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Akram Khan: Le politique ne doit pas contaminer l'art

Akram Khan, mis à jour le 23.05.2012 à 18 h 32

Des artistes et intellectuels étrangers sont venus vous parler de la France.

Des danseurs lors d'un filage de «Bahok», collaboration entre le Ballet National de Chine et l'Akram Khan Company, le 7 mars 2008 en Grande-Bretagne.

Des danseurs lors d'un filage de «Bahok», collaboration entre le Ballet National de Chine et l'Akram Khan Company, le 7 mars 2008 en Grande-Bretagne.

«Je suis venu vous parler de la France»: c'est la façon dont François Hollande a entamé son discours du Bourget, le 22 janvier dernier. Le 19 février suivant, Nicolas Sarkozy employait exactement la même formule.

Slate a demandé à des artistes et intellectuels étrangers de venir, eux aussi, nous parler de la France, en répondant à une question: «Qu'est-ce que la France pour vous aujourd'hui?» Voici la réponse du chorégraphe Akram Khan.

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La France a toujours été un pays profondément attaché à l’innovation et à la créativité au sein même de sa propre culture, tout en manifestant passionnément un respect sans faille pour «les autres traditions». Je ne peux en dire autant d’aucun autre pays européen!

Dans mon propre parcours d’artiste, j’ai toujours entretenu un lien profond la France, mais plus particulièrement avec le public français. C’est pour moi toujours un cadeau de me produire en France. Et depuis des années que  je le fais, j’ai pu remarquer la sensibilité et la perception exacerbées du public français. 

Il ne faut cependant pas confondre ouverture d’esprit et naïveté. Ce serait une grave erreur! Le public français n’est pas naïf. Il est extrêmement intelligent et possède une grande culture artistique... Après tout, dès le début du XXe siècle, c’est là que sont nés certains des chefs d’œuvre parmi les plus prolifiques et les plus révolutionnaires. 

Naturellement, les choses ont changé et continueront à se transformer en politique, au cœur de la société et de la culture elle-même, changements qui auront inévitablement un impact sur les arts. Je ne peux affirmer ni deviner si c’est pour le pire ou pour le meilleur. Mais j’aimerais dire ouvertement que l’influence exercée par les dirigeants politiques sur l’art m’inquiète, car je sens, et ce depuis quelques années, que la présence politique dans le monde artistique se fait plus lourde aujourd’hui que jamais auparavant. Mais c’est peut-être moi ici qui suis naïf…

Je pense que la politique et l’art devraient rester indépendants l’un de l’autre... Si «l’art» commence à servir la politique, alors tout ce qu’est «l’art» sera contaminé… «L’art» fournit un espace, pas seulement d’expérience, mais également de réflexion, de questionnement, de sensation. Il n’est pas toujours direct ou clair, car «l’art» a pour particularité d’être capable de fournir de multiples fondamentaux. Bien entendu, on peut éprouver la même inquiétude pour de nombreux autres pays, mais j’éprouve un amour profond pour la France qui me fait crier plus haut et plus fort l’appréhension que j’éprouve pour elle.

Je voudrais raconter une petite histoire, car je suis avant tout un conteur. L’année dernière, j’étais à Paris pour donner une de mes productions. Lors d'une journée de repos, j’ai décidé de marcher tant que mes jambes me porteraient - pas très loin, car la marche n’a jamais été mon fort, j’ai toujours été un coureur. Je me souviens avoir pourtant été de mon hôtel au centre Pompidou, puis d’être tombé sur un mime de rue, puis d’avoir fait une incursion au Louvre, d’avoir rejoint la Seine, d’être entré dans un café où j’ai discuté du temps qu’il faisait, de Sarkozy et de Carla Bruni avec un serveur, enfin d’être allé au Théâtre de la Ville pour voir un spectacle. Après la représentation, je suis rentré à mon hôtel et je me suis rendu compte de quelque chose d’étrange et de merveilleux sur Paris, dont je n’avais jamais pris conscience auparavant.

Paris ressemble, sous de nombreux aspects, aux constructions d’images telles qu’elles apparaissent toujours dans mes rêves. Quand une image me vient en rêve, ce qui la rend si surréaliste et réelle en même temps c’est qu’elle n’est pas tout à fait vraie, mais pas tout à fait fausse non plus. Elle est composée de plusieurs représentations différentes issues de vrais souvenirs pour former une image surréaliste plus grande… À mes yeux, Paris est encore comme ça. Faite de plusieurs histoires qui forment un seul grand récit…

Akram Khan

Crédit photo: Akram Khan, le 11 décembre 2005. REUTERS/Aladin Abdel Naby

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