Pour l'UMP, tout commence lundi

Les bancs vides de l'UMP à l'Assemblée après un incident de séance, le 23 octobre 2012. REUTERS/Charles Platiau.

Les bancs vides de l'UMP à l'Assemblée après un incident de séance, le 23 octobre 2012. REUTERS/Charles Platiau.

Si l'on peut espérer que Fillon, qui s'est fait le chantre du rassemblement, l'emporte, il devra immédiatement apparaître comme un président de la République en réserve et pousser son parti à réinventer son rôle d'opposant.

Le scrutin pour la présidence de l'UMP sombrait dans la confusion, dimanche 18 novembre vers minuit, les deux candidats Jean-François Copé et François Fillon annonçant leur victoire. Dans cette tribune publiée au matin du scrutin, notre contributeur Vincent Le Biez soulignait les défis qui attendent le futur patron de l'opposition.

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Dimanche 18 novembre, les adhérents de l’UMP vont se prononcer, pour la première fois depuis 2004, pour élire leur président. Il s’agit sans conteste d’un événement majeur dans la vie politique française puisque le véritable leader de l’opposition va être désigné pour les années à venir. Qu’attendre de cette élection et surtout qu’attendre de la future UMP?

1. Il était temps que cette campagne se termine

Les militants de l’UMP n’auront pas connu de répit en cette année 2012: sitôt les législatives perdues en juin dernier, une campagne interne pour la présidence du parti a débuté. Cinq longs mois de campagne électorale au cours desquels il faut bien reconnaître l’abnégation de Jean-François Copé et François Fillon, puisqu’ils ont chacun sillonné la quasi-totalité des fédérations départementales de l’UMP, enchaînant un, deux voire trois déplacements dans la même journée, récitant les mêmes discours, arborant les mêmes sourires.

Pour qui suit de près cette élection grâce à aux réseaux sociaux et aux chaînes d’information en continu, la saturation est proche. Esprit de rassemblement contre droite décomplexée, pacte productif contre pain au chocolat, photos contre vidéo d’un déjeuner avec Nicolas Sarkozy… toujours les mêmes mots, toujours les mêmes images.

Les signes de crispation intervenus en fin de campagne n’ont fait que souligner que l’opposition majeure entre les deux candidats ne concernait pas des propositions concrètes mais plutôt des différences de personnalité et de positionnement politique.

En cherchant à convaincre les militants UMP, François Fillon et Jean-François Copé n’ont pas eu de mots assez durs pour critiquer l’action de François Hollande et de son gouvernement. Si cette ligne se trouvait parfaitement justifiée dans un premier temps, avec le détricotage systématique des lois votées par la précédente majorité et surtout un choc fiscal sans précédent sur les entreprises dans le cadre du projet de loi de finances, elle a été totalement caricaturale quand il s’est agi de commenter les suites données au rapport Gallois sur la compétitivité.

Comme si la droite tombait dans le travers dont a largement abusé la gauche au cours de ses dix années d’opposition: le déni de réalité et la critique systématique de l’action de la majorité. Comment l’UMP peut-elle sincèrement critiquer un plan qui consiste à baisser le coût du travail pour les entreprises en augmentant la TVA et en baissant les dépenses publiques? Pourquoi ne s’être pas contenté, à juste titre, de critiquer l’inconstance et la duplicité de François Hollande, qui s’est fait en partie élire sur son opposition inconditionnelle au projet de TVA sociale de Nicolas Sarkozy?

Pour toutes ces raisons, il est vraiment temps que cette campagne s’achève.

2. La victoire de François Fillon est la seule option possible pour l’UMP

S’ils n’ont pas beaucoup différé dans leurs propositions concrètes, François Fillon et Jean-François Copé n’en ont pas moins livré des campagnes très différentes, incarnant des lignes politiques assez marquées.

Tandis que François Fillon s’est fait le chantre du rassemblement, en profitant de son image positive à la tête du gouvernement ces cinq dernières années et en axant toute sa campagne sur la crise économique et les réformes drastiques qu’elle impose à notre pays, Jean-François Copé a délibérément choisi de cliver en agitant des thèmes à la limite du populisme et en risquant chaque jour une crampe au visage par des clins d’œil trop appuyés à l’électorat le plus à droite.

Ce faisant, il a fait prendre un risque considérable à son parti, se montrant prêt à sacrifier la prééminence de l’UMP à droite pour le compte de son intérêt personnel. En effet, qu’on ne s’y trompe pas, la vraie menace pour l’UMP en tant que parti d’opposition n’est pas à chercher du côté du Front National mais bien vers l’UDI, situation très différente de celle de juin, quand l’UMP sortait de dix années au pouvoir et devait alors se méfier en premier lieu de Marine Le Pen.

En réduisant ainsi la base électorale de l’UMP s’il parvenait à gagner l’élection, Jean-François Copé risque donc de faire le bonheur de Jean-Louis Borloo, qui s’est bien gardé d’intervenir dans le débat interne de l’UMP. Les centristes et libéraux comme Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel qui soutiennent l’actuel secrétaire général de l’UMP agissent donc comme de véritables pompiers pyromanes.

François Fillon est donc la seule option possible pour que l’UMP conserve sa prééminence incontestée à droite. Malgré certaines facilités en fin de campagne, il a su rester droit dans ses principes et dans son discours de vérité. Il fait sienne la maxime de Bill Clinton en 1992 face à George H. W. Bush: «It’s the economy, stupid!»

En se plaçant dans l’hypothèse de son élection ce dimanche, il est impératif que François Fillon parvienne à garder suffisamment de hauteur et ne tombe pas dans les travers de la politique politicienne qu’ont tant affectionnés François Hollande puis Martine Aubry à la tête du PS.

Il devra donc s’appuyer au maximum sur sa secrétaire générale Valérie Pécresse pour gérer le quotidien du parti et se concentrer sur l’essentiel. Fondamentalement, François Fillon doit apparaître comme un président de la République en réserve, comme un repère et un espoir pour les électeurs déçus par l’action de François Hollande. Certainement pas comme un chef de clan.

3. L’UMP doit réinventer le rôle de parti d’opposition

Si François Fillon doit réinventer la fonction de président de parti, l’UMP doit elle-même réinventer le rôle de parti d’opposition. Elle doit tout d’abord faire preuve d’une critique constructive de l’action du gouvernement. C’est prendre les électeurs pour des enfants que de croire qu’ils attendent que l’opposition livre une véritable guérilla parlementaire à la majorité  —la défaite de Mitt Romney face à Barack Obama devrait servir de leçon en la matière.

L’UMP doit essayer au maximum d’amender les projets gouvernementaux plutôt que de les rejeter en bloc par principe. Cela peut, de surcroît, se révéler stratégiquement payant, en fissurant davantage l’actuelle majorité de gauche dont on peine à identifier la cohérence idéologique.

La séquence concernant le traité européen sur la discipline budgétaire a illustré à merveille qu’une telle stratégie pouvait mettre le pouvoir actuel dans l’embarras en le plaçant face à ses contradictions. Comme le faisait déjà remarquer Talleyrand, «un ministère qu’on soutient est un ministère qui tombe».

Les masques tombent, le ciment anti-sarkozyste ne suffit plus à rassembler les différentes composantes de la gauche: l’opinion est en train de se rendre compte qu’elle a été trompée pendant la campagne présidentielle, que le «rêve français» était une chimère. L’UMP ne doit, dans ces conditions, surtout pas prendre le chemin du déni de la réalité.

Mais s’opposer, fusse de manière intelligente et constructive, ne suffit pas: elle doit d’ores et déjà préparer un nouveau projet politique. L’amateurisme du gouvernement dans ces premiers mois aux responsabilités illustre bien qu’une alternance politique se prépare minutieusement. Il ne suffit pas de manier les slogans, il faut entrer dans le concret et formuler des propositions précises.

Quelles dépenses publiques faut-il réduire? Quelle redéfinition des missions de l’Etat cela induit-il? Quelles formalités administratives faut-il simplifier voire supprimer?

Quelles mesures concrètes pour accroître la compétitivité de l’économie française, étant entendu que le plan gouvernemental n’est pas suffisant? Quelle vision de l’avenir énergétique du pays? Quelles réformes «positives» de société proposer, au-delà de la critique légitime des projets gouvernementaux?

Tout cela implique beaucoup de travail, de sérieux et de méthode, des qualités qui sont rarement mises en avant dans un parti d’opposition. En effet, il ne s’agit pas principalement de gagner les prochaines élections locales puis nationales (on a vu récemment que l’imprécision ou le mensonge n’étaient pas les ennemis de la conquête du pouvoir) mais d’être prêt à exercer efficacement le pouvoir et à faire gagner la France.

Pour l’UMP, tout commence donc lundi…

Vincent Le Biez

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