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L’Île-de-France, qu’ils l’aiment ou pas, 54% des Franciliens rêvent de la quitter un jour, 19% en sont même certains, révèle un sondage CSA. La majeure partie des personnes interrogées (68%) souhaitent partir pour trouver un cadre de vie plus agréable mais 48% craignent des difficultés à trouver un emploi satisfaisant. Pas grave? On cherchera sur place ou se convertira au télétravail, l’ordinateur sur sa terrasse à Biarritz (l’attractivité du littoral Sud et Ouest ne se dément pas), son patron dans les Hauts-de-Seine? Pas si simple. La crainte est fondée.
Vous voulez réussir sur le plan professionnel? Prenez garde où vous mettez les pieds, la localisation de votre emploi est primordiale. La géographie est la clef de la réussite en entreprise. Voilà ce qu’affirme Enrico Moretti, professeur d’économie à l’université de Berkeley en Californie. Les entreprises américaines qui réussissent se concentrent en certains lieux, certaines villes —Seattle, New York, Boston… —, certainement pas en d’autres —Flint, Detroit, Cleveland… L’écosystème dans lequel l’entreprise baigne joue le rôle essentiel d’un catalyseur.
La réussite ne dépend en effet pas seulement de la qualité du travailleur mais tout autant de la stimulation offerte par l’environnement social immédiat du travailleur. La localisation a pris une importance grandissante à mesure que l’économie s’est transformée, délaissant peu à peu les caractéristiques d’une économie fondée avant tout sur la sophistication des machines –le capital physique– jusqu’aux années 1960 pour se muer en une économie de la connaissance fondée sur les interactions entre les travailleurs –le capital humain. Et Enrico Moretti de souligner le fait que la majeure partie des sources d’inspiration à l’origine de la création d’idées est issue de nos rencontres.
Une autre mutation forte vient pourtant questionner le rôle de la géographie dans la réussite économique: Internet qui, par définition, se joue de la localisation. Le nombre d’Américains travaillant à distance via Internet a augmenté de 61 % entre 2005 et 2009. Le télétravail est un phénomène réel et en expansion. A tel point que les Etats-Unis se sont dotés en 2010 d’une législation en la matière (Telework Enhancement Act), l’Union européenne s’y était employée dès 2002.
Alors pourquoi le télétravail entre Biarritz et l’Ile-de-France est-il difficile à concevoir? Travailler hors de l’entreprise est possible à condition de ne pas s’exclure de l’écosystème de l’entreprise. Prenons le cas d’une entreprise installée à La Défense. Son écosystème correspond à la région Ile-de-France, voire au-delà, dans un rayon d’une heure de transports environ (qui permet de faire l’aller-retour domicile-travail dans la journée).
Le travailleur peut tout à fait travailler depuis Montreuil, Orléans, voire Lille à une heure de TGV de Paris. Ce n’est pas la présence du travailleur qui compte, c’est la possibilité de sa présence dans la journée, garantie par une connexion fluide et rapide. Ce même travailleur ne s’installera pas en Corse ni sur la côte basque: le télétravail est tout autant possible qu’à Orléans mais la connexion physique via les transports entre le travailleur et l’entreprise passe du simple au triple sur le plan horaire (Paris-Orléans: 1h en TGV, Paris-Bordeaux: 3h en TGV). On sort de l’écosystème de l’entreprise. Travailler à distance, c’est tout à fait possible. Mais pas n’importe où.
La Terre bouge
Justification indirecte du jacobinisme, même si un professeur émérite américain sort une théorie fumeuse sur des villes, aujourd'hui à la mode, et demain en ruine.
Paris est un exemple. On aurait pu prendre comme point de départ Bordeaux, Tours ou Munich. Il s'agit surtout de montrer que l'interaction entre les individus produit vraiment de la richesse, certainement pas de justifier ou non la centralisation à la française. Comme vous allez loin !
Je suis pourtant dans une société qui marche très bien, d'une vingtaine de personnes. Et -incroyable-, 80% sont en télétravail, avec une passage au siège 3 jours tous les 30 à 60 jours. (Ce qui permet à un certain nombre d'entre nous de vivre à l'étranger ou "loin" en France)
Bien que vous puissez ne pas calculer le gain à priori :
-la productivité est bien meilleure : pas de trajet vers le travail
-la qualité de vie aussi : figurez vous qu'un salarié dans un cadre de vie agréable, et qui ne perds pas 2h/jour en transport est plus reposé, plus efficace... et plus motivé !
-les salaires en provinces sont plus faibles, pour les salariés au SMIC comme les cadres...
-les salariés sont très motivés par leurs journées à Paris du fait de voir l'ensemble des collègues dans une ambiance détendue
-le gain pour l'entreprise en coût de locaux est à peu près compensé par le remboursement des frais de déplacement sur Paris.
La complexité est de trouver des gens qui savent s'organiser pour travailler à distance, ce qui n'est effectivement pas donné à tout le monde. Sorti de là, toutes les solutions techniques pour rester en contact avec ses collègues et avoir une bonne ambiance de travail existent...
Ce mail est rédigé depuis Acapulco où je passe deux mois. Quitte à télétravailler, autant en profiter pour coller les vacances à un peu de boulot...
Oui, l'auteur travaille à distance !
Je passe la moitié de la semaine en télétravail à 200 km de Paris.. l'autre moitié dans un bureau parisien effectivement !
Je suis bien d'accord avec vos affirmations : le travail à très grande distance est bien possible et peut même augmenter la productivité.
Seulement, votre raisonnement se fait a posteriori (une fois qu'on a trouvé un emploi, on peut réfléchir aux aménagements possilbles. Il est très difficile de le faire avant d'avoir trouvé cet emploi) et est valable pour un cas bien précis. Il n'est pas applicable, me semble-t-il, à l'ensemble d'une région statistique, ici l'Ile-de-France. Je conçois mal le fait que les millions de Franciliens qui souhaitent partir se disent que l'emploi ne pose aucun souci, ne doit pas peser dans ladécision puisque le télétravail existe.
Attendez, je ne crois pas que l'auteur veuille dire que le télétravail est impossible. Il montre simplement qu'il est soumis à condition, qu'on ne peut seulement pas dire "allez, je me barre, de toute manière, il y a Internet". Autrement dit, il cherche à démontrer que la crainte des Franciliens de ne pas trouver un emploi facilement peut être fondée.
Si vous parvenez à concilier emploi et distance, surtout à Acapulco, vous êtes chanceux !! Mais je ne suis pas sûr que ce soit applicable à tous.