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La circulaire Guéant sur l’emploi des étudiants venus de l’étranger a vécu. C’est une bonne chose. Mais l’important battage médiatique qui a accompagné cette nouvelle tout au long de la journée de jeudi, très utile en période électorale pour qui en est à l’origine, m’a agacé.
Oui moralement et probablement économiquement, cette circulaire n’était pas adaptée. Certes, son abrogation va permettre aux étudiants concernés de retrouver agilité et sérénité dans la recherche d’un emploi en France. Mais derrière l’écume de l’actualité et au-delà de la satisfaction d’avoir renoué avec une certaine façon de faire s’épanouir la France, cet événement masque une réalité dont on parle bien peu: la France dépense infiniment plus pour accueillir des étudiants étrangers dans ses universités que pour aider ses propres étudiants à sortir du territoire, que ce soit pour des études ou pour des stages.
A l’heure où la France perd systématiquement –structurellement, pourrait-on dire, tant cela dure– des parts de marché à l’exportation, sensibilise-t-on la société au fait que nous sommes parmi les populations les moins mobiles du monde? Sait-on qu’en 2010, 45.000 étudiants français (dont 30.000 Erasmus) seulement sur un total de plus de 2 millions ont passé au moins un trimestre d’études à l’étranger? Sait-on que l’an dernier un peu plus de 17.000 étudiants français seulement ont eu l’opportunité de faire un stage à l’étranger alors que de très sérieuses études ont été faites qui montrent qu’un stage à l’étranger est une clé pour l’emploi? Comment croit-on que les entreprises françaises vont retrouver du dynamisme à l’exportation si leur recrutement ne leur permet pas d’embaucher des jeunes déjà entraînés à s’aventurer dans des pays et des cultures inconnus?
26.000 étudiants étrangers vont donc pouvoir dès maintenant chercher un travail en France. C’est très bien pour eux et c’est très bien pour notre économie. Mon propos n’est pas d’arrêter cet effort.
Mais pendant ce temps, réalisons que les entreprises ne voient passer en recrutement qu’un jeune candidat sur 50 en moyenne avec une première expérience internationale. L’Union européenne vise désespérément depuis l’an 2000 à atteindre une mobilité étudiante de 20% en Europe mais les chiffres européens sont têtus: ils restent coincés à 2%. Bougeons! Les étudiants en ont besoin pour trouver un emploi; les entreprises en ont besoin pour s’ouvrir à l’international. Il faut s’occuper –s’insurger– de cela aussi.
Yves Labat
Les chiffres de mobilité contenus dans cet article proviennent soit de l’OCDE soit d’Eurostat (Erasmus)
Yves Labat est délégué général d'Eurogroup Consulting Holding. Auteur de L'Instinct européen, paru aux Editions Jean Paul Bayol.
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