France

Pour réussir le changement, redistribuer les richesses

Gérard Filoche, mis à jour le 27.07.2012 à 17 h 08

La contribution de Gérard Filoche avant le Congrès de Toulouse du Parti socialiste.

Des billets de cent euros. REUTERS/Pichi Chuang.

Des billets de cent euros. REUTERS/Pichi Chuang.

Qu’elle a été belle, la victoire de la gauche, du 6 mai au 17 juin 2012! Une majorité historique sans précédent existe et travaille à tous les niveaux pour redresser et transformer notre pays en profondeur et de façon durable. C’est une immense opportunité que de disposer de tous les moyens du pouvoir politique. C’est une immense responsabilité que nous ont confiée nos concitoyens et, qu’en tant que socialistes, nous devons assumer.

Comme l’a si bien dit François Hollande, le 6 mai à la Bastille:

«Ce sont des années, des années de blessures, de brûlures qu’il faut réparer.»

Tandis que l’Europe tout entière est menacée d’explosion par la crise de la «dette» et par la politique néolibérale d’Angela Merkel, notre pays lui-même est tenaillé par de terribles urgences sociales après dix ans de politique de droite.

L’urgence: augmenter les salaires

C’est une mesure de salubrité publique tant les salaires ont été maintenus à un niveau extrêmement bas par le droite et le patronat depuis 10 ans. «Qui peut vivre décemment avec 1.100 euros nets? Comment accepter que 50% des salariés gagnent moins de 1.580 euros nets»? Pour en finir avec la modération salariale qui impose le recours au crédit, nous nous prononçons pour une hausse significative et immédiate des salaires sur la base des revendications syndicales majoritaires.

Notre contribution démontre que c’est possible! C’est même le meilleur et plus simple moyen d’assurer la redistribution des richesses, ainsi que la relance. Le «coût du travail» n’est absolument pas trop élevé contrairement à ce que prétend la droite. C’est le «coût du capital» qui est trop élevé! Il faut reprendre au capital pour redonner au travail. Bref, ne pas attendre un hypothétique retour à la croissance, mais d’abord relancer la demande.

En cohérence, puisqu’on ne peut augmenter le salaire sur le mois et le diminuer sur la vie, nous défendons la retraite à 60 ans sans décote, comme le réclamaient les 8 millions de manifestants en 2010. C’est une mesure de justice sociale et une impétueuse nécessité au regard de la santé des travailleurs et du niveau trop bas des pensions.

Pour ce faire, il faut combattre la dette et prôner une autre Europe

Les néolibéraux, la droite, ainsi que la Cour des comptes dans son rapport de juin dernier, assaillent François Hollande, le gouvernement Ayrault et la nouvelle majorité, en assurant qu’on ne peut rien faire, qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Les écouter mènerait tout droit à l’échec.

Nous considérons que ce sont les politiques menées par la droite qui ont creusé la dette en multipliant les baisses d’impôts pour les privilégiés et en sacralisant une politique de rigueur qui annihile tout retour de la croissance. Ce n’est pas la hausse des dépenses qui a creusé la dette depuis 2002, mais bien la chute drastique des recettes publiques! Au niveau européen, les dogmes libéraux qui interdisent aux Etats d’emprunter directement auprès de la BCE les rendent dépendants des marchés financiers. Cette politique visant à «rassurer les marchés» revient à jeter des steaks aux requins: ça les attire et ils ne quittent pas le sillage du navire Europe. Ils ne comprennent que le rapport de forces: il ne faut pas céder à la Finance, mais la «dominer», comme l’a dit François Hollande dans son célèbre discours du Bourget.

Nous nous prononçons pour une Europe fédérale, démocratique et sociale à l’opposé de celle de Merkel. Cela passe par le refus du traité budgétaire, le TSCG du tandem Merkozy qui a été de fait rejeté par le peuple français le 6 mai dernier. Les citoyens veulent reprendre la maitrise de leur destin et doivent pouvoir le faire! Nous prônerons en ce sens un audit parlementaire et citoyen de la dette permettant à la Nation de définir ses parts illégitimes et odieuses qu’il faudra respectivement restructurer et annuler purement et simplement.

Vaincre le chômage: travailler moins, mieux et tous!

5 millions de chômeurs, nombre record de travailleurs pauvres, multiplication des emplois à temps partiel subis, coupes drastiques dans les services publics, «rupture conventionnelle», atteintes répétées au code du travail: la facture des années Sarko est lourde pour le salariat.

Le sens de l’histoire, c’est de travailler moins, mieux et tous, tout en produisant autant et… en gagnant plus! Il ne peut y avoir de réduction du chômage de masse sans réduction du temps de travail. Reprenons cette marche en avant. Marquons notre attachement aux 35 heures hebdomadaires, aux deux jours de repos consécutifs. Il en va de la santé et de la dignité des salariés, la force sociale archi-majoritaire de ce pays, cette force qui peut tout si elle prend conscience de sa force collective!

Oui, l’Etat, appuyé sur le mouvement social, peut et doit agir contre les licenciements abusifs, qui ne cessent de répandre leur cortège de misères, de Molex à PSA! En combinant réglementation des sociétés, impôt, politique industrielle et contrôle sur les licenciements, la puissance publique doit se donner les moyens de freiner –voire de rendre impossibles, si nécessaire– les opérations sauvages de «désindustrialisation» et de délocalisation.

Oui, un gouvernement socialiste a le devoir de créer de nouveaux droits pour les salariés. La démocratie ne doit plus s’arrêter aux portes de l’entreprise. Fidèles à Jaurès, nous voulons que «la nation soit souveraine dans l’ordre économique […] comme elle est souveraine dans l’ordre politique».

Jeunesse et Education: chantiers prioritaires de la gauche

Le gouvernement, dans le sillage de la campagne de François Hollande, a mis à juste titre au cœur de son projet la jeunesse de ce pays qui a tant souffert de la politique discriminatoire à son endroit menée par la droite pendant dix ans.

Nous prônons la mise en place d’une véritable allocation-autonomie pour les jeunes en formation, un investissement massif dans l’éducation nationale pour reconstruire l’école de la réussite, un réengagement tout aussi massif de l’Etat dans l’université, un retour des services publics dans les quartiers, un soutien à la culture et aux associations… Il va de soi que toutes ces mesures resteront lettre morte si  nous acceptons la gangue de la rigueur que tentent de nous imposer Merkel et ses amis français. Mais, parce que nous sommes socialistes, nous savons que nous disposons de marges de manœuvre. Personne ne peut nous empêcher de restructurer la dette, ni d’augmenter les impôts des nantis qui contribuent si peu à la richesse nationale.

A notre sens, la priorité donnée à la jeunesse est indissociable d’une politique de redistribution des richesses qui passe par une révolution fiscale à la hauteur des enjeux et par l’organisation d’un rapport de force social contre les tenants du libéralisme.

Unir toute la Gauche et rénover notre Parti

Le programme que nous soumettons au suffrage des militants socialistes se veut à la hauteur des enjeux de notre temps. La crise généralisée du capitalisme financier exige de nous une réponse extrêmement forte qui ne peut être que celle de toute la gauche, unifiée, au-delà des intérêts de chapelles, sur les bases d’un programme commun qui ne pourra être établi qu’en son centre de gravité, non à ses marges.

Pour réussir le changement et unifier notre camp, nous avons besoin d’un grand Parti socialiste, rénové, démocratique, militant qui ne soit pas un «parti godillot». Dans le cadre de l’exercice d’un pouvoir sans partage, si nous voulons réussir, disposer d’un parti qui discute, qui alerte, qui transmette au sommet les aspirations de la base, est un besoin vital. Le congrès de Toulouse qui se profile à l’horizon est l’occasion d’avancer sur cette voie.

Gérard Filoche

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