Quelle vision pour la recherche de demain?

Le «IceCube lab», un des plus grands téléscopes du monde, installé au Pôle sud.  REUTERS/Emanuel Jacobi/NSF/Handout/Août 2012.

Le «IceCube lab», un des plus grands téléscopes du monde, installé au Pôle sud. REUTERS/Emanuel Jacobi/NSF/Handout/Août 2012.

Alors que les voix des victimes potentielles du plan de rigueur qui s’annonce se font entendre, une catégorie reste étonnamment silencieuse: le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Dans le cadre du vote du projet de loi de finances 2013 et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, tour à tour des victimes potentielles du plan de rigueur qui s’annonce se sont fait entendre.

Après l’initiative médiatiquement réussie des «entrepreneurs pigeons», parvenant à éviter les coupes injustes qui leur étaient promises et évitant ainsi de propulser pour longtemps la France dans les derniers rangs de l’innovation, les «médecins pigeons» ont pris le relais pour défendre leur statut et faire pression au moment de conclure leurs négociations avec l’Assurance-maladie.

Cependant, une catégorie reste étonnamment silencieuse au cœur de la rentrée universitaire: le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche! Certes, Geneviève Fioraso, ministre en charge du secteur, est parvenue à faire croître son budget de 2,2% en volume, en faisant «le troisième ministère, derrière le Travail, et l'Emploi et les Affaires sociales, en termes de progression des crédits».

Mais, alors que la ministre semble plus occupée à régler les querelles internes à Sciences Po que de l’ensemble de son portefeuille, ce silence est assourdissant! Lors de l’une de ses dernières sorties, elle se réjouissait de «l’accélération du Plan Campus», auquel elle n’a aucunement contribué.

Actuellement, les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche se déroulent dans le plus total silence médiatique et la méconnaissance complète des orientations prévues par la ministre et son entourage. Pourtant, la fin du temps des propositions est proche et le rapport lui sera remis courant décembre.

En outre, la diversité actuelle des contributions laisse songeur quant à l'orientation finale qui sera prise par le rapport. La volonté initiale du gouvernement était de revoir en profondeur la loi LRU relative à l’indépendance des universités. Cependant, une telle révision ne présage en rien de l’orientation prise par la future législation, le premier rapport d’étape évoquant la notion de collégialité comme nouveau paradigme.

Une loi fourre-tout?

En outre, la diversité des contributions reçues, allant bien au delà des trois grands axes définis initialement par le ministère (agir pour la réussite de tous les étudiants, donner une nouvelle ambition pour la recherche et contribuer à la définition du nouveau paysage de l'enseignement supérieur et de la recherche), laisse craindre une loi fourre-tout et dénuée de vision.

Ainsi, le rapport d’étape préconise de réduire la complexité institutionnelle et d’augmenter la lisibilité du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche. La valorisation du doctorat est évoquée mais à titre totalement abstrait sans, par exemple, reprendre la proposition d’Eurodoc s’appuyant sur la Stratégie ressources humaines pour les chercheurs, portée par la présidence Française de l’Union européenne en 2008, ou celle de la conférence des jeunes chercheurs relative à la contractualisation.

La lisibilité de ces Assises reste faible. La contribution de Sauvons l’Université est marquée par une volonté de retour en arrière, récusant l’ensemble des réformes du précédent gouvernement et mettant également en cause ces assises!

Le premier rapport d’étape évoque également la suppression de l’Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES) au motif que «l’introduction d’un système de notation a, pour beaucoup d’auditionnés, des conséquences délétères». La contribution de cette dernière, pourtant intéressante, ne portera donc que peu. A ce titre, la question de la notation des unités et de l’évaluation des enseignants-chercheurs est également «au cœur des débats» et «les assises devraient approfondir ce sujet», pour citer le rapport d’étape.

Trouver un cap

En somme, les propositions de la Conférence des présidents d’universités, rendues publiques début novembre, devraient permettre d’avoir une idée plus précise de la réforme en cours. Leur ébauche permet pour l’heure de constater que des changements radicaux sont attendus pour porter une «véritable rupture dans les méthodes de conduite des politiques publiques en matière d’enseignement supérieur et de recherche».

Si la revalorisation de l’université française est capitale pour se situer dans la compétition internationale, il reste à espérer que le gouvernement se prononcera rapidement sur les grandes lignes du projet de réforme de l’université. Avant cela, dès le 30 octobre, il pourra profiter du rapport de Paris-Ile de France Capitale Economique, Les meilleures pratiques internationales et les réussites exemplaires pour attirer talents, investisseurs et capitaux et ainsi faire émerger, avec Paris-Saclay, un cluster de dimension mondiale en Europe, pour se prononcer sur le dossier non moins important de l’avenir réservé au projet Saclay.

Néanmoins, il est urgent de trouver un cap pour le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche afin de ne pas briser la dynamique lancée par les réformes des ministres du précédent quinquennat, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez.

Gatien Bon

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