Quand quitter une fête?

A quelle heure partir? Faut-il suivre le mouvement et prendre le dernier métro avec le groupe? La psychologie économique peut nous aider à prendre des décisions dans la vie de tous les jours.

Elmo (#15833) / mark sebastian via FlickrCC Licence by

- Elmo (#15833) / mark sebastian via FlickrCC Licence by -

Nous avons tous rencontré cette configuration: nous sommes à une fête, et vient le moment de faire un choix. Dois-je rentrer? Ou dois-je rester pour continuer à profiter de cette soirée? Si oui, jusqu’à quel point?

Quel bouleversement marginal (arrivée d’un nouveau groupe de personnes, départ de sa meilleure amie, ou changement de lieu) va faire basculer cette fête, non pas en mauvaise fête, mais en fête insuffisante comparée aux coûts qu’elle engendre?

En réalité, il y a toujours un moment où on doit quitter une soirée, c’est-à-dire après le summum de la fête. Le point où on a «gagné» assez de plaisir et où le plaisir ne ferait que décroître. Le problème c’est qu’on ignore toujours ce moment où la fête perd de son intérêt. On devrait partir, mais on ne le sait pas encore… Sans compter qu’il y a dans ce rapport l’espoir que la situation s’améliore.

La psychologie économique –l’étude des comportements des agents économiques (individus, Etats, entreprises) de manière scientifique– peut nous aider à résoudre ce problème en identifiant les variables en jeu et en développant un système économique par points.

Nous proposons un calcul afin de permettre de résoudre ce choix de manière la plus optimale et la plus rationnelle possible.

Ce choix comporte plusieurs variables.

Tout d'abord, deux grandes catégories: les coûts de la soirée, c’est-à-dire tout ce qui engendre un malus. Ceux-ci sont d'ordre très divers: santé, argent, fatigue... Ils peuvent revêtir des ratés pour le jour suivant. Il y a aussi les coûts d'opportunité existants (si nous allons à cette soirée, nous ne pourrons pas travailler ce cours ou prendre de l'avance dans notre travail).

La deuxième catégorie sont les bénéfices attendus de la soirée. Ceux-ci sont d’ordre récréatif, d'expérience, de nouvelles rencontres, sexuels…

Le calcul est simple: les bénéfices attendus de la soirée doivent être supérieurs aux coûts engendrés.

Comment calculer B et C?


Les bénéfices sont répartis comme suit: tout d’abord, il s’agit des gens présents, selon qu’on les apprécie plus ou moins (+5 lorsqu’il y a nos meilleurs amis ou des gens intéressants par exemple). Ce sont les bénéfices que l’on attend de passer un moment heureux ou intéressant avec eux.

Puis selon qu’on aime plus ou moins la musique qui passe dans cette soirée, on va plus ou moins aimer y être (5 points lorsque c’est nous qui la passons, -5 points lorsque c’est du classique et qu’on est un fan inconditionnel de hip hop).

Les lieux dans lequel se déroule la soirée (appartement, bar, discothèque) sont aussi notés de la même manière (si on déteste les discothèques, on sera moins enclin à suivre un groupe qui s’y rend).

Enfin, l’alcool est une variable modératrice. Elle biaise le calcul par sa présence et atténue la rationalité. Elle doit donc être prise en compte, autant que faire se peut. Ayant consommé trop d’alcool, l’individu aura de toute façon du mal à interpréter les données. En tant que variable modératrice, elle peut avoir le suprême impact de rendre le tout positif ou négatif. Si très peu d’alcool est consommé, alors son impact est nul. Il ne compte pas 0 mais disparaît tout simplement.

Les coûts sont le résultat d’anticipation: «Si je quitte cette soirée, que va-t-il se passer?» La polarité s’inverse par rapport aux bénéfices.

Tout d’abord, j’anticipe ma fatigue du lendemain. Si je décide de rentrer maintenant, peut-être pourrai-je dormir quelques heures de plus que si je rentre plus tard. Avoir de l’énergie à revendre  sera interprété positivement à -4. En revanche, être très fatigué sera mesuré de manière négative (+5) surtout si je dois travailler le lendemain. Cette fatigue doit toujours être comparée aux obligations qu’on a le lendemain. C’est donc un rapport de ces deux choses.

Les transports anticipés sont une variable ayant un impact pouvant être démotivant. Savoir que l’on va devoir marcher deux heures dans le froid n’invite pas particulièrement à partir. Ou au contraire, cela est un critère pour partir plus tôt. Habiter tout près (-5) ou bénéficier d’un moyen de transport personnel (un scooter par exemple: -5) sera plus motivant pour rester à cette soirée que le fait d’habiter loin, dans un endroit peu desservi ou qu’on ne possède pas de moyen de transport (+5).

Être sous l’effet de l’alcool peut aussi avoir un coût supplémentaire. Savoir que l’on va être malade invite à essayer de quitter la soirée (+5). L’alcool est donc à considérer par deux fois de manière différente.

Ainsi nous avons:

Prenons des exemples

1) Pierre est à la soirée X, il a moyennement bu (Bénéfice: nul, coût: nul). L’ambiance lui déplaît fortement depuis qu’il passe beaucoup de musique qui n’est pas de son goût (M: -2). Bien que ses amis soient toujours là, sa copine est rentrée chez elle (G: +1). Le lieu est neutre (0).

Il a cependant envie de s’amuser, de plus, demain, c’est dimanche (F/O: -5) et il habite à 5 minutes à pied: il n’a pas envie de rentrer chez lui (-4).

Les bénéfices sont supérieurs aux coûts. Il n’est pas encore venu le moment pour Pierre de quitter cette soirée.

2) Jeanne passe une soirée extrêmement agréable: gens (+4), musique (+3) et lieux (+4) sont vraiment à son goût. Cependant, elle a vraiment beaucoup bu (bénéfice négatif: -2, coût: +2). Sans compter qu’elle doit demain aller au travail assez tôt (+4) et qu’elle habite assez loin (+5).

Les coûts sont supérieurs aux bénéfices, Jeanne devrait rentrer chez elle.

Procédure

Les mesures ne sont pas standardisées. La notation est totalement subjective. Cela dépendra de la personne qui souhaite donner à cet instant plus de poids à telle ou telle variable.

Il est bon de mesurer la «valeur» de la soirée après chaque mouvement (départ, arrivée, changement, etc) et selon l’heure qui passe, après chaque demi-heure. Il y a toujours un instant où chacun doit partir d’une fête, bien qu’il ne le sache pas forcément.

Cette méthode est un outil d’aide à la décision. Elle ne fait que rationnaliser et récapituler les grandes informations à retenir pour y voir plus clair sur son désir de rester ou non à une soirée.

Elle peut aussi être utilisée comme méthode de projection, c'est-à-dire, avant d’y être. La question se pose donc, d’aller ou non à cette soirée.

Le modèle repose alors entièrement sur des anticipations, c'est-à-dire quelles personnes je vais probablement voir, quelle musique va probablement passer, combien de verres je vais probablement boire… Ce calcul est donc encore plus instable.

Cependant, elle permet de calculer les coûts et les bénéfices attendus de plusieurs options possibles et de les comparer entre elles pour pouvoir se décider (je choisirais ainsi la soirée avec le moins de coûts ou le plus de bénéfices). Un autre coût doit aussi être pris en compte lorsqu’on choisit de partir en soirée: c’est le coût d’opportunité (c’est-à-dire que le temps investi à cette soirée ne pourra pas être investi à faire autre chose, comme lire, travailler ou faire le ménage). Les bénéfices attendus en valent-ils la peine comparés à tout le travail qu’il me reste à faire?

Un dernier conseil: n’attendez pas forcément l’effet de masse pour partir. Les gens attendent que d’autres partent pour pouvoir partir, par mimétisme, mais aussi pour passer inaperçu histoire de ne pas affronter l’hôte de la soirée ou l’organisateur. Ainsi, une seule personne peut décider le départ de tout un groupe (le rôle du leadership serait intéressant ici à analyser).

N’attendez pas que quelqu’un vous tienne la main. Quand l’heure est venue, partez.

Antoine Malézieux

Devenez fan sur , suivez-nous sur
L'AUTEUR
Antoine Malézieux Etudiant en psychologie économique. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
SLATE CONSEILLE
À la une de Slate »
DÉBATS & IDÉES
Publié le 31/05/2012
Mis à jour le 11/09/2012 à 17h01