France

Mariage pour tous: en défense du mariage républicain

Gabriel Hergault, mis à jour le 26.09.2012 à 11 h 26

Je suis pour le mariage pour tous justement parce que je défends les valeurs républicaines, la laïcité et le droit des enfants.

Deux mariés et leurs filles, à New York en 2011. REUTERS/Lucas Jackson

Deux mariés et leurs filles, à New York en 2011. REUTERS/Lucas Jackson

Jamais, depuis que la classe politique s'est emparée de la question de l'égalité des droits entre citoyens quelle que soit leur orientation sexuelle, cette égalité n'a semblé si proche.

La ministre de la Santé a annoncé son souhait d'ouvrir le don du sang aux personnes homosexuelles, le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe devrait passer en Conseil des ministres le 31 octobre 2012.

L'heure n'est pas au triomphalisme, mais à l'ouverture du débat. Les opposants font déjà entendre leur voix, de manière plus ou moins respectueuse, et ce débat ne doit pas être une tribune pour le rejet de l'autre. Le mariage et l'adoption pour tous n'est pas un gadget politique mais une mesure républicaine à portée universelle.

Ainsi, ce n'est pas une volonté exclusivement communautaire, car il en va de notre conception de la République, de la famille. Voulons-nous une République qui soit –plus encore qu'aujourd'hui– une République de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité? Voulons-nous que notre République soit fidèle à sa tradition de laïcité? Voulons-nous cautionner la cellule de solidarité familiale et ainsi la cohésion nationale?

Où est donc la fin du monde promise avec le Pacs?

Je commencerai par les valeurs de la République. Nous l'avons vu dans le passé, la République n'est pas dissociable de ses valeurs. Lorsque l'on a remplacé la Liberté par le travail, l'Egalité par la famille et la Fraternité par la patrie on a mis fin à la République.

Dès lors qu'on fait certains amalgames et qu'on stigmatise une minorité précise, on atteint la République. Faire aujourd'hui preuve d'audace permettra de réaffirmer des valeurs en danger, et de manifester un refus de valeurs dangereuses pour la République. Je ne citerai pas toutes les lois audacieuses qui ont construit la République d'aujourd'hui.

Qu'il s'agisse de 1881, de 1905, de 1981 ou 1999, ce sont les mêmes qui ont utilisé la peur et des arguments abracadabrants pour contester des idées auxquelles ils adhèrent aujourd'hui.

Nous n'avons toujours pas assisté à la fin du monde qu'aurait dû provoquer le Pacs, et nous n'assisterons pas davantage à celle que doit provoquer le mariage pour tous.

Les opposants les plus illustres ne sont pas animés par la conviction, mais ils répondent à la peur d'eux-mêmes et instrumentalisent la haine, bien que leur rôle soit de lutter contre cette haine. Pour partie, les opposants au Pacs n'ont depuis 13 ans toujours pas laissé leurs sièges.

Renvoyer à la sphère privée, voilà ce qui est discriminatoire

C'est donc sans surprise que l'on voit ressurgir les mêmes arguments grotesques: retour de la barbarie, de la décadence, comparaisons avec la polygamie...

Les plus politiquement corrects, eux, campent sur cette position qui manque d'audace et qui consiste à dire que l'homosexualité est une réalité privée, appelée à le rester.

Je dis à ceux qui affirment ceci que cet argument est discriminatoire. Qu'est-ce qui justifie que les relations hétérosexuelles puissent se vivre ouvertement sous le signe du mariage, alors que les couples homosexuels devraient rester invisibles et se contenter du Pacs? Il s'agit là d'un argument homophobe, humiliant, visant à empêcher toute évolution de l'ordre établi. J'entends par ordre établi cette loi du plus fort du majoritaire.

En disant que le Pacs est suffisant, en faisant des personnes homosexuelles une minorité invisible, on les rend vulnérables face au droit, et on signe la fin du recul de l'homophobie en France.

Comment faire considérer l'homosexualité comme un état de fait, et les relations homosexuelles comme étant motivées par l'amour, chez des personnes ne connaissant que la norme hétérosexuelle? Comment expliquer à des jeunes que les citoyens hétérosexuels n'ont rien de supérieur aux citoyens homosexuels, si l'Etat ne reconnaît pas à ces derniers le droit au mariage? L'Etat pourra-t-il maintenir éternellement un tel paradoxe?

Quelles valeurs pour la République?

J'en viens maintenant aux valeurs elles-mêmes. Quel est le but de la démocratie? Fondamentalement, ne s'agit-il pas de régir la vie en commun de tout un peuple? Et donc de favoriser la Fraternité, de consolider une Nation?

Mais comment parvient-on à plus de fraternité? En d'autres termes, qu'est-ce qui crée des liens entre frères et sœurs d'une même famille? Certes, c'est le fait de vivre ensemble pendant de longues années, mais n'est-ce pas l'Egalité qui entrave la rivalité pour faire triompher la solidarité?

Et enfin, la Liberté d'aller et venir, de penser, de s'exprimer, n'est-ce pas cette Liberté qui permet à chacun dans une Nation, comme dans une famille, de trouver sa place? Pour atteindre un idéal de Fraternité, il me semble qu'il convient de consolider la Liberté et l'Egalité, Liberté de choisir entre l'union libre, le Pacs ou le mariage, égalité de tous les citoyens devant la loi.

Ouvrir le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, c'est dire que nous voulons approfondir la laïcité. Alors que la loi de séparation des Eglises et de l'Etat a 107 ans, qu'elle est devenue une évidence, voulons-nous que les valeurs de l'Eglise catholique continuent d'imprégner notre vie publique?

C'est une question de laïcité

Alors que la laïcité ne fait plus ou presque plus débat dans notre classe politique, que certains mènent une croisade contre la viande halal ou contre la burqa, n'est-il pas temps de dire que la laïcité doit être la même pour tous?

Il n'échappe en effet à personne que le combat acharné que mènent certains contre le mariage homosexuel est animé –entre autres– par les convictions religieuses. A la fin du siècle dernier, c'est en effet la bible qui a été brandie à l'Assemblée nationale par Christine Boutin, et ce sont les associations catholiques qui sont descendues dans la rue, prédisant l'apocalypse que nous ne voyons toujours pas venir.

Il convient donc aujourd'hui de faire une distinction claire entre le mariage civil et le mariage religieux. La tentative de la prière du 15 août est vaine, car il semble évident que les valeurs de la religion catholique doivent être appliquées à l'Eglise, et les valeurs de la République à la mairie.

Aujourd'hui, un constat s'impose, la famille traditionnelle n'est plus la seule forme de famille présente en France, et de loin, car, selon l'Insee, trois enfants sur cinq naissent aujourd'hui hors mariage. J'ajoute que 300.000 enfants vivraient aujourd'hui dans une famille homoparentale.

La loi peut-elle aujourd'hui ignorer 300.000 enfants français? Le législateur n'a-t-il pas la responsabilité d'adapter la loi aux évolutions de notre société? Le législateur peut-il risquer la sécurité de tous ces enfants, en continuant de ne pas reconnaître l'autorité de leurs deux parents, tout en prétendant protéger la famille? Et quand bien même, l'engagement 31 du programme de François Hollande ne serait pas adopté, cela empêcherait-il des couples de même sexe d'avoir des enfants?

Les enfants d'abord, justement!

J'en viens donc à ma position: ouvrir le mariage et l'adoption au couples de même sexe, n'est-ce pas –pour détourner les termes de Christian Vanneste– cautionner la «solidarité de proximité qui fait l'équilibre le plus fort de la société», c'est-à-dire la famille?

Même si l'on doute de la capacité des couples de même sexe à éduquer, n'est-il pas préférable de voir des enfants éduqués par un couple de même sexe que de les voir dans un orphelinat, livrés à eux-mêmes?

Il y a des hommes politiques qui se posent la question: un enfant aura-t-il une éducation satisfaisante? Se sont-ils jamais posés la question de savoir si tous les couples hétérosexuels sont capables d'éduquer des enfants? Leur fait-on passer des tests? Ne lit-on pas parfois dans les journaux que des enfants ont été tués sous les coups de leurs parents? Qu'ils ont été séquestrés? Enlève-t-on pour autant le droit à l'adoption pour les couples hétérosexuels?

De tout temps, il y a eu des parents incapables d'éduquer. Le nouveau droit qui sera ouvert donnera une bonne éducation à certains, une moins bonne à d'autres, c'est une évidence.

Une responsabilité évidente

Je crois utile d'ajouter que compte tenu de la difficulté des couples de même sexe à adopter ou à concevoir un enfant, ils se posent certainement la question de leur capacité à élever, ce qui n'est peut-être pas toujours le cas lorsque l'on fait la même chose que ses parents, que ses frères et sœurs, que ses voisins.

A ceux qui auront donc bientôt le droit de se marier et d'adopter, je rappelle la parole de Victor Hugo:

«Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. Etre libre, rien n'est plus grave.»

Je crois qu'il convient de dénoncer la position d'un parti politique sur ce sujet, qui me semble plus qu'ambiguë.

Quelle crédibilité accorder sur ce sujet à un parti qui prétend défendre la famille traditionnelle et la solidarité familiale mais veut mettre fin au regroupement familial? Cela n'a pas de sens de réserver la solidarité à une «norme» de souche française et hétérosexuelle.

La solidarité familiale n'appartient à personne, il me semble qu'elle doit être la même pour tous et ainsi renforcer la cohésion nationale.

On notera ici à quel point le FN cache bien son jeu, puisqu'il prévoit dans son programme la renégociation de l'article 8 de la convention européenne de droits de l'homme, que l'interdiction d'actes homosexuels privés, viole.

Donner un nouveau souffle à la cohésion nationale

C'est d'une part, mobiliser un électorat opposé au mariage et à l'adoption pour tous en prétendant protéger la solidarité, pour, en réalité, y porter atteinte. D'autre part, c'est ne pas assumer un programme de fragilisation des droits des personnes homosexuelles. Je tiens à actualiser la mise en garde d'André Gide, «rien n'est plus malsain pour l'individu et pour la société que le mensonge accrédité».

A l'heure où l'on assiste à la banalisation de l'intolérance et de la haine, ouvrir le mariage et l'adoption pour tous les couples, c'est ne pas baisser la garde face à la remise en cause de nos valeurs. C'est rappeler quelles sont les limites entre la vie publique et la religion. C'est cautionner la solidarité familiale, et donner un nouveau souffle à la cohésion nationale.

Comme en décembre 1981, la parole d'Hugo reprend tout son sens, il convient aujourd'hui de rappeler ce qui sonne comme une prophétie:

«La Liberté d'aimer est le même droit que la liberté de penser: l'une répond au cœur l'autre à l'Esprit: ce sont deux faces de la liberté de conscience.»

Gabriel Hergault

Article également paru dans Minorités

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