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Sommet mondial pour la biodiversité à Hyderabad: l'Europe doit être porteuse d’une «bio-justice» internationale

Temps de lecture : 2 min

Une tribune de Sandrine Bélier, euro-députée EELV, coordinatrice Biodiversité des Verts Européens.

Richmond Park, sud de Londres, en octobre 2012. REUTERS/Luke MacGregor
Richmond Park, sud de Londres, en octobre 2012. REUTERS/Luke MacGregor

Lundi, s’est ouvert à Hyderabad en Inde, le 11e Sommet mondial pour la biodiversité. En 2010, année internationale de la Biodiversité, réunie à Nagoya (Japon), la Communauté internationale s’était accordée sur un plan de sauvetage de la biodiversité: avec 20 mesures à réaliser d’ici 2020 (dont supprimer les subventions «néfastes» à l’environnement) et un mécanisme d’accès et de partage des avantages tirés de la nature (Protocole de Nagoya).

En 2012, elle doit notamment évaluer et mobiliser l’investissement public nécessaire pour financer ce programme, sans céder aux sirènes d’une néo-libéralisation de la nature, marquée par la privatisation et la marchandisation du vivant. La tentation est grande, dans le contexte de crise économique de résumer la solution par «vendre la nature pour la sauver», de céder la responsabilité politique à la loi des marchés et d’imaginer que les ressources génétiques – «l’or vert»— pourraient constituer de nouvelles ressources pour le développement et la protection de l'environnement.

Les écologistes parlent aujourd’hui le langage des comptables, pour que nos politiques publiques intègrent la valeur du vivant: la perte annuelle des «services rendus par la nature» est évaluée à 50 milliards d’euros. Ce coût a été chiffré à hauteur de 7% du PIB mondial à l'horizon 2050 dans le rapport commandé par la Commission européenne et le G8 à l'économiste Pavan Sukhdev.

Cette valeur n’est pas que monétaire et fixer un prix du vivant dans ses dimensions sociales, morales, culturelles et scientifiques, est impossible. C'était notre ligne rouge pour Nagoya – C’est notre ligne rouge pour Hyderabad. La destruction de la nature a un coût, mais la nature n'a pas de prix. La question du financement pour répondre aux enjeux de la perte de la biodiversité ne peut pas être abandonnée aux seuls investisseurs privés et aux banquiers.

De nouvelles règles et de nouvelles pratiques sont nécessaires si l'on veut garantir un avenir aux habitants de cette planète. Le protocole de Nagoya peut constituer l’une de ces nouvelles règles qui assure un équilibre entre les droits et les responsabilités, les fournisseurs et les utilisateurs et autres parties prenantes, les pays développés et en développement, l'intérêt économique et la morale commune attachée à l’usage de la nature.

«Nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants», rappelait Saint-Exupéry. C’est l’esprit qui doit guider la mise en œuvre du Protocole de Nagoya sur l'accès aux ressources génétiques et le partage équitable des avantages: partager l’usage et refuser l’appropriation privée.

Face aux multinationales «bio-pirates», ce protocole doit être emprunt de responsabilité morale, de respect des droits des populations locales et autochtones, de justice, d'équité et de développement durable, dans une dimension intergénérationnelle et intra-générationnelle.

L’Union Européenne a un rôle primordial à jouer dans cette négociation. Elle doit être porteuse d’une «bio-justice» internationale, d’une prise de conscience responsable de la préservation de la biodiversité au service de l’intérêt commun.

Elle doit être garante de l'équité face à l'exploitation biologique —présente et passée— des pays industrialisés afin de compenser sa «dette écologique», tout en assurant un financement suffisant pour permettre aux pays en développement de préserver durablement une biodiversité qui profite à l’ensemble de la communauté humaine.

A Hyderabad, l’Union Européenne doit être exemplaire. Avec ses 27 Etats membres, elle doit s’engager à ratifier le protocole de Nagoya dans les 6 mois. Avec ses 27 Etats membres, elle doit engager des financements à la hauteur des enjeux: préserver notre «capital commun Nature», notre «assurance Futur». Nous avons 10 jours pour dire concrètement, «combien» et « comment » pour stopper la crise et offrir des perspectives d’avenir.

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Sandrine Bélier

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