PresidentielleEconomie

Smic: le tout premier mauvais choix?

Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo, mis à jour le 02.05.2012 à 3 h 36

Augmenter le salaire minimum comme le propose François Hollande ne réduit pas les inégalités. Au contraire, cela détruit des emplois. Et la pauvreté en France est surtout la conséquence du chômage.

Manifestation à Strasbourg Vincent Kessler / Reuters

Manifestation à Strasbourg Vincent Kessler / Reuters

Les périodes électorales favorisent les propositions démagogiques. L'augmentation du smic s'inscrit clairement dans cette catégorie. Elle permet d'afficher un objectif de justice sociale qui serait facilement atteint grâce à la revalorisation du pouvoir d'achat des bas salaires. Pourtant, rien n'indique que le smic  réduit les inégalités, car il détruit des emplois. C'est une réalité qu'il est inutile de nier. D'autant plus inutile qu'il existe aujourd'hui des outils beaucoup plus efficaces que le salaire minimum pour réduire les inégalités et la pauvreté.

Après 30 ans d’une progression souvent déconnectée des gains de productivité –le smic a augmenté une fois et demie plus vite que le salaire moyen depuis le début des années 1980–, le bilan est pourtant sans appel. De nombreux salariés ont été peu à peu rattrapés par le minimum légal, voyant ainsi disparaître leurs perspectives d’évolution salariale, voire leurs emplois. Dans le même temps la pauvreté n’a pas diminué d’un iota. La raison en est simple: la pauvreté en France est surtout le résultat d’un déficit d’emploi à temps plein, bien plus que de la faiblesse des salaires horaires. Or, le niveau atteint depuis plusieurs années par le smic pèse sur l’emploi des moins qualifiés.

Le coût du travail en France est un des plus élevés au monde

En 2010, le coût du travail au niveau du salaire minimum était déjà deux fois plus élevé en France que dans le reste de l’OCDE. A près de 11 euros de l’heure pour un salarié à temps plein, il se situe parmi les plus élevés au monde (au Royaume-Uni il est inférieur à 8 euros). Les études économiques montrent qu’un accroissement du smic de 1% détruit ou en empêche la création à l’horizon de quelques années de 30.000 à 40.000 emplois. Dans le contexte actuel où les marges des entreprises sont réduites, cet effet néfaste sur l’emploi des salariés modestes, notamment les plus jeunes, risque bien d’être encore plus marqué. Une politique de coups de pouce systématiques est donc une machine à fabriquer du chômage.

On pourra objecter que le smic a l’avantage d’opérer directement un transfert des entreprises vers les salariés, sans coût pour l’Etat. C’est faux. Chaque coup de pouce de 1% du smic pèse à hauteur d’environ 400 millions d’euros sur les finances publiques. Plusieurs raisons à cela: hausse de la facture des allégements de cotisations sociales sur les bas salaires, moindres recettes sociales et fiscales du fait des emplois détruits, hausse des bas salaires dans la fonction publique, hausse du coût des contrats aidés, etc. Au final, le coup de pouce au smic n’est ni une politique de pouvoir d’achat, ni une politique de justice sociale. C’est une politique du passé, qui n’est plus adaptée à la situation de la France. Les pays du nord de l’Europe, où la pauvreté est moins fréquente que chez nous, l’ont bien compris et ils n’ont tout simplement pas de salaire minimum légal.

De véritables outils de redistribution

Pour autant, nul ne contestera qu’il est difficile pour les familles avec des enfants de vivre sur la base du seul smic. De ce point de vue, une revalorisation de 1% ou 2% saupoudrée sans discernement sur l’ensemble des salariés concernés ne changera rien au problème. L’avenir passe au contraire par le développement de véritables outils de redistribution, mieux à même de cibler les familles en fonction de leurs besoins tout en favorisant l’emploi. Tout d’abord, il y a le RSA activité qui, faut-il le rappeler, a fait l’objet d’un large consensus au moment de son vote à l’Assemblée nationale: le montant de ce complément de revenu peut être très conséquent pour un ménage avec enfants, et il ne pèse pas directement sur le coût du travail. Ensuite,  une baisse ciblée des cotisations sociales payées par les salariés, à la manière de ce qui est aujourd’hui consenti aux entreprises, permettrait de renforcer encore l’effet du RSA en augmentant les gains nets tirés de l’emploi, et à nouveau sans augmenter le coût pour les entreprises. Ces options ne sont ni de droite, ni de gauche: avec le retour de la croissance elles constituent la seule voie soutenable pour réduire la pauvreté et les inégalités.

Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte