans précédent la diffusion en prime-time d’un débat télévisé entre les compétiteurs. À cet égard, il convient de souligner que le journalisme politique français a fait un très net saut qualitatif, en particulier la rédaction de France 2, avec un pari éditorial de mise en avant de ce type d’actualité qui pour l’heure s’avère globalement payant en termes d’audience.

5. Cet affrontement Copé-Fillon ne met pas en jeu le statut de chef de file de la droite. C’est une demi-finale dont le vainqueur affrontera en finale le tenant du titre. Celui qui reste le favori des électeurs de droite. L’absent omniprésent. Le «Voldemort» de la droite.

Thomas Guénolé