PresidentielleFrance

Appel à la France des oubliés, par Didier Guillaume

Didier Guillaume, mis à jour le 03.05.2012 à 9 h 39

N’attendez rien de Nicolas Sarkozy si ce n’est ce qu’il vous a déjà prouvé. Vous n’aurez rien d’autre. Un choix d’espoir plutôt que de désespoir existe: François Hollande.

A Ramousies à côté de Maubeuges. REUTERS/Pascal Rossignol

A Ramousies à côté de Maubeuges. REUTERS/Pascal Rossignol

6,5 millions de Français ont voté pour Marine Le Pen. Certains de ces électeurs, de ces citoyens, sont des voisins, sont peut-être ceux que l’on nomme les classes moyennes, sont des anciens, des jeunes… Et parfois, certains nous sont proches, sont dans les clubs de sport, les associations, sont des bénévoles... Ils vivent en ville, dans les zones rurales, dans les lotissements, dans la France périurbaine. Eloignés des centres-villes et des centres de décisions, leur mécontentement a mûri. Ils sont les raisins de la colère.

Les bien-pensants diraient: ce sont de mauvais Français! Comme s’il y avait de bons ou de mauvais Français. Comme s’il y avait deux France. Je suis élu d’un territoire qui a voté fortement pour Marine Le Pen, comme précédemment pour Jean-Marie Le Pen.

Il y a bien sûr des électeurs extrémistes revendiqués et des racistes, des gens de toutes les catégories sociales qui intellectualisent et adhèrent aux théories de l’extrême droite. Mais au risque de choquer, je vous le dis: il y a surtout des citoyens, des Français qui expriment leur désespoir, leur colère, leur ras-le-bol devant cette société violente, discriminante. Cette société qui divise.

Je n’excuse pas leur vote. Je leur dis sans cesse qu’ils font fausse route, que la crise est un fait qui ne justifie pas leur vote. Mais ils ne voient pas encore d’autre voie. Ils ne veulent pas de compassion mais de la considération. Ils veulent être reconnus comme des citoyens à part entière. Ils n’en peuvent plus de toutes ces inégalités, ces injustices, cette société où l’argent coule à flot pour quelques-uns quand tant d’autres «rament».

Certains de ces électeurs sont chômeurs et font la queue à Pôle Emploi sans perspectives. D’autres sont artisans ou commerçants et ont la sensation d’être des vaches à lait quand les puissants sont exonérés de leur devoir de solidarité. Certains sont ouvriers, travaillent dur à l’usine et redoutent le prochain plan social. D’autres sont à temps partiel imposé. Certains vivent dans des territoires ruraux abandonnés méthodiquement par les services publics, sans médecins à de nombreux kilomètres à la ronde. D’autres sont agriculteurs, n’en peuvent plus des normes et tirent de leur travail des revenus de misère.

Je sais que l'intégration de certains est ratée

Ils sont peut-être de gauche, souvent de droite. Ils ont peur de l’avenir, pour eux, pour leurs enfants. Ils sont persuadés que l’herbe est plus verte ailleurs, que l’autre est mieux loti et bénéficie de nombreux avantages qu’eux n’ont pas. Ils ne croient plus en rien, encore moins en la politique et à leurs représentants. Ils ont besoin d’un bouc-émissaire : le prix de l’essence, l’Europe, la bonne pensance, l’arabe, l’étranger… Ils ont trouvé un mégaphone électoral: Le Pen, de Jean-Marie avec son antisémitisme revendiqué à Marine, avec sa façade sociale, sa xénophobie dissimulée et son nationalisme de conviction.

Ces électeurs se sentent oubliés par la nation, relégués au second rang. Ils ont d’abord envoyé un désaveu cinglant à Nicolas Sarkozy. Ils avaient cru en ses promesses. Les meilleures comme les pires. Travailler plus pour gagner plus, passer les cités au karcher, restaurer l’ordre républicain, zéro SDF dans les rues… Ils ont été abusés car l’objectif de Nicolas Sarkozy n’est pas de régler leurs problèmes, seulement de recueillir leurs voix. Le niveau du Front national lors de ce premier tour de l'élection présidentielle est d’abord son échec. L’échec de sa politique.

Au-delà du phénomène électoral, il y a aussi une réalité sociale. Je suis socialiste de cœur comme de raison. J’ai la conviction que les conditions d’existence déterminent les consciences et que les consciences déterminent les comportements individuels. Je suis un anti-raciste acharné, je crois en l’humanisme et en son universalité. Je sais que les jeunes délinquants ne sont pas seulement arabes ou noirs. En revanche, je sais aussi que certains jeunes délinquants le sont. Je sais que quand ils sont délinquants, c’est surtout parce qu’ils sont pauvres, qu’ils ne sont pas les classes dangereuses mais les classes populaires.

Je sais aussi que leur intégration est ratée. Que ces jeunes sont souvent discriminés, par des contrôles d’identité incessants, par des refus d’accès dans les boîtes de nuit… Et beaucoup plus grave, discriminés à l’embauche, en fonction de leur patronyme et de leur quartier d’habitation.

La gauche ne veut pas que tout le monde devienne pauvre

Certains arrêtent le raisonnement bien avant le mien car les clivages sociaux ont malheureusement été ethnicisés. Je donne souvent les explications sociologiques de cette réalité sociale à ceux que je rencontre au quotidien. Ils me rétorquent que les explications sociologiques ne sont pas des excuses sociales, qu’une majorité ne sombre pas dans la délinquance, qu’on peut être pauvre et honnête. Je leur dis alors que la sécurité n’est pas l’apanage de la droite, que les résultats de dix ans de sarkozysme en la matière sont catastrophiques. Ils sont d’accord avec moi. J’en profite pour leur dire que le respect de la loi est le socle de la République, et que la loi doit s’appliquer partout, dans les quartiers populaires, certes, mais aussi pour les plus riches.

S’ils sont ébranlés, je leur dis que le travail est une valeur de gauche, depuis Marx et Jaurès, et que l’objectif de la gauche n’a jamais été que tout le monde devienne pauvre. Oui, je leur dis que le travail et le mérite sont des valeurs de gauche et que la rente est une valeur de droite. Quand ils contestent, je leur démontre chiffres à l’appui que le quinquennat qui s’achève a été dur pour tout le monde, à l’exception des rentiers. Ceux qui ont un gros patrimoine et font travailler leur capital les mains dans les poches. Ceux qui ont des conseillers pour s’exonérer de l’impôt en toute légalité, voire pour quitter la France.

Pour toutes ces raisons, je lance un appel à la France des oubliés. N’attendez rien de Nicolas Sarkozy si ce n’est ce qu’il vous a déjà prouvé. Vous n’aurez rien d’autre. Au fond de vous, peut-être n’attendiez-vous rien de Marine Le Pen, peut-être vouliez-vous simplement «renverser la table». Au fond de vous-même, vous savez que des citoyens qui ne sont pas plus gâtés que vous par la République ont fait un autre choix dès le premier tour. Un choix d’espoir plutôt que de désespoir. Un choix de rassemblement plutôt que de division. Si vous voulez que le travail soit réhabilité, que la loi de la République soit la même pour tous; si vous voulez que l’emploi soit la priorité pour tous les enfants de la République; si vous voulez la sécurité réelle; si vous voulez que les privilégiés participent davantage à la solidarité, que vos enfants soient bien formés; si vous voulez des services publics dans les zones rurales et dans les quartiers populaires; si vous voulez un Président exemplaire, alors il est temps de changer de politique et de Président.

François Hollande s’est fixé un objectif majeur: le redressement de la nation dans le justice et la solidarité. La justice fiscale, la justice sociale, la justice pour tous, la justice partout. L’objectif, c’est que la vie des oubliés de la République soit changée concrètement. Vous hésitez? Les solutions, c’est François Hollande qui les apportera. Il est honnête. Il ne changera pas de convictions par opportunisme électoral, juste pour séduire. Il sait exactement ce qu’il veut. Il n’attisera pas les peurs. Il aime son pays, est fier d’être Français. Il se battra pour imposer de nouvelles politiques en Europe. Il vous prouvera que tous les jeunes de France, au-delà de leur couleur de peau, de leur façon de vivre, de leur lieu d’habitation, sont aussi votre avenir. Il ne lui manque que la légitimité du suffrage. Si possible, du vôtre.

Didier Guillaume

Didier Guillaume
Didier Guillaume (1 article)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte