La Culture d’en haut et la culture d’en bas?

Aurélie Filippetti à l'Assemblée nationale, le 3 juillet 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Aurélie Filippetti à l'Assemblée nationale, le 3 juillet 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Il ne faudrait pas que les «choix difficiles» annoncés par Aurélie Filippetti poussent à sabrer les budgets des subventions allouées aux associations, viviers créatifs essentiels à l'exception culturelle française.

Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture et de la Communication, s’est exprimée récemment sur la politique qu’elle entend mener dans un contexte de rigueur, crise économique «inouïe» oblige. Tout en continuant à promouvoir «l’exception culturelle française», elle a fait le point sur les grands chantiers de la Culture dite institutionnelle, avec les projets à promouvoir et ceux à recadrer, voire à arrêter. En retour, ces choix ont suscité de vives critiques

Dans ce débat du maintien de l’identité culturelle française, un point essentiel semble ne pas avoir suffisamment retenu l’attention des décideurs: une part non négligeable des actions culturelles est réalisée dans notre pays via le monde associatif. La production de ces structures est d’une diversité considérable couvrant tous les champs de l’expression artistique et de la mémoire.

Une culture porteuse d'innovation

En dépit des grands principes, l’exception culturelle ne se décrète pas, elle se vit. Elle ne naît pas dans les institutions, mais elle émane de femmes et d’hommes qui évoluent dans un environnement spécifique lui-même résultat d’interactions avec le reste du monde et s’exprime à travers des modes d’expressions variés.

Cette «culture d’en bas» est trop souvent minorée, alors qu’elle est le reflet du vécu et qu’elle est porteuse d’innovation au sens où elle anticipe les grands courants de demain, avant de devenir à son tour la «Culture d’en haut», une fois reconnue par les institutions.

Le monde associatif repose sur deux piliers. Sur le bénévolat, cet acte citoyen et généreux, outil efficace d’intégration qui structure le vivre ensemble. Et les subventions publiques, qu’elles émanent des collectivités locales ou de l’Etat, finançant la réalisation des activités culturelles, et l’embauche de professionnels donc génératrice d’emplois.

Deux faces indissociables

Avec cette crise économique, il ne faudrait pas que lors des «choix difficiles», les budgets de subventions alloués aux associations ne se réduisent comme peau de chagrin et que ces viviers créatifs n’en fassent les frais. Une telle décision menacerait non seulement la culture d’aujourd’hui mais aussi celle de demain.

Finalement, la culture ce n’est pas du superflu, c’est juste essentiel. C’est un des déterminants majeurs de l’identité.

L’homme est «un animal culturel», dans le sens où il produit et transmet de l’information d’une infinie diversité via l’Ecole, les Bibliothèques et aujourd’hui le Web, pour qu’elle soit enrichie par la suite de génération en génération.

Si comme le dit Madame la ministre, il s’agit du «disque dur de la politique», alors un projet culturel se doit de faire communiquer les acteurs de la Culture d’en haut et ceux d’en bas, car ils sont les deux faces indissociables d’une même pièce se nourrissant l’une de l’autre.

Pr Hagay Sobol