Monde

Lettre ouverte à François Hollande après l'échec de Rio+20

Emilien Matter et Xavier Schmitt, mis à jour le 22.06.2012 à 18 h 16

Après l’échec brésilien, anticipons aussi sur le sommet coréen et n’y allons pas.

François Hollande au sommet de Rio, le 20 juin 2012. REUTERS /Ueslei Marcelino

François Hollande au sommet de Rio, le 20 juin 2012. REUTERS /Ueslei Marcelino

Monsieur le Président, Rio vient de s’achever sur un nouvel échec de la communauté internationale. En même temps, plusieurs semaines avant l’atterrissage des avions à l’aéroport Antonio Carlos Jobim, on prédisait déjà cette issue négative –sur un ton alarmiste bien entendu– faute de pouvoir espérer quoi que ce soit tant les derniers rendez-vous en matière d’écologie mondiale ont aiguisé notre scepticisme. Le mieux eut peut-être été que chacun restât chez soi.

Tant pis, ça ne nous empêchera pas de visiter d’autres contrées à l’occasion d’autres sommets! La protection de l'environnement étant devenu un vaste tour operator, la prochaine destination proposée est l’île volcanique de Jeju en Corée du Sud, pour siroter des cocktails en parlant préservation des espèces. Blague à part, ayant anticipé l’échec brésilien, anticipons aussi sur le sommet coréen et n’y allons pas.

Monsieur le Président, lors du rassemblement du Comité Rio+20, vous avez insisté à juste titre sur la nécessité d’établir un nouvel ordre mondial, fondé sur un impératif de durabilité.

Devant des centaines d’associatifs prêts à s’envoler pour le Brésil, vous avez fait allusion aux déceptions passées et fait part de vos espoirs pour Rio, rappelant la responsabilité qui est la nôtre aujourd’hui, «une responsabilité devant le temps, devant l’espace, devant les autres formes de vie, devant ceux qui nous ont précédés, devant ceux surtout qui nous suivront».

Par ailleurs, l’un des axes forts de votre programme présidentiel faisait de l’environnement une priorité et gageons que le débat national sur l’énergie appelé de vos vœux soit un succès, charité bien ordonnée commençant par soi-même.

La concertation c’est bien, la décision c’est mieux

Monsieur le Président, à défaut de pouvoir empêcher les Français de partir en Corée du Sud (ce qui serait un peu coréen du Nord), ne pas y envoyer de délégation française montrerait que l’écologie est une question sérieuse et que l’on ne peut indéfiniment continuer à se rencontrer pour en définitive ne rien décider du tout.

Une fois n’est pas coutume, rappelons que la société civile omniprésente dans la manne de la protection de la planète pollue les débats, qu’elle gonfle les effectifs des délégations de façon inutile et qu’à trop vouloir écouter les uns et les autres, on n’entend plus rien du tout.

Si un Etat omnipotent qui ne parle qu’à lui-même n'est assurément pas souhaitable, il y a fort à parier que sans les centaines d’associations environnementales, la lisibilité sur les choix à faire serait plus importante et les décisions prises sans plus attendre. La concertation à outrance a quelque chose de presque indécent lorsque l’on proclame par ailleurs à longueur de journées qu’il y a urgence.

Regardons Jeju depuis Rouen, sans blague…

Monsieur le Président, Jeju a signé un pacte d’amitié avec la ville de Rouen en 2005. Votre ville de naissance nous paraît tout indiquée pour servir d’antenne à une délégation française.

Les nouvelles technologies permettent a priori de discuter d’un bout à l’autre de la planète en limitant son empreinte écologique. La nouvelle Gare St-Lazare vient d’être rénovée. En plus d’être belle, elle est opérationnelle et le trajet Paris-Rouen via Mantes-la-Jolie ne prend qu’un peu plus d’une heure. Le train est un mode de déplacement non seulement normal mais tout à fait conforme aux exigences du développement durable.

Au risque de tenir un discours de quinquagénaire écolo ayatollesque, nous trouvons toujours un tantinet aberrant de vouloir lutter contre l’alcoolisme avec deux grammes dans chaque bras. Alors, prenons le train en essayant de faire quelque chose plutôt que de brûler du kérosène pour rien.

Monsieur le Président, vous savez comme nous, comme les représentants de la délégation française, comme les représentants des associations, comme les journalistes qui couvrent l'évènement, que le texte adopté à Rio a fait l'objet d'une longue et intense négociation, qui s'est probablement terminée avant même que vous ne posiez le pied sur le sol brésilien.

A l'heure de la communication instantanée, du courrier électronique et de la vidéoconférence, les sommets internationaux ne sont plus que des barnums destinés à mettre en scène un pseudo consensus au sein d'une communauté internationale de moins en moins unanime sur les grands sujets.

A défaut d'avoir boycotté ceux de Pékin en 2008, ne nous rendons pas aux «Jeux olympiques de la Nature» de Jeju. Participons aux prochaines négociations depuis Rouen –nous ne pourrons quoi qu'il arrive pas être moins efficace qu'en nous rendant à ces grandes kermesses, et peut-être parviendrons-nous au moins à mettre fin au mythe des grands sommets internationaux.

Quand j'entends développement durable, je sors mon revolver...

Monsieur le Président, nous ne représentons personne et cette adresse n'engage que nous-mêmes. Quoi de plus insupportable en effet que ces «représentants de la société civile» qui ne sont rien d’autre que des groupes d'intérêts particuliers invoquant de façon bien commode l'intérêt général?

Ce sont ceux-là qui rentreront bredouille de Rio, les valises chargées de statuettes du Christ rédempteur, et la bouche pleine de sermons destinés à culpabiliser une population qui n'attend rien d'autre que des politiques ambitieuses. Espérons que leur voyage à Rouen en septembre prochain leur sera plus profitable, et qu'ils en reviendront avec quelques bonnes nouvelles.

Emilien Matter,  Xavier Schmitt et Antoine Martel (VRP dans le WEB 2.0)

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