- Une manifestante contre le projet d'abolition, le 7 juillet 2012 à Paris. REUTERS/Regis Duvignau -
La proposition de Najat Vallaud-Belkacem d’abolir la prostitution fait ressurgir un débat prégnant chez les féministes. De nombreux articles sont consacrés à la position abolitionniste, le nôtre vise à expliquer le raisonnement égalitaire qui incite une partie des féministes à défendre la position non abolitionniste.
Nous ne nous prétendons pas réglementaristes. La France a été pionnière du système réglementariste au XIXe siècle et a fait des prostituées une classe à part, stigmatisée et enfermée. Elle a donné du pouvoir aux hommes sur les prostituées, qu’ils soient clients, proxénètes, policiers ou médecins.
Le système que nous défendons peut se qualifier comme légaliste mais pas à la hollandaise, qui applique un modèle réglementariste. Par exemple, dans les systèmes néerlandais et allemand, les prostituées sont soumises à des tests médicaux obligatoires et forcés, ce qui est contraire aux droits de l’homme et le réglementarisme à la hollandaise ou à l’allemande ne peut pas se dissocier du proxénétisme. Il ne s’agit donc pas de défendre les systèmes allemand et hollandais par opposition au système suédois, mais il s’agit de créer un système qui corresponde au mieux à une société égalitaire et qui permette de lutter efficacement contre l’esclavage sexuel.
Précisons d’emblée que nous ne parlons que de la prostitution exercée sans la contrainte d’un proxénète ou d’un réseau. Les partisans du non abolitionnisme n’ont en effet jamais nié l’horreur vécue par les esclaves sexuelles, mais s’efforcent simplement de dissocier leur sort des prostituées non contraintes.
Raisonner en termes de nombre, en montrant qu’il y a plus d’esclaves sexuelles que de personnes prostituées consentantes n’est pas un argument valide: de nombreux combats féministes occidentaux, comme celui touchant la publicité sexiste ou la parité sur les listes électorales ne toucheront jamais qu’une minorité de femmes dans le monde, pourtant ils sont indispensables.
Nous ne nions pas non plus la violence que subissent l’écrasante majorité des prostituées, y compris les prostituées libres. Mais, contrairement aux abolitionnistes qui considèrent que la violence est inhérente à la prostitution, les non abolitionnistes considèrent que la violence que subissent les prostituées est liée à leur situation:
L’abolitionnisme tend à montrer que la prostitution ne peut être une activité comme les autres. Nous répondons que toute activité non réglementée –c’est-à-dire non soumise au droit du travail– ne sera jamais une activité comme les autres. Les travailleurs au noir dans le BTP (Bâtiment et Travaux Publics) sont eux aussi corvéables à merci. Toute activité où l’un des deux contractants a plus de droits que l’autre entraîne automatiquement des situations d’exploitation.
Un autre argument des abolitionnistes est «si c’était un métier comme un autre, les parents le conseilleraient à leur fille». D’une part, aucun parent responsable ne conseillerait à son enfant un métier se situant à la limite de la légalité et stigmatisé par la société. D’autre part, combien de parents conseilleraient à leur fille d’avoir des relations sexuelles désirées avec une centaine d’hommes, juste pour le plaisir, pour être sûrs que leur fille ait suffisamment d’expérience afin choisir l’homme qui lui convient le mieux? N’est-ce pas simplement le fait que leur fille puisse librement utiliser son sexe avec des partenaires multiples qui serait dérangeant?
Les abolitionnistes aiment à rappeler des chiffres, jamais remis en question, sur la prostitution. On a pu ainsi voir qu’un grand nombre de femmes prostituées ont été des enfants violées ou battues. Déjà nous ne pouvons connaître ce nombre que par celles qui sont venues demander de l’aide dans des associations. Nous ne saurons jamais rien de la vie des autres.
Mais admettons que ces chiffres soient exacts. 80% des femmes prostituées auraient subi des violences sexuelles dans leur enfance. A contrario, 20% n’en ont pas subi. De plus, les femmes qui ont subi des violences sexuelles durant leur enfance ne deviennent pas toutes prostituées. Il n’y a donc pas de lien de corrélation automatique entre violence sexuelle durant l’enfance et prostitution.
Ensuite vient la question du choix.
Nous sommes produits de notre éducation mais aussi agents. Un grand nombre, une majorité d’enfants victimes de violences ne deviennent pas prostituées. C’est donc aussi un choix de se prostituer. Choix certes plus ou moins conditionné par notre passé, mais ni plus ni moins que tous nos choix de vie. Il ne s’agit évidemment pas de dire que la personne prostituée est entièrement responsable de son sort mais de simplement réaffirmer qu’elle a fait un choix comme n’importe quelle autre personne.
Roxane Nadeau, prostituée, le dit elle-même:
«J’ai été abusée quand j’étais fillette, comme plusieurs aiment tant dire. Désolée, j’avais sept ans la première fois, pas trois ans, ni huit mois. Et je suis virée pute de rue, junkie en plus et oui, il y en a un rapport. Mais c’est mon histoire, la mienne. Je suis travailleuse du sexe et bien d’autres choses, lesbienne et féministe entre autres et oui, il y en a un rapport.»
Nous pourrions tout autant nous interroger sur ce qui peut pousser une personne à embrasser une carrière militaire, sachant qu’il risque d’être tué ou de tuer. Peu de choix sont indépendants de notre passé (familial, économique...) que celui-ci ait été lourd en difficultés ou pas.
Enfin, rien que le fait de nier aux personnes violées la capacité de poser des choix éclairés revient à les condamner une seconde fois: quand elles sont enfants, elles subissent la violence en général masculine et quand elles deviennent adultes, des féministes leur disent qu’elles sont incapables de choisir la vie qui leur convient le mieux parce qu’elles ont été violées.
Toute femme ayant été violée doit-elle être considérée comme une mineure tout le restant de sa vie? Est-ce vraiment une avancée féministe de maintenir une partie des femmes dans la situation d’un enfant, alors que durant les décennies précédentes, le féminisme a précisément contribué à permettre aux femmes d’être considérées comme des adultes?
Il est certain que la conduite prostitutionnelle amènera à des pathologies que ne connaîtront jamais l’universitaire ou la femme cadre. Mais pourquoi penser que ces pathologies sont uniquement dues à la prostitution?
A part le phénomène de clivage, toutes les pathologies physiques régulièrement citées (IST, affections respiratoires, problèmes de dos...) sont partagées par de nombreuses personnes. Les ouvriers ont une espérance de vie beaucoup moins importante que celle des cadres par exemple. Quand une personne subit l’opprobre à cause de son activité ou à cause de ce qu’elle est, elle a des difficultés à aller se faire soigner chez un médecin ou en hôpital. Il en est de même pour les travailleurs clandestins.
Ce n’est donc pas la seule prostitution qui entraîne pathologies, maladies et mort précoce mais toute activité ou situation précaire et/ou pénible.
Le taux de mortalité si élevé chez les prostituées est dû au fait que les prostituées sont sans droit, dans une clandestinité de fait et, contrairement aux autres professions, ont des difficultés à exiger l’intervention de la police en cas de problème avec un client.
L’enjeu de la position non abolitionniste est d’octroyer les mêmes droits et donc les mêmes protections aux prostituées qu’à l’ensemble des travailleurs.
Les pathologies psychologiques n’ont pu être constatées que sur les personnes qui ont rencontré des travailleurs sociaux et l’on n’a pas pu étudier les personnes prostituées qui n’ont vu aucun membre d’association.
Il est certain que les prostituées sont plus touchées par les maladies vénériennes. Si elles étaient reconnues et avaient à leur disposition une réglementation sur laquelle elles pourraient s’appuyer pour défendre leurs droits, elles pourraient aussi beaucoup plus facilement imposer le port du préservatif. Une prostituée reconnue, protégée par la loi et pouvant faire appel aux forces de l’ordre si elle est menacée par un client sera dans une situation bien meilleure pour exiger le port du préservatif qu’une prostituée dans la clandestinité ou dans une situation de non droit.
Selon les abolitionnistes, il faudrait abolir la prostitution parce que cette activité est dénigrée par la société. Mais plutôt que de condamner l’activité en elle-même, ne faudrait-il pas plutôt se battre contre ceux qui la dénigrent? Il est certain que «sale pute» est une insulte.
«Sale gouine» en est aussi une et l’homosexualité est aussi stigmatisée. Doit-on «transformer» toutes les lesbiennes en hétérosexuelles pour qu’elles ne subissent plus ce stigmate? Les personnes prostituées cachent leur activité parce qu’elle est stigmatisée, tant par la société que par les abolitionnistes eux-mêmes.
Le «stigmate de pute» (en anglais «whore stigmat») touche toutes les femmes. En se désolidarisant des prostituées, les abolitionnistes oublient qu’elles sont elles aussi touchées de ce stigmate.
Oui la prostitution est une activité sujette à violence. Mais les statistiques de viol connues de toutes les féministes rappellent bien que la majorité des cas de viols sont commis dans le cercle restreint de la famille et du proche voisinage. Plus que la prostitution, ce sont les relations hommes/femmes qui sont à remettre en cause.
Gail Pheterson trouve injustifiable qu’on réponde à la violence des hommes en réglementant le comportement des femmes. Aux Philippines, le gouvernement a voulu interdire aux femmes d’aller travailler à l’étranger à cause des violences qu’elles y subissaient. On empêche les femmes d’agir, alors que ce sont les hommes qui sont violents.
De même, la réclusion des femmes et le port du voile dans les pays musulmans avait pour origine de protéger les femmes contre les enlèvements par les tribus voisines et contre les violences qu’elles subissaient dans la rue. N’aurait-il pas été préférable de condamner les hommes qui enlevaient ou harcelaient les femmes dans l’espace public, plutôt que priver les femmes de liberté?
Pourquoi serait-ce à la personne qui se prostitue de se réinsérer au lieu de punir l’homme violent?
Aucune des personnes prostituées ne nie la violence qu’elle subit et elle la connaît certainement mieux que nous.
«Mais se foutre de ce que l’on dit. Trop occupées à nous caser dans des rapports de colonnes qui réfléchissent encore sur le pays modèle. Accrochées aux faux habits de suède, aux loteries arrangées. Trop occupées à vouloir nous sortir de tout, plutôt que de là. La perversion des théories bandits, les coups de couteaux dans le dos. Quand seules les repenties valent la peine. Obligées d’avoir été abusées et s’excuser de se faire égorger. Pour être reçues. La honte. Attisée par les supérieures sous le couvert qu’il faut que ça arrête. Mon oeil! Sous le couvert, qu’il faut qu’on arrête, plutôt! Devenir respectables pour être respectées. Si on arrête, il faut que ce soit pour arrêter. Pas pour ne plus se faire battre ou regarder de travers. C’est la violence qui doit cesser. La violence de partout: police, clients abuseurs, féministes abolitionnistes ou qui réfléchissent, pendant qu’on meurt. Qu’est-ce ça va prendre pour nous croire. Des histoires personnelles de filles fuckées?» Roxane Nadeau
Pheterson parle d’agentivité; le fait pour une femme d’être son propre sujet et de décider pour elle-même. Elle critique le fait qu’on oppose agentivité et victimisation. On peut être victime en tentant d’être plus agentive. Les personnes prostituées savent que la prostitution est une activité dangereuse, mais l’on peut choisir cette violence pour échapper à un sort pire (par exemple le mariage forcé, la non disponibilité de ses biens). Relisons à ce titre le Manifeste des Travailleuses du Sexe de Calcutta. Pheterson souligne en outre que les lois sur la prostitution ne condamnent pas les discriminations et les sévices mais les initiatives économiques et géographiques des prostituées.
Personne chez les non abolitionnistes ne sous-entend que la prostitution de rue est la panacée pour celles et ceux qui la pratiquent. Il est évident que certains souhaitent changer d’activité comme un travailleur clandestin souhaitera le faire ou même une caissière de supermarché ou un commerçant dans un quartier difficile. Cette activité répond à un besoin économique d’un instant plus ou moins long.
Nous terminerons par un rapport daté de juillet 2012 de la commission mondiale sur le VIH et le droit.
«Selon la police, le commerce sexuel dans la rue a diminué de moitié en Suède, mais globalement, il reste au niveau qu’il avait avant la promulgation de la loi, mais est devenu, en grande partie, clandestin. Il s’est déplacé dans les hôtels et les restaurants, ainsi que sur Internet et au Danemark. Selon les services suédois de police judiciaire, il est devenu plus violent. Ces services s’inquiètent particulièrement de l’arrivée dans la profession de femmes étrangères, souvent entièrement contrôlées par des proxénètes. (…) Malgré plus de 2.000 arrestations, à peine 59 clients ont été soupçonnés de s’être procuré les services de travailleurs du sexe. Seulement 2 condamnations ont été enregistrées après que les auteurs ont plaidé coupables. Aucune peine d’emprisonnement n’a été prononcée en vertu de la loi, et seules des amendes dérisoires ont été imposées. Les délits sont pratiquement impossibles à prouver. De plus, les travailleurs du sexe ne se considèrent pas comme des victimes et hésitent souvent à témoigner contre leurs clients.»
En tant que féministes non abolitionnistes, nous refusons de laisser le débat sur la prostitution s’enfermer dans le choix entre le modèle abolitionniste suédois et le modèle réglementariste néerlandais ou allemand. Tous deux ont en effet des conséquences très négatives pour les prostituées, soit en les envoyant dans la clandestinité totale, soit en encourageant le proxénétisme.
Nous sommes convaincues qu’il est possible d’emprunter une troisième voie, de développer un nouveau système, un modèle français, basé sur les principes de liberté et d’égalité, et plaçant les prostituées, leur protection et leurs intérêts, au cœur de son dispositif.
Marie-Hélène Lahaye et Valérie Rey-Robert
En fait, je ne vois guère que les poètes pour reconnaître l'hypocrisie et la bêtise des hommes au-delà de tout formatage idéologique.
Aussi comme le chantait Gilles Vignault:
"Quand les hommes vivront d'amour,
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous nous serons morts, mon frère..."
Et, oui d'ici là que ça arrive("Nous serons morts, mon frère...")
Ah! Misère!...
Ne mettez pas tout les hommes dans le même panier s'il vous plait les femmes également sont hypocrites et peuvent faire des bêtises, tout dépend de l'éducation qu'on a eu, c'est ça la vraie égalité
Bravo pour cet article qui nous rappelle calmement quelques vérités d'évidence. Un pronostic : aurez vous beaucoup de réactions ? Peut-être pas... ce qui est amusant, c'est de contester et de s'opposer!
Ce qui mettrait de l'ambiance, ce serait d'avoir au moins un ou deux abolitionnistes qui viendraient ici faire leur numéro habituel : se rouler par terre, pris de convulsions et la bave aux lèvres, proférant leurs habituels stéréotypes incohérents : "vendre son corps", "esclavage".
Je me suis toujours demandé quel pouvait être le profil personnel de ce genre d'individualités, leurs traumatismes et leurs souffrances, mais sur internet, impossible de le savoir.
Est-ce à dire que votre article n'est pas très utile : certainement pas ! Nous avons donc eu dans les cinq années précédentes parmi un amoncellement de mesures racoleuses (le mot est choisi avec soin), débiles, injustes et inapplicables, qui constituent un véritable "Inventaire à la Prévert", au moins une qui concernait le "plus vieux métier du monde".
Et puis, il y a eu cette dame qui a voulu conclure sa carrière ministérielle ratée par, dernier clou à son cercueil politique, une ultime proposition de démagogie ciblée.
Il faut dire que devant la perspective d'un désastre électoral annoncé, nous avons assisté à d'autres dérapages encore bien plus écoeurants... et qui ont été à quelques pourcents de réussir !
Quand au faux-pas de la charmante porte-parole, il faut sans doute l'attribuer à sa jeunesse et son manque d'expérience de la vie, et surtout remarquer si l'onde de choc n'en est pas terminée, il me semble qu'elle a depuis gardé le silence.
La principale question pratique que vous posez : faut-il rendre un dépistage régulier obligatoire ? Probablement pas, celà donne une fausse sécurité.
Encore Bravo et Merci !
quel pourcentages d'emplois réservés dans la "troiseme voie à la francaise"
- aux etrangeres avec et sans papiers
- aux travestis et transsexuels ?
dont je crois (sans en etre sur car j'ai vaguement somnolé pendant la lecture) qu'il est vaguement question dans ce (trop) long article...
quel taux de TVA applicable pour protéger la main d'oeuvre francaise contre la concurrence roumaine ou sénégalaise ?
les heures sups seront elles défiscalisées ?
les frais professionnels seront il indexés sur ceux des députés
où peut on se procurer le badge de la phto illustrant cet article
j'ai 2 ou 3 cadeaux a faire à des copines ?
Je suis totalement d'accord. Bravo d'essayer de sortir le débat de la confrontation "modèle néérlandais/allemand vs modèle suédois", dans laquelle les abolitionnistes veulent nous garder.
Je comprends les prostituées qui préfèrent ce qu'elles font par rapport à des boulot pénibles peu rémunérés. Les abolitionnistes préféreraient qu'elles aillent à l'usine ou au supermarché. En fait ils s'attaquent aux symptômes et pas au réel problème qu'est la précarité.
C'est très rare de voir défendu la possiblité d'un modèle français, qui serait évidemment basé sur les principes d'égalité et de liberté. En plus, on ose critiquer ici le modèle allemand, merci.
Nous avons, sur un cas précis, tout ce que l'Europe nous fait perdre, la grande tradition des Lumières, de la liberté et de la responsabilité individuelle. Ce serait intéressant d'étendre cette comparaison à d'autres domaines.
PS, Verts, NPA sont des Girondins, fascinés par le modèle allemand, l'UMP est une droite médiocre, voilà sans doute pourquoi nous ne produisons pas grand chose de beau depuis beaucoup d'années déjà. Nous aurions pu être en pointe dans la défense de la dignité de la femme et de l'être humain, malheureusement, je crois que l'européisme nous interdit d'exprimer nos beaux côtés.
Il y a un pas en avant dans le fait de reconnaître que les positions réglementaristes sous-entendent un proxénétisme institutionnalisé. Bravo.
Mais les auteures pèchent par idéalisme en ne prétendant ne parler que de "de la prostitution exercée sans la contrainte d’un proxénète ou d’un réseau". Quand ces réseaux existent, ne serait-ce que pour assurer la publicité et l'approvisionnement de l'industrie du sexe, c'est de l'angélisme que de limiter la perpective au cliché de l'entrepreneure entièrement libre de ses profits et de ses choix. C'est abandonner une majorité démunie au nom d'une "travailleuse du sexe" virtuelle, la "happy hooker" roulant sur l'or que nous vend le porno, entre autres fantasmes, et à laquelle de plus en plus de femmes répondent en citant leur vécu - voir le film L'IMPOSTURE de la Québécoise Ève Lamont.
En s'en tenant à ce paradigme de l'entrepreneure qui devrait être libre de vendre quoi que ce soit - un jusqu'au-boutisme néolibéral qui donnerait le feu vert aux ateliers de misère et à la vente d'organes - les auteures négligent ce qu'il y a de réellement neuf dans ce dossier: le projet abolitionniste de mettre fin à toute répression des femmes en prostitution pour braquer plutôt l'analyse et des politiques dissuasives efficaces sur ceux (et celles) qui exploitent leur condition de pauvre ou d'immigrante et contribuent à une dégradation des conditions de travail pour toutes les femmes: les trafiquants, macs et michetons maintenant ciblés dans de plus en plus de pays: la Suède mais aussi la Norvège, l'Islande, la Finlande et peut-être enfin la France... un jour.
Une analyse qui se qualifie de "légaliste" ("Faire prévaloir sur toute autre considération le respect du droit positif" - Larousse), comme choisissent de le faire les auteures, échoue nécessairement à rendre compte d'une situation où les lois changent, justement, et où un parti ge gauche comme le PS a pris parti pour les exploitées (que sont la grande majorité des femmes et jeunes prostitué-es) et non pour le maintien de privilèges de leurs exploiteurs.
C'est dire qu'on ne peut éluder la question du droit ou non d'un système patriarcal à vendre la sexualité des gens comme n'importe quel bien de consommation.
Je me permets de réagir à cet article... Je me suis inscrite sur Slate uniquement pour cela ! Je ne comprends pas que toi, ShivaNataraj, parle avec autant de mépris des personnes qui sont contre la légalisation de la prostitution... Car des anciennes prostituées elles-mêmes sont contre la légalisation, leur témoignage est poignant, il nous crie à la figure la douleur intense de ce qu'elles ont vécu...
Je ne comprends pas pourquoi les médias taisent la voix de ces femmes blessées. Non, je ne comprends pas pourquoi seul le point de vue non-abolitionniste soit crié et chanté sur tous les toits, alors que des ex-prostituées elles-mêmes crient contre cela... Le débat n'est pas juste, il n'est pas égal ! Je veux dénoncer une injustice profonde en mettant ici le témoignage d'ex prostituées parlant de ce thème, ces voix que l'on MUSELLE. Je PENSE que l'on muselle ces voix car TROP d'intérêts FINANCIERS sont en JEU :
http://sisyphe.org/spip.php?article4164
http://sisyphe.org/spip.php?article840
Que justice soit faite à ces femmes... Que leur honneur leur soit rendu, cet honneur déjà trop souvent volé pour ensuite que l'on le leur prenne encore une fois en muselant leurs voix... !
Voilà une position intelligente et constructive
Il faudrait même donner une médaille du travail à certaines consolatrices de maris frustrés; elles mériteraient d'ailleurs la reconnaissance de leurs épouses.
Et puis on ne saura jamais combien de viol de femmes de tous âges sont évités grâce à ces dames supposées libres et indépendantes.
Créez donc un site sur la question ; vous servirez l'intérêt général
Merci pour nous.
Je trouve que cet article n'est, malgré tout, pas très disert sur ce que pourrait être la "prostitution à la française". Ce qui manque principalement chez nous, ce sont des lieux où ces dames (et messieurs et transgenres) puissent exercer leur activité dans des conditions sûres et confortables, mais surtout pour un coût raisonnable!
Je me souviens d'avoir visité autrefois un gigantesque Eros Center à Cologne en Allemagne, et j'ai vu les photos d'un charmant immeuble de vitrines que l'on vient d'inaugurer à Anvers, en Belgique.
Le proxénétisme est d'abord et avant tout hôtelier, si profitant des lois et des interdits, le propriétaire du lieux de travail prend une part trop importante des honoraires.
Après, la fille fait ce qu'elle veut de son argent : elle le donne à "Médecins de la Planète", ou à son "bandit au grand coeur" !
Comme je suis plus un partisan de l'économie planifiée que du capitalisme libéral, je pencherais plutôt pour la réouverture des "bordels municipaux".
Quand à la Police, il est délicat de défendre l'individu DSK, mais tout de même, lorsqu'on lit "proxénétisme aggravé en bande organisée" à propos de l'affaire du Carlton, on se dit qu'ils auraient manifestement besoin d'un sérieux "recadrage"...
Je ne sais pas ce qu'il restera au féminisme s'il renonce à analyser et combattre un certain nombre de violences et de dominations, s'il reproduit les complaisantes démarches intellectuelles qui les accompagnent et les minimisent
La critique du système prostitueur est le fait du féminisme radical. Cette critique est non seulement absente du point de vue des auteurs de l'article, mais niée par elles.
Quant à critique de la récupération étatique et de la mise en scène par le Pouvoir de thématiques féministes est, une partie des féministes radicales s'en est emparée: et, par exemple, tout le monde n'a heureusement pas été dupe des préoccupations "féministes" des Raoult, Debré et consort, d'une assemblée nationale crassement masculiniste, tout le monde n'a pas été dupe de la caution "féministe" et des prétentions laïcardes de la politique ouvertement islamophobe des précédents gouvernements.
Ne pas être dupe (on peut déplorer que certain(e)s le soient) du prétendu "féminisme" de l'actuel gouvernement (lequel ne peut différer que très superficiellement du "féminisme" du précédent) est donc un minimum: qui ne justifie absolument pas que l'on recule sur la critique du système prostitueur.
On ne voit pas beaucoup les "travailleurs du sexe" et leurs défenseurs - à l'exception notable, pour ce que j'ai pu lire à ce jour, d'un Thierry Schaffauser - s'attacher à analyser en priorité le rapport entre l'Etat, ses politiques migratoires, le contrôle des individus par le Pouvoir, et sa prétention à abolir la prostitution. On voit par contre des travailleurs du sexe, et ici de curieuses féministes, monter au créneau pour s'en prendre en premier lieu, à la seule critique du système prostitueur, au travail d'analyse et de critique accompli par des décennies de combat féministe, au nom du Saint fétiche dépolitisant de la Liberté de Choix Libérale.
Si cet article évoque brièvement la question du contrôle migratoire par l'Etat, c'est au terme d'un ahurissant chapelet de déni de la réalité des rapports de domination, et de renversement des responsabilités. Entre autres énormités, à le lire, c'est la difficulté à recourir à la police qui expose les personnes prostituées... à être agressées, violées par leurs clients (mais chez les prostitueurs, on préfère parler pudiquement de "problème avec le client"!); c'est la critique féministe qui est responsable de la stigmatisation des personnes prostituées. Etc. S'il est pénible de lire cela, il l'est plus encore de lire qu'il s'agirait d'un point de vue féministes.
A propos de l'abolition, aujourd'hui d'un côté l' Etat, comme l'écrit très joliment Naomi Wolf à propos d'une autre affaire, se fait proxénète du féminisme - comme il s'est déjà fait le protecteur du féminisme contre le péril musulman..
De l'autre côté, des travailleurs du sexe et d'étonnantes féministes répandent la bonne parole confusionniste post-moderne en expliquant que la condition de dominé(e)s et de dominants, c'est la liberté, et que quiconque critique ce point de vue est bien sûr un(e) réac' moraliste..
Il faut tout de même avoir le courage de dire que ni l'un, ni l'autre ne sont acceptables.
Par ailleurs, la fin de cet article, et son évocation d'un "modèle français", n'est pas sans faire écho au "féminisme à la française" qui justifiait le comportement de "séducteur" d'un DSK - comme au nationalisme du "féminisme" des gouvernements précédents.
Dans le second § de mon commentaire, veuillez lire:
"Quant à la critique de la récupération étatique et de la mise en scène par le Pouvoir de thématiques féministes, une partie des féministes radicales s'en est emparée: et, par exemple, tout le monde n'a heureusement pas été dupe des préoccupations "féministes" des Raoult, Debré et consort, d'une assemblée nationale crassement masculiniste"
En France, la prostitution est affaire privée et les prostituées déclarent leur activité aux impôts en auto entrepreneur... Aucune interdiction et légaliser en ferait une affaire publique - Les "filles publiques" reviendraient avec l'impossibilité d'empêcher définitivement la prostitution en dessous de 18 ans et dès 15 ans.
De plus, les relations de travail et de services sont des relations d'inégalités et de subordination. Les prostituées de base n'ont rien à gagner à être encadrées. Au bout du compte, ce seraient les plus ambitieuses et ambitieux qui les mettraient en coupe réglée !
Remarquons aussi que "fille de joie" ne signifie pas le joyau ou joyeuseté mais la jouissance, toujours du même le phallus et son client porteur !
Encadrer, légaliser, tolérer, de toute façon appelle l'organisation de commerce légaux et illégaux de traite des femmes et empêche même que le viol féminicide des prostituées soient reconnus ! Comme pour ces prostituées brésiliennes http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/03/feminicides-prostitutionnels-aggraves.html
Non, toutes les abolitionnistes ne considèrent pas la violence inhérente blalabla,etc ! Incroyable de lire de telles généralités et généralisations ! Et les féministes sont ci et ça - un vrai pont- d'avignon de la pensée.
Soyons pragmatiques et finissons le travail d'abolition des privilèges des seigneurs qui a déjà porté un coup mortel aux abus des féodaux, et liquidé le statut de servage et esclavage à la racine. Les deux ayant reculé inexorablement.
À ma connaissance, contrairement à ce que disent les auteurs, les Pays-Bas n'imposent pas de tests médicaux aux travailleuses du sexe (tds). Il se peut que des bordels, qui sont des employeurs privés, l'exigent, mais je ne crois pas que la loi n'impose de tels tests.
Il y a un autre mythe bien tenace sur la prostitution aux Pays-Bas: l'enregistrement obligatoire des tds. La police n'a pas le droit de tenir un registre des tds. Toutefois, les tds sont obligée de payer des impôts comme tous les citoyens. Par conséquent, elles doivent être enregistrées, comme tout autre citoyen, au Revenu. Il n'y a rien de discriminatoire là-dedans.
Les politiques hollandaises en matière de prostitution ne sont pas très différentes des politiques néo-zélandaises. Je ne comprends pas pourquoi les partisans de la simple décriminalisation n'ont de cesse de citer le cas de la Hollande comme exemple à ne pas suivre.
Le débat se déroule assez précisément comme prévu, avec les abolitionnistes qui exposent leurs fantasmes et leurs formules creuses, toutes faites : "système prostitueur", "viol fémininicide", la perle étant que la légalisation et la réglementation "reviendraient avec l'impossibilité d'empêcher définitivement la prostitution en dessous de 18 ans et dès 15 ans". Ne serait-ce pas plutôt l'hypocrisie et la clandestinité ?
Une suggestion : plutôt que des "repenties" qui vous racontent ce que vous voulez entendre, allez au moins une fois dans votre vie, en tant que client, à la rencontre d'un de ces monstres sulfureux et voyez comment cela se passe dans "la vie réelle".
Pour les dames, c'est un peu plus difficile, mais en quelques heures d'avion vous arriverez sur des plages tropicales où des gigolos bien bâtis vous attendent impatiemment !
P.s. En Belgique, les flamands sont réputés plus catholiques, mais s'ils sont satisfaits du fonctionnement de la "Villa Tinto" à Anvers, c'est à Bruxelles et Liège que les projets équivalents rencontrent des obstacles et sont retardés.
La palme de l’inflation verbale revient sans doute à Martin Dufresne qui nous assène ses concepts creux depuis des années ici au Québec. Associer la prostitution au jusqu’au-boutisme néolibéral, il faut le faire ! Comme si la prostitution et la traite étaient des phénomènes nouveaux. Pourrais-je lui rappeler que les premières lois Hollandaises sur la traite des femmes datent du début du XXe siècle. Il nous a épargné ses chiffres cette fois-ci, je l’en remercie. Il a l’habitude de nous dire que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 14 ans au Canada, ce qui est une absurdité.
Les abolitionnistes accusent systématiquement ceux qui ne le sont pas d’être des « prostituteurs », une autre invention terminologique canadienne, de Richard Poulin celle-là, d’avoir des lunettes roses, de ne voir que la prostitution librement consentie. C’est complètement faux. Les deux auteurs de l’article semblent même accepter les données les plus aberrantes diffusées par les cercles abolitionnistes. « Nous ne nions pas non plus la violence que subissent l’écrasante majorité des prostituées, y compris les prostituées libres » nous disent-elles. À l’inverse, les abolitionnistes réfutent que la prostitution librement consentie existe bel et bien. Toutes, les prostituées, sans exception, vivent dans la violence selon eux. La lunette noire quoi !
Le travail du sexe n’est pas cet univers monolithique que tentent de nous faire voir les abolitionnistes Ici au Canada en tout cas, où la traite des femmes, tant extérieure qu’intérieure, reste marginale, c’est une deuxième occupation pour beaucoup de filles. Les unes sont étudiantes, d’autres ont des métiers, souvent dans les services aux personnes (infirmières, esthéticiennes, hygiène dentaire, etc.), d’autres sont paumées. Les clients se retrouvent dans toutes strates d’âge, de métiers et de revenus. Les services sont multiples (massage, relations sexuelles complètes, danse érotique, domination, pornographie, etc). Les revenus à l’acte des travailleuses varient considérablement. Tant que les abolitionnistes ne verront pas cette diversité, ils resteront cantonnés dans le discours, les mots et phrases creuses comme l’illustre le message de Martin Dufresne.
Sur la proposition des auteures, je ne comprends pas pourquoi elles cherchent une troisième voie. Ce sont précisément les principes de liberté et d’égalité, avec au cœur des préoccupations la protection des intérêts des travailleuses du sexe, qui ont guidé les réformes récentes en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas et en Allemagne. Ces principes sont même inscrits dans les lois.
Merci pour cet article intelligent et argumenté.
« On ne peut savoir à quel point LE COMMERCE DU SEXE NOUS DÉSINTÈGRE et nous réduit à rien d’autre qu’un objet sexuel, en sachant que ce processus PEUT NOUS TUER ET LE FAIT. Il est vrai qu’être consciente de cette réalité conduit au suicide, rend la femme prostituée trop vulnérable et exposée aux actes de violence des prostitueurs et des profiteurs – il est beaucoup plus sûr d’être dans le déni, quand il n’existe pas de sortie réelle. Mais CE QUI ME REND FURIEUSE, ce ne sont pas ces femmes, mais que des PERSONNES EXTÉRIEURES AU MILIEU choisissent d’entendre et de croire que le commerce du sexe doit être acceptable, pour la simple raison que quelques femmes s’y trouvant disent que cela marche pour elles. »
Rebbeca Mott Survivante de la prostitution
http://www.sisyphe.org/spip.php?article3934
Il est très important d'écouter une Rebecca Mott (ex-prostitulée abolitionniste) autant qu'une Grisélidis Réal (prostituée vigoureusement anti-abolitionniste). Sélectionner les témoignages qui nous arrangent n'est certes pas de bonne foi. Mais ignorer les Grisélidis n'est pas davantage honnête. Je précise que je n'ai lu que la page web indiquée au bas du post de didierbois1, je ne connais pas davantage Mme Mott, ses témoignages et son travail. Toutefois, dans son discours, dans le récit qu'elle fait de sa vie, il me semble essentiel de discerner un point: ce qui est réellement en cause, insoutenable, c'est la violence que lui a faite son beau-père dans son enfance, et la totale dévalorisation de Mme Mott à ses propres yeux qui s'est ensuivie - la manière dont elle s'est construite dans le mépris d'elle même à partir de cette enfance violentée. C'est cela qui l'a "désintégrée", qui a failli "la tuer". La prostitution est la voie dans laquelle elle a continué à faire exister cette image épouvantable d'elle même; mais elle aurait fort bien pu continuer à se faire mépriser et maltraiter (y compris sexuellement bien sûr) hors du cadre de la prostitution. Il me semble que condamner la prostitution en tant que telle, ici, c'est malgré tout se tromper de cible. Non?