France

Comment peut-on s’enthousiasmer pour le duel Fillon/Copé?

Vincent Le Biez, mis à jour le 09.09.2012 à 9 h 02

Cinq bonnes raisons de s'y intéresser... et cinq raisons de soutenir l'ancien Premier ministre.

Jean-François Copé et François Fillon en janvier 2012. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Jean-François Copé et François Fillon en janvier 2012. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Après plus d’un an passé à voir de la politique sur tous les plateaux télé, à en entendre sur toutes les ondes de radio et à en lire dans tous les journaux, les Français sont désormais sommés de s’intéresser au futur congrès de l’UMP avec la confrontation entre François Fillon et Jean-François Copé. On peut anticiper une certaine lassitude de l’opinion publique et se dire que cette affaire ne concerne après tout que les militants UMP, qui représentent à peine 0,5% des Français selon les chiffres officiels.

Je vais donc essayer de vous fournir les 5 bonnes raisons de s’intéresser au congrès de l’UMP ainsi que les 5 bonnes raisons de soutenir François Fillon.

Les 5 bonnes raisons de s’intéresser au congrès de l’UMP

1.  Parce que futur congrès de l’UMP s’annonce largement plus passionnant que celui du PS

Pour la première fois de son histoire, les militants de l’UMP devront faire un véritable choix pour leur équipe dirigeante. Cette situation diffère des congrès précédents où l’élection d’Alain Juppé puis de Nicolas Sarkozy n’avait pas suscité un véritable débat au sein du parti.

Cela tranche surtout avec le congrès du PS qui s’annonce où la mode sera au doigt sur la couture du pantalon avec une motion quasi-unique soutenue par Aubry et Ayrault et un dauphin de la maire de Lille qui sera très certainement désigné par elle. Entre Désir et Cambadélis, le suspense est intenable et la confrontation idéologique s’annonce intense !

2.  Parce que c’est l’occasion pour l’UMP de choisir entre une opposition à l’anglaise ou à l’américaine

Le principal débat de cette pré-campagne à l’UMP concerne la nature de l’élection du futur président de l’UMP. S’agit-il de désigner celui qui sera, selon toute vraisemblance, candidat à la présidentielle en 2017 face à François Hollande ou bien de choisir simplement celui qui mènera la campagne des municipales en 2014.

Au fond, l’UMP doit choisir entre deux modèles d’opposition: un modèle à l’anglaise où le leader de l’opposition est connu longtemps avant les prochaines élections (il forme même un shadow cabinet) ou un modèle à l’américaine où le candidat de l’opposition sort du chapeau au dernier moment, à l’occasion d’une primaire ouverte. Le modèle anglais a l’avantage de la clarté, une qualité dont notre vie politique a bien besoin.

3.  Parce que la droite reste la force idéologique dominante dans le pays

En perdant avec 48,5% des voix malgré 10 années passées au pouvoir, 4 années de crise qui ont vu le chômage s’envoler, un candidat qui suscitait l’hostilité personnelle d’une bonne fraction du corps électoral et le soutien du candidat centriste au candidat socialiste, on peut dire que la droite a fait mieux que sauver les meubles lors des dernières élections.

En réalité, ses positions idéologiques ne sortent nullement amoindries de cette séquence électorale. La chute de popularité du nouvel exécutif, incapable de passer de l’incantation anti-sarkozyste et des ambigüités de la campagne électorale à la recherche de solution efficaces pour le pays, vient confirmer le fait que la droite est d’ores et déjà une opposition crédible qui a toutes les chances de reconquérir les territoires en 2014 et le pouvoir en 2017. Le choix du futur président de l’UMP est donc un moment important pour l’avenir du pays.

4.  Parce que certaines positions doivent être clarifiées par la droite à l’occasion de ce congrès

Sans verser dans le sempiternel «débat sur les valeurs» dont on ne voit pas très bien ce qui peut en sortir, ce congrès doit être l’occasion d’apporter un certain nombre de clarifications pour l’UMP.

Ce parti a-t-il vocation à incarner la droite et le centre ou doit-il laisser de l’espace pour un autre parti de centre-droit, souhaité par Jean-Louis Borloo? L’UMP doit-elle entrer dans une opposition constructive en soutenant certaines réformes qui peuvent aller dans le sens de la compétitivité ou de la diminution des dépenses publiques ou bien doit-elle incarner une opposition plus frontale? Comment l’UMP compte-t-elle aborder les questions de société qui vont être mise à l’agenda politique par François Hollande et son gouvernement dans les mois à venir?

5.  Parce que l’on peut être fier de l’action de Nicolas Sarkozy sans verser dans la nostalgie

L’Association des Amis de Nicolas Sarkozy est une initiative sympathique, mais elle peut vite tourner au rassemblement des anciens combattants du sarkozysme pétris de nostalgie.

Ce congrès de l’UMP doit être l’occasion au contraire de se tourner vers l’avant, sans renier pour autant l’héritage des 5 années de mandat de Nicolas Sarkozy. Rien n’interdit un retour de l’ancien Président dans l’arène politique nationale, mais rien ne serait pire pour l’UMP que d’attendre désespérément une telle décision hypothétique, en oubliant de préparer un nouveau projet pour le pays.

Les 5 bonnes raisons de soutenir François Fillon

1.  Parce que sous ses airs de gendre idéal, Fillon est un réformateur radical et déterminé

Certains aimeraient faire passer François Fillon pour le Droopy de la vie politique française, ils se méprennent lourdement sur les ambitions réformatrices de cet homme politique atypique.

Sans hausser le ton ou faire des effets de manche, François Fillon trace avec constance une ligne résolument réformatrice et déterminée en vue de redresser le pays. Sa lucidité sur l’état des finances publiques en 2007 lui a valu quelques remontrances qui sont finalement à porter à son crédit. Plutôt que de communiquer sur des demi-réformes, il est attaché à leur contenu réel afin qu’elles changent effectivement le pays. Ses premières propositions de campagne sur les 35h, le temps de travail des fonctionnaires, l’indemnisation du chômage ou l’intégration européenne confirment ce positionnement politique sans concessions.

2.  Parce que cette élection n’est pas un concours d’imitation de Nicolas Sarkozy

Après avoir passé plus de 3 ans à critiquer en creux l’action de Nicolas Sarkozy en tant que président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé a résolument choisi de coller au plus près du président sortant depuis la campagne présidentielle, jusqu’à lui emprunter ses slogans et ses expressions fétiches.

Un tel revirement, symptomatique des excès dont est coutumier Jean-François Copé, n’est pas à la hauteur de la défense déterminée mais sans flatterie du bilan des années Sarkozy par François Fillon. En assumant ses différences, notamment de style, avec le président sortant, il ne fait qu’affirmer une évidence: Nicolas Sarkozy est de toute façon inimitable.

3.  Parce que l’absence de démagogie de Fillon est aussi apaisante que la rhétorique de Copé est irritante

Le refus du populisme et de la démagogie est la marque de fabrique de François Fillon, le titre de son ouvrage de 2006 La France peut supporter la vérité est à ce titre instructif. Il parie sur le fait que l’on peut traiter les électeurs en adultes responsables, en leur exposant clairement les défis et les menaces auxquels notre pays est confronté et qui impliquent des réformes audacieuses, notamment en matière de compétitivité économique.

Jean-François Copé est, quant à lui, un rhéteur efficace (comme il l’a prouvé lors de son face-à-face avec François Hollande pendant la campagne) mais irritant. Malgré son livre Promis, j’arrête la langue de bois, paru lui aussi en 2006, on a du mal à trouver la sincérité de son propos, souvent masquée l’ambition et l’opportunisme.

4.  Parce qu’un Premier ministre sortant qui devient personnalité politique préférée des Français, on n’en voit pas tous les jours

En France, il est rare que les Premiers ministres restent en poste pendant toute une mandature, François Fillon a rejoint le club très fermé de ceux qui ont gouverné pendant 5 ans composé de Lionel Jospin, Raymond Barre ou Georges Pompidou. Mais qui aurait pu imaginer qu’après avoir exercé un poste aussi impopulaire, il devienne, selon la plupart des sondages, la personnalité politique préférée des Français? L’UMP commettrait une grave erreur en ne choisissant pas pour chef un tel leader naturel, qui a déjà su tisser un lien profond avec les Français.

5.  Parce que mieux vaut être soutenu par Pécresse et Wauquiez que par Morano et Dati

Pour finir sur une touche plus légère, comment ne pas appliquer à Jean-François Copé l’adage «avec des amis comme cela, on n’a pas besoin d’ennemis».

Le soutien de Nadine Morano, devenue le symbole de tout ce qui déplaisait à l’opinion française dans le sarkozysme convulsif, et surtout de Rachida Dati, qui n’a eu de cesse d’invectiver François Fillon en pleine campagne électorale, se comportant en véritable enfant gâtée de la politique, sont de ce point de vue éloquents. Ces soutiens n’augurent pas d’une opposition apaisée et réfléchie en cas de victoire de Jean-François Copé.

Au contraire, les principaux soutiens de François Fillon (Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Eric Ciotti, Gérard Larcher, Jean Léonetti,…) incarnent des composantes diverses et légitimes de l’UMP qui doivent désormais se fédérer pour emmener l’ancien Premier ministre vers la victoire en novembre prochain!

Vincent Le Biez

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