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La force citoyenne de l’âge

Muriel Boulmier, mis à jour le 28.04.2012 à 9 h 22

L'électorat vieillit, mais le sujet du vieillissement n'est pas assez «glamour» pour séduire le débat public. Pourtant, à budget constant, des solutions sont envisageables pour s'occuper de la dépendance.

REUTERS/Mike Blake

REUTERS/Mike Blake

Bien vivre collectivement, c’est d’abord bien vivre individuellement et il en va de même lorsqu’il s’agit de vieillir. En 2012, la statistique démographique a dessiné les courbes d’un nouveau corps électoral majoritairement quinquagénaire, plutôt féminin et vieillissant.

La question de l’âge s'installe donc dans les urnes. Et, parce que nous sommes tour à tour enfant, parent ou grand-parent, le vote exprime aussi nos préoccupations, nos craintes et celles de nos proches.

L’allongement de la durée de vie (84,8 ans pour les femmes) en bonne santé repousse l’âge de la vieillesse et légitime la détermination à vouloir vieillir chez soi. Nul ne s’étonne plus, d’ailleurs, qu’un centenaire sur deux assume ce choix. Ainsi chacun de nous, à un moment donné de sa vie, se retrouve dans la posture de l’enfant désemparé face à un parent âgé qui dit vouloir rester loin des maisons de retraites et des établissements spécialisés.

Il est vrai que notre perception du vieillissement de la société est bâtie sur des malentendus: la conscience collective continue, en 2012, à retenir la soixantaine comme âge de la vieillesse. Or cette vieillesse-là nous renvoie aux années 1950 et 1960, celles des réductions «troisième âge» qui n’ont plus le même sens aujourd’hui!

De même, les documents d’urbanisme persistent à traiter les personnes âgées comme une catégorie spécifique alors qu’elles représentent déjà un tiers de la population dans certaines régions. Les établissements spécialisés restent la réponse la plus fréquente alors que la grande majorité des personnes vieillissantes n’est ni malade, ni handicapée: elle prend seulement de l’âge. 

De raccourci en simplification, la question du vieillissement est délaissée au profit de celle de la vieillesse, devenue synonyme de dépendance. 

Un sondage récent indique que 90% des Français préfèrent adapter leur domicile dans le cas d’une dégradation physique liée à l’âge [1]. Rien de surprenant à cela, mais le chiffre est éloquent.

Ce souhait reflète une préoccupation intime, celle de conserver son chez soi, ce lieu dont on demeure, quoiqu’il arrive, le maître. Cette volonté, alliée à une préoccupation économique, celle du pouvoir d’achat, fait écho à celle des Français: il faut dire que le logement représente le premier poste de dépense des familles et que retraite rime avec baisse de revenus.

Une réalité encore plus vérifiée lorsqu’il s’agit des femmes. A la fin de leur carrière professionnelle, plus courte que celle des hommes, 66% des femmes n’atteignent pas une retraite à taux plein: leur pension moyenne atteint 62% de celle des hommes.

Mais ce n’est pas parce que Maman a gardé les enfants qu’elle est infaillible. Elle fera comme tout le monde, ratera une marche, se cassera le poignet. Il faudrait agir avant la glissade dans la salle de bain; malheureusement les enfants ne peuvent pas toujours assumer le coût d’un fauteuil élévateur ou d’une douche à sol plat. 

L’adaptation du logement reste pourtant la meilleure prévention de la dépendance accidentelle, laquelle, avec ses 134.000 incapacités, induit un coût conséquent, pour les budgets publics comme pour les familles. Accompagnée d’aménagement des espaces collectifs et publics, des rues et trottoirs, cette adaptation est l’une des clés du succès de l’autonomie de vie.

Il est bien dommage que le sujet ne soit pas assez «glamour» pour séduire le débat public. Il est également regrettable que la pause de la réforme de la dépendance n’ait pas été accompagnée de solutions de transition.

Pourtant à budget constant, des solutions sont envisageables: par ici, aménager une niche fiscale, en encadrant le crédit d’impôt pour l’adaptation du logement et permettre son transfert aux descendants qui paient les travaux sans recourir aux aides publiques; par là, améliorer l’efficacité et la cohésion de ces aides. 

L’aménagement de l’habitat demeure au cœur des solutions. N’ayons pas peur des idées simples, elles peuvent être innovantes. Vieillir doit rester un espoir, exigeant certes, parce qu’à 75 ans ou 80 ans le temps se mesure différemment. 

Muriel Boulmier

[1] Sondage OpinionWay pour l’Observatoire de l’intérêt général réalisé auprès de 1.006 individus du 22 au 23 mars 2012. Retourner à l'article

Muriel Boulmier
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