France

L'église catholique contre le mariage homosexuel, trois arguments qui ne tiennent pas

Yves Ferroul, mis à jour le 20.08.2012 à 18 h 31

Une tribune d'Yves Ferroul, médecin, sexologue et écrivain.

Pièce montée à Oxford, en février 2012. REUTERS/Andrew Winning

Pièce montée à Oxford, en février 2012. REUTERS/Andrew Winning

L’Église catholique s’oppose au mariage homosexuel en avançant plusieurs arguments. D’abord, l’homosexualité serait, en soi, «une dépravation grave» (Catéchisme, § 2357). Ensuite, le mariage est un sacrement qui lie un homme et une femme. Enfin, un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour s’épanouir.

Le premier argument est censé s’appuyer sur des textes de la Bible, dont le plus célèbre est l’épisode de Sodome et Gomorrhe: ces deux villes auraient été détruites par Dieu pour punir leurs habitants de leur homosexualité.

Or, pour les historiens, cet épisode illustre l’impiété et un refus d’hospitalité envers l’étranger, comme le confirment l’épisode parallèle de Gidéa (Juges, XIX, 22-25) ainsi que toutes les références à Sodome dans le reste de la Bible comme dans les évangiles.

D’autres textes renvoient à des lettres de Paul, mais des erreurs de traduction les annulent. Le seul texte explicite est celui du Lévitique (XX, 13), mais il est inséré dans un ensemble de prescriptions rituelles juives dont les chrétiens se sont affranchis dès l’époque de Paul, ce qui rend curieuse la volonté de s’accrocher à tout prix à cette seule interdiction, en ignorant toutes les autres.

D’ailleurs des protestants, plus conséquents, ne s’estiment pas concernés par ces malédictions, et ont accepté d’ordonner des pasteurs homosexuel(le)s et de marier des personnes de même sexe. (Pour le point de vue d’un catholique marié contraire à celui de la hiérarchie, cf. Bruno Grange, La Sexualité, chemin vers Dieu, éd. Du Signe. Pour une étude détaillée de l’épisode de Sodome).

Le deuxième argument n’est valable qu’à l’intérieur de la communauté catholique. Pour la société civile, le mariage est un contrat qui a été mis en place il y a environ 8 à 10.000 ans, quand les sociétés humaines se sont structurées autour de l’agriculture et de l’élevage.

Auparavant, on a toutes les raisons de penser que les groupes humains vivaient à peu près comme les autres chimpanzés, les macaques ou les babouins, en sociétés ignorant la paternité et dont les petits étaient élevés par les mères, les femmes de la famille de la mère, et les hommes «amis» de la mère: chaque individu devait chercher personnellement sa nourriture quotidienne, et personne ne pouvait asservir autrui.

Mais à partir du moment où du grain pouvait être stocké, que des bêtes pouvaient être accumulées, des «dominants» sont apparus qui ont pu monopoliser la nourriture et ainsi s’asservir des congénères. Le contrat définissant la répartition des biens en cas d’alliance devient nécessaire.

Accaparer les femmes qui vont donner les enfants, héritiers ou main d’œuvre, doit se faire dans les règles, par des accords entre clans de dominants. Le «mariage» n’est que ce contrat social. Cet état des choses est bien reflété dans la Bible juive, dans l’Ancien Testament chrétien.

Les Grecs et les Romains ont toujours ce contrat privé entre les familles. En Europe, c’est très tard que l’Église catholique finira par imposer un mariage devant témoin (le mariage à l’église: XVIe siècle?). La Révolution française le transforme en contrat devant l’État, qui définit ses clauses et en garantit le respect.

L’État ne s’occupe pas des raisons du mariage (si les individus s’aiment ou non, veulent des enfants ou non, ne sont mus que par l’intérêt ou pas, etc.): il prend fait que deux individus veulent lier leurs vies, et définit les conditions matérielles dans lesquelles cela peut se faire, en proposant aujourd’hui le choix entre deux types de contrats (pacs ou mariage) et en laissant la liberté de ne pas établir de contrat (concubinage).

On ne voit donc pas ce qui empêcherait, par principe, un tel contrat entre deux personnes de même sexe, ce que constataient déjà les juristes romains comme Cicéron (cf. Jared Diamond, Le Troisième chimpanzé, Folio).

Le troisième argument, qui affirme qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour se construire, ne correspond pas à la quasi-totalité de l’histoire humaine. De plus, il occulte les problèmes posés par la famille nucléaire («familles, je vous hais»), par les ruptures de couples (familles monoparentales, recomposées) ainsi que l’état de fait actuel des dizaines de milliers d’enfants élevés par des couples homosexuels.

Cet argument tient à l’évidence de l’idée reçue et du préjugé, et n’a pas de fondement dans le concret des situations réellement vécues. Et notons également le paradoxe de ces hétéros qui refusent aux homos de s’occuper d’enfants, quand on connaît le chiffre des gosses maltraités et abusés par de bons hétéros, vivant en couples hétéros.

Souvenez-vous: les catholiques objectaient déjà que la liberté d’avorter allait conduire à une prolifération infinie du massacre des fœtus; que la famille allait disparaître avec l’instauration du pacs! À force de crier «au loup!» sans que personne ne voie de loup surgir, les catholiques ont convaincu la majorité des français qu’ils étaient de piètres prédicateurs d’avenir.

N’ayons donc pas peur de l’avenir de la famille, et laissons les homosexuels qui le désirent se marier et élever des enfants: la société en sera plus humaine et plus riche dans sa diversité!

Yves Ferroul

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