Economie

PSA, Fralib: même combat contre la désindustrialisation!

Yves Stunic, mis à jour le 19.07.2012 à 15 h 03

Pourquoi ne pas étudier sérieusement la possibilité de reprendre les activités par le biais de Scop, ces sociétés coopératives de production dont les employés deviennent aussi les actionnaires?

Arnaud Montebourg à la rencontre des employés de Fralib, à Gemenos près de Marseille, le 25 mai 2012. REUTERS/Philippe Laurenson

Arnaud Montebourg à la rencontre des employés de Fralib, à Gemenos près de Marseille, le 25 mai 2012. REUTERS/Philippe Laurenson

Alors qu’il y a peu, on se berçait encore de triple A, de notre rang de 5e puissance mondiale, d’une meilleure capacité de résistance à la crise que l’Allemagne, de nos banques moins exposées que les autres, d’un moindre endettement par rapport aux voisins latins, grecs et irlandais, de nos champions du CAC 40, de nos capacités d’innovation et du savoir-faire français, du maintien de notre modèle social que le monde entier nous envie… l’heure est à la douche froide, voire glacée pour certains. La maison se fissure et, face aux intempéries économiques, les plans sociaux sont autant de voies d’eau qui, si elles ne sont pas comblées rapidement, risquent bien de noyer notre secteur industriel et tout ce qui va autour.

La campagne présidentielle vient à peine de se terminer et résonnent encore les discours enflammés sur les dérives du capitalisme et la nécessité de repenser un nouveau système économique et, quoi, tout ça serait déjà si vite oublié face à la Realpolitik.

L’Allemagne nous aurait déjà convaincus de la seule nécessité de baisser le coût du travail et d’apporter plus de flexibilité au marché de l’emploi? Nous n’aurions même pas eu le temps d’emprunter une autre voie, qu’il faudrait déjà se ranger aux bonnes vieilles théories de l’économie libérale: sur un marché mondial en contraction et face à des concurrents plus compétitifs, point de salut hormis la restructuration industrielle, la casse sociale et l’assouplissement du code du travail. Mais que fait-on de l’attente exprimée par la majorité des Français pour une autre politique qu’un simple accompagnement de l’ordre classique des choses?

Le cas PSA est exemplaire et on voit bien ce qui est en train de se dessiner: d’un côté le patronat avec sa logique libérale, de l’autre les syndicats qui organisent la riposte essentiellement médiatique et juridique, au milieu des élus mobilisés mais sans réels outils législatifs et, enfin, des salariés en plein désarroi qui connaissent l’issue chez Pôle Emploi pour la majorité d’entre eux. Alors quoi faire, assister au scénario annoncé en essayant simplement de l’amortir et d’en repousser l’issue ou tenter d’en écrire un autre?

Et pourquoi pas des Scop?

Le ministre du Redressement productif étudie un projet de loi pour contrer les licenciements dits «boursiers» et autres plans de restructurations avec notamment des fermetures de sites.

Et la base de son projet part du concept de «réappropriation par l’Etat des moyens de production», l’idée sous-jacente étant bien sûr de maintenir l’emploi sur les sites industriels appelés à fermer et via notamment la création de Scop, sociétés coopératives de production dont les employés deviennent aussi les actionnaires; ces sociétés ont un fonctionnement classique en SA ou SARL avec un organe de direction qui répond à un conseil d’administration, la participation au capital des Scop étant ouverte aux institutionnels privés et publics.

Alors pure utopie ou vraie bonne piste à creuser? La réponse à cette question légitime est que le problème n’est même plus là car il faut que ça marche, si on veut éviter la désindustrialisation qui s’accélère et sa spirale infernale. Les agences de notation nous attendent au tournant… alors qu’est-ce qu’on risque de pire?

Dans le cas PSA, le site d’Aulnay pourrait devenir la Scop des Automobiles d’Aulnay-sous-Bois. On continuerait d’y fabriquer la C3 mais avec un nouveau nom (pourquoi pas la F3? avec un F comme France) et un nouveau logo de constructeur. Compte tenu de sa position dans le plus gros bassin de consommation français, la nouvelle société pourrait peut-être se passer des concessionnaires et les clients pourraient alors acheter directement sur le site d’Aulnay et/ou sur le web, attirés par une économie substantielle réalisée sur les frais de siège et de vente. L’Etat pourrait en équiper ses ministères et ses collectivités.

Bien sûr se poseront les problèmes de l’entretien et des pièces détachées, du renouvellement de la gamme et de la R&D, du droit de la propriété industrielle (on autorise bien les médicaments génériques après quelques années d’exploitation), de l’autonomie de gestion et du management, de l’assise financière, du point d’équilibre et mille autres questions.

Mais n’est-il pas plus intéressant de plancher dès à présent sur ces sujets très concrets de gestion d’entreprise, plutôt que d’investir du temps et de l’argent public uniquement dans d’autres projets de revitalisation, qui en fin de compte risquent de ne pas satisfaire les salariés et les élus concernés?

Le projet des salariés de Gemenos

Un autre projet emblématique de Scop en cours est celui des Thés et Infusions de Gémenos, à la suite de la décision de restructuration prise par la multinationale Unilever pour fabriquer ses thés Lipton et ses infusions Eléphant hors de France et fermer, à quelques années d’intervalle, ses deux sites du Havre puis de Marseille.

La centaine de salariés qui s’investit depuis bientôt deux ans dans ce projet et cette lutte pour le maintien de leur outil de travail a réussi à lever de multiples obstacles à la suite du soutien actif du nouveau ministre du Redressement productif. Unilever accepte in fine de céder les machines de conditionnement et d’apporter des dispositifs financiers, prévus dans le cadre du plan social, qui serviront à constituer le capital de la Scop; la Communauté urbaine de Marseille, pour sa part, accepte d’acquérir les terrains pour les louer à la Scop, du coup il reste de moins en moins d’étapes à franchir pour parvenir à une solution dans un conflit social et juridique qui pourrait encore se durcir.

L’orientation stratégique proposée, notamment mais pas exclusivement, vers les marques de distributeurs (MDD) commence à faire son chemin, en premier lieu auprès des salariés de Gémenos. En effet, des premiers contacts encourageants pris auprès d’acheteurs de la grande distribution confirment trois points essentiels:

  • une situation de quasi monopole sur le marché français des MDD Thés et Infusions,
  • des attentes de la distribution pour une plus grande concurrence dans un contexte à la fois de guerre des prix et de nécessité de préservation des marges,
  • un marché MDD Thés et Infusions de l’ordre de 2.400 tonnes à +3% par an alors que les marques reculent d’environ 1%, ce qui confirme l’argumentation d’Unilever sur la montée des MDD et conforte en partie le business plan de la Scop.

Il reste à convaincre la multinationale de sous-traiter des volumes et accompagner le démarrage, ce qui pourrait sans doute amener les salariés à réviser leur demande sur la marque Eléphant et les syndicats à retirer leur action en justice pour casser la 3e version du PSE, ce qui, le cas échéant, finirait d’empoisonner les plans d’Unilever qui se retrouverait à la case départ.

C’est le sens de la médiation que je propose pour parvenir à un accord gagnant/ gagnant et faire vivre un projet de Scop qui aurait valeur d’exemple et de test national pour d’autres sites industriels amenés à fermer à court et moyen termes.

Yves Stunic

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