France

François Hollande tend un piège à nos armées

Jean-François Copé et Hervé Mariton, mis à jour le 20.09.2012 à 10 h 37

La volonté du président d'actualiser la stratégie de Défense du pays dissimule un manque de vision et risque de fragiliser la protection des Français, selon le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé et le député Hervé Mariton.

François Hollande lors de la parade militaire du 14-Juillet sur les Champs-Elysées. REUTERS/Benoît Tessier.

François Hollande lors de la parade militaire du 14-Juillet sur les Champs-Elysées. REUTERS/Benoît Tessier.

Actualiser la stratégie de Défense et de Sécurité nationale de la France est sans aucun doute une nécessité. Dès 2007, Nicolas Sarkozy indiquait que le Livre blanc avait «vocation à être actualisé régulièrement».

Cet exercice ne peut cependant pas se suffire à lui-même. Notre époque exige du courage, une vision et des décisions, et non pas la multiplication des missions, des observatoires et des commissions, qui relève du spectacle politicien.

François Hollande a décidé de mettre en place une commission chargée de la rédaction d’un nouveau Livre blanc de la Défense et de la Sécurité nationale, mais derrière une forme de continuité, il manque totalement de vision stratégique et son approche nous inquiète, tant l’unique objectif est clair: réduire dramatiquement le budget de la Défense en prenant le risque de fragiliser la protection des Français et les intérêts de la France. L’approche de François Hollande, c’est à la fois trop et trop peu.  

Une manœuvre politicienne sur un sujet stratégique majeur

Il est inutile de réécrire complètement le Livre blanc. De «l’ambition européenne» à «la sécurité collective» en passant par «le renouveau du lien transatlantique», les risques écologiques majeurs, la «diffusion rapide de toutes les formes de crises, politiques, économiques et financières» ou encore les mouvements de révolte, le travail rendu en 2008 était de grande qualité et envisageait avec beaucoup de justesse le monde du XXIe siècle.

 

Sur la méthode, François Hollande néglige le Parlement. Sa lettre de mission adressée au président de la Commission du Livre blanc n’évoque aucune présentation, aucun vote ni aucun débat au Parlement mais une approbation par le «Conseil de défense et de sécurité nationale au tout début de l’année 2013». Ce Conseil créé par Nicolas Sarkozy à la fin de l’année 2009 avait pourtant fait l’objet de critiques violentes du PS, qui y voyait l’instrument d’une politique sécuritaire abandonnée aux mains du président de la République. Quand il s’agit de François Hollande, c’est différent!

Par ailleurs, il a été décidé d’intégrer des représentants d’Etats étrangers au sein de la Commission. Si, comme cela a été le cas en 2007, il paraît pertinent que la Commission auditionne des représentants d’Etats étrangers (encore faut-il bien définir lesquels), il est en revanche choquant qu’ils puissent prendre directement part à la définition d’une stratégie nationale sur un sujet qui relève de notre souveraineté nationale.

Les mots «intérêts de la France» oubliés

Dans le domaine stratégique, François Hollande ne dit rien et oublie tout! La place de la France dans le monde est absente de ses propos et les mots «intérêts de la France» ne sont jamais prononcés.

Pas un mot n’est dit au sujet de la sortie d’Afghanistan et de la défense anti-missiles. A aucun moment, François Hollande n’évoque les espaces où des conflits importants pourraient être livrés dans les années à venir, et dans lesquels les Etats émergents investissent des milliards d’euros (la mer, l’espace et le cyberespace). Enfin, alors que la population mondiale augmente et que certaines ressources pourraient disparaître, pouvant ainsi être à l’origine de conflits, l’accès aux ressources et aux terres rares n’est pas non plus évoqué.

Le budget de la Défense, une variable d’ajustement budgétaire

De la baisse importante qu’a connu le budget de la Défense au cours des années Jospin (1997-2002), alors même que la France et l’Europe connaissaient une période de croissance, en passant par les annonces de suppressions de postes au ministère de la Défense pour financer la création de dizaines de milliers de postes de fonctionnaires, les socialistes et leurs alliés, ainsi que François Hollande, nous livrent une grille de lecture qui justifie toutes nos inquiétudes. 

Dans la lettre de mission, François Hollande évoque les capacités qui doivent être «prioritairement dotées». A juste titre, il demande une prise en considération de la «nécessité de contribuer au redressement des finances publiques engagé par le gouvernement». Mais il se contente de préciser qu’il conviendra de se référer à l’engagement pris de «maintenir un niveau crédible pour notre défense». On trouvera difficilement un terme plus imprécis que celui-ci: «crédible». Ces propos nous inquiètent.

Si en période de rigueur budgétaire, il est nécessaire que chaque mission de l’Etat fournisse des efforts, il est en revanche inacceptable que certaines missions, à commencer par une mission aussi essentielle que la Défense, soient vouées à devenir, par volonté ou par résignation, des variables d’ajustement budgétaire. Nous combattrons cette vision qui est aux antipodes des intérêts de la France et qui met en péril la protection des Français.

Jean-François Copé et Hervé Mariton

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