Economie

Une vraie vision pour la politique économique

Jean-Hervé Lorenzi, mis à jour le 14.09.2012 à 16 h 01

La situation est sans précédent, le monde va connaître un fort ralentissement de croissance. Néanmoins, la France a des atouts qu’il faut mettre résolument au service d’une politique très active.

Des figurines à la Bourse de Francfort en août 2011. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Des figurines à la Bourse de Francfort en août 2011. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Jamais il ne fut aussi difficile de gérer une situation macroéconomique telle que celle que nous connaissons aujourd’hui.

Jamais nous n’eûmes autant besoin de compréhension de la situation présente, de capacité de traiter une politique économique dans sa globalité, de mettre en œuvre une démarche innovatrice et stimulante, de définir des axes d’action pour le long terme tout en tentant de surmonter les énormes difficultés du très court terme.

Or, la conjoncture de 2013 commence à se dessiner de manière assez claire.

Le monde va connaître un ralentissement très significatif de sa croissance lié à trois phénomènes, souvent sous-estimés par excès d’optimisme.

Rêvons un instant...

Il y a d’abord l’impact des modifications fiscales après l’élection présidentielle américaine. En Europe ensuite, la dépression liée à la simultanéité des plans de réduction des dettes publiques dans la plupart des pays risque d’être forte. Enfin, on ne constate pas de décorrélation entre les trajectoires macroéconomiques des pays émergents et celles des pays de l’OCDE.

Il y aurait donc peu d’espoir d’amélioration économique dans les années à venir s’il n’y avait comme toujours des accélérations imprévues du progrès technique et puis, rêvons un instant, des politiques économiques plus coopératives à l’échelle mondiale.

Il n’empêche, les trente-six mois à venir seront difficiles car marqués par une croissance extrêmement faible en France et un accroissement inéluctable du chômage. C’est donc dans ce cadre-là qu’il nous faut réfléchir en fixant quelques règles d’action qu’il nous faut en tout état de cause respecter.

Préserver le pouvoir d'achat des plus fragiles

Tout d’abord, si l’on veut éviter une aggravation très brutale de la conjoncture, comme ce fut le cas au deuxième trimestre 2011, il faut que toute politique économique préserve le pouvoir d’achat des plus fragiles; notamment aucune augmentation de taxes ou d’impôt ne doit détériorer les revenus de ces catégories de population aux revenus particulièrement faibles.

Deuxième contrainte: la France fut dans les dix dernières années une exception de par son manque de compétitivité, ce qui renvoie d’une part à l’évolution du coût du travail, mais également à la gamme et au contenu technologiques des produits susceptibles d’être exportés. Chacun le sait, le très important déficit commercial que nous connaissons trouve son origine sans aucun doute pour partie dans le coût horaire moyen du travail, mais également dans la capacité de répondre à la demande mondiale, notamment celle de la zone euro.

On imagine le chemin à parcourir!

L’augmentation indispensable de la CSG pour baisser le coût du travail est une condition nécessaire mais non suffisante. Sa mise en œuvre est moins complexe que ce que l’on en dit, notamment son impact sur le pouvoir d’achat des plus faibles n’est en fait qu’une fausse difficulté car rien n’empêche la mise en place d’une CSG progressive en maintenant les taux actuels pour les revenus les plus bas.

Porter l'effort sur la quantité de travail

Tout cela renvoie à des transformations fiscales, au sens large, très importantes, mais peut-être encore plus à des problèmes d’organisation du travail, de répartition quantitative et qualitative de celui-ci.

En un mot, l’effort doit porter, comme le gouvernement le suscite depuis trois mois, sur la répartition des prélèvements fiscaux, mais il faut également évoquer les efforts sur les quantités de travail fournies par les uns et les autres tant annuellement que sur leur durée de vie professionnelle.

Que de contraintes, sans oublier qu’il faut trouver entre 30 et 40 milliards d’euros supplémentaires de réduction de déficit public en 2013; en ne privilégiant pas comme en 2012 la fiscalité mais plutôt en partageant à égalité l’effort fiscal avec celui de réduction des dépenses publiques.

Les atouts de la France

Et pourtant, dans cette perspective si contrainte, nous disposons de trois atouts qu’il faut mettre résolument au service d’une politique très active, avec la perspective essentielle de renforcer nos capacités d’offre.

Quels sont les atouts que nous n’avons pas su jusqu’à aujourd’hui utiliser suffisamment?

Nous avons un très fort degré de liberté pour transformer le fonctionnement du secteur public dans son ensemble, une jeunesse qui ne souhaite que de s’insérer sur le marché du travail et des capacités financières et d’épargne très importantes.

Transformer le secteur public

Le premier atout est majeur, car son utilisation est la seule voie possible pour résoudre la difficile contradiction de la réduction de la dette et de la nécessité d’un minimum de croissance. Or, jusqu’à aujourd’hui, nous n'avons fait que raboter, bien modestement, des dépenses publiques sans imaginer une quelconque action sur l’organisation de la production des biens et services collectifs.

Or, tous les pays qui ont réussi à réduire leur déficit public, comme le Canada et la Suède, ont bouleversé l’organisation même du fonctionnement de leur administration.

Certes, ils ont bénéficié de ce qui nous est interdit, une dévaluation du change, mais c’est bien la transformation du fonctionnement de leurs administrations centrales, des collectivités locales et de la Sécurité sociale qui a permis de leur faire faire de vraies économies.

Or, en France, nous disposons aujourd’hui d’un levier pour cela.

En effet, la France avait voté à la quasi-unanimité il y a quelques années une révolution nommée Lolf. Sous ce nom barbare, il s’agissait de rendre les administrations beaucoup plus indépendantes, essentiellement liées au succès de leurs objectifs. Ce n’est pas un rêve, c'est ce qui a commencé à marcher pour les universités...

Notre épargne

Second atout, de fortes capacités financières privées avec cette fameuse épargne qui peut, si elle est utilisée efficacement, se substituer largement aux financements publics notamment pour les investissements d’avenir.

Nous avons besoin d’investir massivement dans notre appareil de production, mais également pour éviter des dégradations trop fortes du marché du travail, dans le logement qui a le double avantage d’être une absolue nécessité pour loger les jeunes générations et d’être répartie sur l’ensemble du territoire avec des effets d’embauche immédiat.

Tout cela suppose que l’épargne française soit incitée à être de long terme, c'est-à-dire que la fiscalité rende beaucoup plus avantageux la détention de produits d’épargne de long terme plutôt que de court terme, avec un avantage complémentaire si celle-ci est dédiée à des investissements d’avenir. 

Notre jeunesse

Quant à notre jeunesse, notre troisième atout, elle est évidement la première source de retour au dynamisme économique.

Pour que ceci se produise, l’aide publique doit être radicalement rebasculée: les flux financiers publics dédiés aux jeunes générations et notamment pour la formation sont, relativement à ceux dédiés aux plus de 60 ans, parmi les plus faibles des pays développés.

On n’échappera donc pas à des transferts entre la génération des seniors et la génération des moins de 30 ans.

Mais il faut également recréer de la confiance et ceci passe par la généralisation des contrats à durée indéterminée pour les jeunes, marque de confiance indispensable, mais bien entendu assortie de périodes d’essai adaptées.

On le voit, l’une des voies essentielles d’une politique économique imaginative et financièrement jouable est de modifier les rapports économiques entre les générations.

On vient d’en évoquer deux exemples, mais ceci passe évidemment aussi par la normalisation du travail des seniors, dans des conditions équivalentes à celles des autres pays développés. Le cœur du sujet, ce qui est aujourd’hui le véritable poison pour la société française, c’est la solution au problème des retraites.

Car derrière cela, se trouvent posées les questions d’allongement de la durée de vie professionnelle dans le cadre de choix individuels et le rééquilibrage financier de notre protection sociale. Le nouvel équilibre entre générations passe donc obligatoirement par la mise en œuvre  d’un régime à la suédoise, par étapes.

En conclusion, il n’y a pas de solution miracle, de financement caché à la situation actuelle. La politique économique à mener ne peut être que la mise en œuvre de mécanismes de confiance, d’incitation à l’activité, de transparence dans les flux financiers et de réadaptations fiscales justes, mais non punitives.

Jean-Hervé Lorenzi

Jean-Hervé Lorenzi
Jean-Hervé Lorenzi (9 articles)
Président du Cercle des Economistes
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