Economie

En défense du contrat de génération

Jean-Hervé Lorenzi, mis à jour le 15.10.2012 à 11 h 53

Contrairement à ce que disent ceux qui la décrient, c'est une idée particulièrement prometteuse car elle rompt enfin avec la philosophie du partage du travail qui a profondément influencé la société française. PAR Jean-Hervé Lorenzi, Alain Villemeur et Hélène Xuan

Des étudiants se prennent par la main, lors d'une manifestation à Rome, le 12 octobre 2012. REUTERS/Alessandro Bianchi

Des étudiants se prennent par la main, lors d'une manifestation à Rome, le 12 octobre 2012. REUTERS/Alessandro Bianchi

Le contrat de génération proposé par le président François Hollande est décrié à tort. Former un jeune salarié de moins de 30 ans en recourant à l’expérience d’un salarié senior qui se maintient en emploi, est une idée au contraire particulièrement prometteuse car elle rompt enfin avec la philosophie du partage du travail qui a profondément influencé la société française.

Partager le travail reste une  idée très répandue en France, que ce soit au travers des 35 heures ou des retraites anticipées, ou plus récemment, de la règle du «un sur deux»; pour deux départs en retraite d’un fonctionnaire, un jeune était embauché.

Si les dernières mesures d’âges du précédent quinquennat ont eu un impact sensible sur le taux d’emploi des seniors, plus de 20% des entreprises continuent à se libérer de leur main d’œuvre âgée et pourtant le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans n’a cessé de croître.

La situation actuelle du marché de l’emploi nous prive d’un double dividende démographique. Les quinquagénaires ne se sont jamais aussi bien portés, mais seulement 40% d’entre eux sont en emploi.

Nous sommes le seul pays européen dont la population active croît, mais les difficultés d’insertion de la jeunesse entravent ce dynamisme. Le taux de chômage des jeunes atteint 23% contre 7% seulement en Allemagne. Ce «non-emploi» des seniors et des jeunes nous coûte très cher, a minima 5% de PIB par an.

Les études menées par la chaire «Transitions démographiques, transitions économiques» de l’université Dauphine à Paris, nous ont enseigné qu’une société qui vieillit [1] doit être une société qui partage les gains de longévité et qui travaille «plus et mieux».

A la société de la retraite anticipée, fruit du partage du travail entre générations hérité des années 1970, doit succéder une société favorisant une plus grande longévité des carrières et une meilleure insertion des jeunes.

C’est une véritable politique générationnelle [2] que le gouvernement initie. Elle devrait créer des emplois stables pour la jeunesse, sans cannibaliser les contrats existants. Elle s’inscrit dans la continuité de dispositifs pour mieux former et insérer les jeunes –l’alternance et l’apprentissage– dont l’efficacité n’est plus à démontrer.

Ce contrat devrait particulièrement intéresser les TPE et PME qui se caractérisent par la jeunesse de leur effectif. L’insertion des jeunes s’y fait majoritairement par l’apprentissage qui représente plus de 70% des contrats de travail. Le contrat de génération devrait leur permettre de transformer cet essai en proposant un CDI à leurs apprentis.

En outre, le contrat de génération ouvre pour les seniors des perspectives réelles à la construction d’une deuxième carrière comme tuteur, en conditionnant les subventions à leur maintien en poste.

L’industrie devrait se saisir de cette opportunité. Près du tiers des grandes entreprises du secteur de l’industrie et du BTP ont plus de 30% voire 50% de salariés de plus de 50 ans. Quels que soient le secteur et la taille de l’entreprise, la part des salariés âgés de plus de 50 ans a progressé durant les 5 dernières années.

Le redressement industriel passera par le rajeunissement  des effectifs. C'est aussi une mesure d'équité pour ceux qui travaillent dans ces secteurs où l'usure au travail des salariés âgés risque d'augmenter le coût de l'absentéisme et des congés longue maladie.

Par ses effets sociaux et culturels très bénéfiques, ce contrat de génération pourrait favoriser une transition vers une nouvelle politique des âges conjuguant des logiques d’augmentation de l'âge de la retraite, de meilleure formation et d'insertion pour les jeunes.

Jean-Hervé Lorenzi, Alain Villemeur, Hélène Xuan

[1] Cf. Hélène Xuan, Vivre un siècle, Editions Descartes, 2011. Retourner à l'article

[2] Cf. Jean-Hervé Lorenzi, Jacques Pelletan, Alain Villemeur, Rajeunissement et vieillissement de la France, une politique pour la jeunesse, Editions Descartes, 2012. Retourner à l'article

Jean-Hervé Lorenzi
Jean-Hervé Lorenzi (9 articles)
Président du Cercle des Economistes
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