Présidentielle / France

L’impasse de l’UMP post-sarkozyste

Temps de lecture : 3 min

La probable défaite de Nicolas Sarkozy va ouvrir la question de la recomposition de la droite, coincée entre un centre instable et un FN fort.

Jean-François Copé, Bruno Le Maire, Jérôme Chartier, François Fillon, Marc-Philippe Daubresse et Alain Juppé lors du conseil national de l'UMP, le 28 janvier 2012. REUTERS/Gonzalo Fuentes.
Jean-François Copé, Bruno Le Maire, Jérôme Chartier, François Fillon, Marc-Philippe Daubresse et Alain Juppé lors du conseil national de l'UMP, le 28 janvier 2012. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

Selon toute vraisemblance, Nicolas Sarkozy ne sera pas réélu dimanche. Le cumul de sept facteurs déterminants l’explique.

Dans une redite de 1981, la crise économique et financière intervenue depuis 2007 a considérablement dégradé le bilan économique et social du sortant. À la différence de 2007, ce dernier ne pourra pas compter sur un électorat d’extrême droite qu’il avait alors su entraîner pour partie dès le premier tour.

À la différence de 1995, il ne pourra pas non plus compter sur un candidat de centre-droit au score élevé appelant à voter pour lui. Dans une redite de 1988, la campagne de centre-gauche de François Hollande a capté dès le premier tour une part significative de l’électorat modéré qui, en 2007, avait fait défaut au profit de François Bayrou.

En outre, la poussée du candidat d’extrême gauche, conséquence du choix tactique du candidat socialiste, ne posera pas de problème de report de voix à ce dernier. Le rejet de la personnalité de Nicolas Sarkozy joue par ailleurs un rôle puissant dans la mobilisation électorale à son détriment.

Enfin, Nicolas Sarkozy a conservé la tactique de maximisation des voix au premier tour de sa campagne victorieuse de 2007. Ce faisant, il a ignoré qu’au second tour, le vote de l’électorat modéré en sa faveur n’avait pas été un vote d’adhésion mais un vote par défaut, sur le critère de la compétence comparée perçue des deux candidats restés en lice. Or la captation d’une part significative de l’électorat modéré par François Hollande dès le premier tour montre que ce critère ne jouera pas le 6 mai.

Hollande n'a pas besoin d'une alliance au centre

La question qui se pose à présent est donc celle de la recomposition de la droite et du centre dans l’après-Sarkozy. Du point de vue de François Hollande, compte tenu de l’excellent report des voix d’extrême gauche, de la récupération des voix de centre-gauche et du mécanisme des triangulaires que préfiguraient déjà les cantonales de 2011, une alliance au centre n’est pas nécessaire pour remporter les législatives de juin prochain. Elle ouvrirait de surcroît une crise sur son aile gauche.

Faute de perspective dans cette direction, l’extrême centre de François Bayrou pourrait tenter de se rapprocher du centre-droit sur le thème du rassemblement du centre, en vue duquel son chef de file a d’ailleurs d’ores et déjà pris date. Cette renaissance de l’UDF n’irait pas sans difficultés, du fait des dispersions du centre-droit provoquées en 2002 et en 2007 par la ligne d’équidistance de François Bayrou (certains dirigeants centristes sont membres de l’UMP, d’autres du Parti radical, d’autres encore du Nouveau centre) et surtout de l'annonce par ce dernier d'un vote Hollande à titre personnel.

Fondamentalement, cette dynamique ne serait viable que si le Mouvement démocrate renonçait à l’équidistance, ce qui n’irait pas sans crises internes après les évènements de l'entre-deux-tours et rend donc cette évolution difficilement réalisable.

Mue italienne du Front national

La clé de la recomposition de la future opposition est en fait la concurrence entre UMP et Front national pour l’hégémonie. Le seuil stable de l’héritière du RPR est de fait d’un cinquième des voix, soit à peine plus que le score de Marine Le Pen le 22 avril dernier. En l’absence d’un partenaire stable de centre-droit, l’UMP hésite donc actuellement entre une réorientation au centre-droit et la concurrence directe avec le Front national sur une ligne de droitisation, ce que traduisent déjà diverses prises de positions dans l’actuel entre-deux tours.

Or dans les deux cas, l’impasse est patente. Dans le premier, une UMP réoccupant le centre-droit libèrerait davantage d’espace pour le Front national, rendant peu possible un retour aux responsabilités sans passer alliance avec ce dernier. Dans le second, les diverses formations centristes seraient très fortement incitées à recréer l’UDF par l’appât d’un espace en déshérence, enfermant ainsi l’UMP dans un étau.

Pendant ce temps, le Front national entame déjà sa mue sur le modèle italien de la transformation du Mouvement social italien, parti néofasciste, en l’Alliance nationale, parti de droite dure. Ce faisant, il entame une dynamique qui, en cas de multiplication des triangulaires aux législatives de juin, ne fera qu’aggraver les termes de l’impasse pour l’UMP post-sarkozyste.

Thomas Guenole

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